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En collaboration avec la zone Éducation de Radio-Canada et l'Organisation Mondiale pour l'Éducation Préscolaire
Quand vous exercez la profession de gestionnaire d’un service de garde établi depuis quelques années et ayant un cadre pédagogique aux couleurs des employés qui y travaillent, la vie vous semble juste et simple. Jusqu’au jour où votre petite routine est chambardée par l’arrivée, sur votre bureau, de décisions gouvernementales qui vous semblent futiles et surtout inutiles à première vue. Le concept de Jouer c’est magique vient de faire son entrée dans les Centres de la petite enfance. En regardant de plus près, cette réforme de nos méthodes et de notre approche pédagogique nous pousse à nous poser des questions en tant qu’individu, en tant que membre d’une équipe de travail et surtout en tant qu’éducateur, référence première auprès des enfants.
Mais quel constat ! Du jour au lendemain, nos locaux à aires ouvertes sont inadéquats, le matériel éducatif est désuet ou inapproprié, le personnel ressent de l’insécurité, les parents de l’instabilité … et les enfants, eux, sont les seuls à profiter de ces changements et ce, à nos dépends. Mais en fin de compte, ce n’est que notre petit confort et notre petite routine qui sont perturbés. Dans ces cas-là, la résistance face au changement se manifeste de différentes façons: absentéisme, négativisme, stress,…
Alors, quelle stratégie adopter dans pareille situation ? Il faut d’abord canaliser les efforts de chacun, on doit ensuite permettre à tous d’exprimer leur mécontentement et leurs appréhensions face à un tel changement. Car il ne faut pas se le cacher, le virage demandé remettait toute nos pratiques en question autant celles des éducatrices avec une longue feuille de route que celles des jeunes qui arrivent des collèges. La confiance en prend alors un coup !
Dans notre cas, il a fallu s’asseoir en équipe et évacuer nos frustrations en cherchant des solutions communes qui étaient susceptibles de convenir à tout le monde. Surtout, il a fallu entreprendre les transformations par étapes, sans se bousculer impunément. L’une des solutions a été de repérer dans l’équipe de travail des alliés, ceux qui voyaient la métamorphoses de façon très positive et très stimulante professionnellement, en se disant que les autres, plus récalcitrants, suivront en voyant leur enthousiasme.
Quoi de mieux pour outiller convenablement son personnel que des sessions de formation sur mesure. Un lieu commun de concertation où tous les participants reçoivent le même bagage informatif. C’est à ce moment qu’il faut impliquer les membres du conseil d’administration pour l’apport financier associé à ce projet. Ensuite, on recrute les gens qui sont prêts à prendre part à l’aventure. Dans notre cas, les éducateurs titulaires des groupes des enfants de 4 ans étaient prêts à faire le saut.
Notre problème majeur était de savoir comment implanter le nouveau programme dans notre environnement physique comme le nôtre (aires ouvertes) tout en respectant notre philosophie et surtout la qualité de vie nécessaire au développement harmonieux des enfants. La salle visée se prêtait assez bien à un réaménagement. La capacité de cette pièce était modeste, ne pouvant accueillir que 16 enfants. Avec le mobilier disponible et quelques achats, nos différents coins pour aménager les ateliers étaient prêts. Le temps de construire nos boîtes thématiques, de procéder à l’élaboration des ateliers mensuels et le tour était joué.
La satisfaction éprouvée par les éducateurs qui ont, malgré tout, dû surmonter quelques obstacles, a fouetté l’ardeur des autres intervenants. En l’espace de quelques semaines, les enfants et les parents impliqués, étaient informés de la nouvelles stratégie pédagogique. Rares sont ceux qui n’ont pas adhéré au principe et félicité le changement d’approche.
L’aménagement de notre salle principale pour 22 enfants de 18 mois à 3 ans, s’est avéré beaucoup plus complexe. Surtout quand on sait que le contexte organisationnel à définir doit tenir compte de l’espace physique disponible. Il y a quelques années, la garderie a subit un réaménagement complet. De grande salle sans cloison fixe, nous passions à un style beaucoup plus défini. Les enfants adoraient ce milieu ouvert sans trop de contraintes physiques. Mais en même temps, ils éprouvaient beaucoup de difficultés à se concentrer étant donné un nombre important de stimuli.
Du jour au lendemain, chaque groupe d’enfants a retrouvé son espace bien à lui. Les nouveaux aménagements sont maintenant fonctionnels et offrent un degré de difficulté plus grand à mesure que l’enfant grandit. L’enfant repère facilement son groupe pour les activités de routine et les nouveaux espaces donnent des limites physiques agréables. Mais ces nouveaux espaces ne sont pas nécessairement bien adaptés pour le nouveau programme pédagogique de Jouer c’est magique qui demande la tenue quotidienne d’ateliers permanents et d’autres ponctuels. Nous revoilà donc à la case départ.
De plus, la clientèle de dix-huit à trente-six mois ne se prête pas nécessairement très bien à ce genre de pédagogie. Les dix-huit mois sont des touche-à-tout, les vingt-quatre mois sont des êtres physiques insatiables et les trente-six mois des explorateurs. Comment concilier tous ces facteurs pour rendre la vie des éducatrices et des enfants agréable ? Encore une fois, on sort le marteau et l’égoïne, on démantèle quelques éléments jugés moins importants pour agrandir nos surfaces de jeux afin d’accueillir les ateliers spécifiques à chacun des groupes d’âge. Chaque sphère de jeu doit contenir des ateliers et du matériel proportionnels à l’âge des enfants.
Depuis que nous avons découvert et expérimenté le nouveau programme pédagogique, l’effet d’entraînement, tant espéré, s’est produit. Même les éducateurs de la pouponnière ont mis en place des petits ateliers correspondants aux besoins des poupons. C’est tout dire. Nous avons aussi remarqué que l’intérêt des enfants est beaucoup plus présent quand ils s’associent à une activité. Le bruit, ce fléau en garderie à aires ouvertes, a diminué considérablement, au grand plaisir de tout le monde. Et les relations entre les éducatrices et les enfants sont très cordiales. Avant, l’horaire de la journée était décidé en grande partie par l’éducatrice. Maintenant, l’enfant peut signifier ses intérêts et ses goûts.
Avec un peu de recul, nous pouvons dire : mission accomplie ! Bien entendu, il faut sans cesse s’ajuster, prendre du recul et expérimenter. Cela fait partie de notre travail. Sans l’apport constant des éducatrices et le soutien incomparable des membres du conseil d’administration, notre démarche aurait été vaine. L’exercice fut parsemé d’essais et d’erreurs. Mais nous devons tout de même tirer une leçon de toute cette aventure : il ne faut pas tenter de reproduire ce qui se fait ailleurs, on doit garder ses propres couleurs et surtout être convaincu du bienfait de nos réalisations. C’est à nous de jouer.
Martine Deschênes
Directrice
Centre de la petite enfance Jos-Monferrand
Hull, Québec