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Le jeu, état de l'enfance

Apprentissage par le jeu

Professionnels : Documentation : Apprentissage par le jeu : Le jeu, état de l'enfance
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Le jeu, état de l'enfance

En collaboration avec la zone Éducation de Radio-Canada et l'Organisation Mondiale pour l'Éducation Préscolaire

Le jeu au cours de la croissance

Les enfants jouent, et leurs jeux se transforment à mesure qu’ils grandissent. Il reste que, même en focalisant notre attention sur une période caractéristique, nous nous apercevons vite que celle-ci est rendue imprécise par son mouvement d'une étape antérieure vers une étape nouvelle. Il ne s'agit pas d'une progression en paliers mais d'une réorganisation. En outre, chaque enfant évolue à son rythme particulier et d'une manière qui lui est propre, mais toujours dans le cadre des grandes lois du développement dont les processus successifs sont identiques pour tous.

« Jouer » avec le foetus

Il y a peu de temps, on pouvait situer la naissance comme point de départ du développement de l'individu. Aujourd'hui, on découvre de plus en plus l'existence d'une vie psychique antérieure qui serait influencée par les impressions et les sentiments de la mère enceinte. L’enfant reçoit déjà des impressions sensorielles et cénesthésiques : bruit du coeur et de la respiration, son de la voix. Il y réagit, semble-t-il, également au toucher. De là à jouer avec le foetus, comme en sont persuadés certains jeunes parents, c'est étendre très largement le sens de ce mot dont l'acception est déjà trop vaste.

Naissance du jeu

À quel âge apparaît le jeu ? Là encore nous devons admettre qu'il ne se manifeste pas à un moment donné comme une étape. Pour tenter de comprendre son élaboration, nous pouvons avoir recours à l'hypothèse psychanalytique qui postule, on l'a vu, la substitution à la mère d'un objet ou d'un jouet hallucinatoire précédant la conscience de l'objet réel, puis son extension progressive à l'environnement. La théorie structuraliste, pour sa part, montre comment, par le processus de l'assimilation-accommodation, le monde acquiert, dans l’esprit de l’enfant, sa cohérence et sa permanence.

Illustration d'un bébé jouant avec le nez de son père

Les activités préludiques commencent à se dessiner vers le troisième mois et prennent un aspect répétitif, puis sélectif et relationnel (on peut alors parler de jeu) entre le sixième et le huitième mois. C'est d'abord avec le visage des parents que se dessine le jeu (cacher, montrer, s'éloigner, se rapprocher), puis l'enfant réagira ensuite de même avec un objet (linge, hochet, peluche).

L'activité buccale joue un grand rôle dans les premières activités de reconnaissance et d'exploration. L'enfant porte tout à sa bouche, puis adapte au caractère propre du jouet d'autres manipulations comme : frapper, frotter, jeter.

Le jeu sensori-moteur

Progressivement, la précision des activités sensorielles et la mobilité (s'asseoir, ramper, puis marcher) vont permettre à l’enfant des activités de plus en plus variées, qui vont s'appuyer sur les objets usuels et les premiers jouets, pour répondre à deux aspects essentiels du développement : l'intelligence (jouets sensori-moteurs) et l'affectivité (jouets d'éveil). On peut les récapituler ainsi, dans leurs grandes lignes :

Activité buccale : hochets, jeux de dentition.

Toucher : (le père des sens, disait Fröbel) sens de proximité, fondement des sens de perception à distance : vue, ouïe). Matières et textures diverses : (peluches, ours, poupées, animaux en tissu, etc.). Objets lisses, rugueux, mous, expériences thermiques agréables ou non, sensations relatives au poids ou à la légèreté, etc.

Illustration d'un enfant qui explore sa vue, son ouïe et sa voix

Vue : forme, couleur, grandeur, aspect (l'ensemble des jeux sensoriels).

Son : bruits, langage : répétition de mots et d'assonances, premières expressions puis communication verbale : jouets sonores et musicaux.

Mouvements : (jouer avec ses membres) expérimentation : jeter, frapper, secouer, faire du bruit, réagir à toutes stimulations.

Activité cénesthésique : balançoires, sièges oscillants.

Déplacements  : chariots, tricycles, jouets à traîner ou à pousser.

Expérience existentielle : apparaître, disparaître : tentes et cabanes, boîtes aux lettres, cubes gigognes, encastrements simples, récipients à emplir et vider.

Expérience des éléments : terre, sable, eau, poudre, pâte à modeler, transvasements, moulages, jouets de bain et de plage.

Transition avec l'étape suivante : premiers empilages, rythmes, séries, appariements, premières constructions.

Ne perdons pas de vue que toutes ces activités s'ordonnent dans un monde qui n'est pas encore perçu tel que l'analyse notre raisonnement adulte. En effet, ces rapports sont essentiellement du domaine prélogique en ce qui concerne sa causalité, et du domaine topologique en ce qui concerne sa structure spatio-temporelle.

Cette période a été désignée comme étape du rôle de la mère, à laquelle succède celle du rôle du père, qui préside au déploiement des jeux dans l'espace et le temps, et établit un mode de communication avec le monde qui correspond à l'activité paternelle comme médiation entre le foyer et l'extérieur. Ajoutons cependant que le travail des femmes hors de la maison et les nouvelles répartitions des tâches au sein de nombreuses familles ne permettent plus guère de se référer à cette distribution des rôles.

Le jeu symbolique
Illustration d'une fillette imitant son père

Le développement de l'imagination caractérise la période suivante où l'enfant commence à se situer comme un individu parmi d'autre, et s'assimile, par son jeu, aux personnes, aux métiers, aux situations : il imite, mais cette imitation sous-tend toujours un rôle qu'il vit intensément. Il s'approprie tous les jouets reproduisant l'environnement : voitures, sujets miniatures, appareils ménagers, téléphones, les outils et les panoplies, enfin tout ce qui représente l'activité de l'homme. Il vit aussi dans un monde fictif où le merveilleux joue un rôle important : personnages imaginaires, fantastiques, petits univers.

L'organisation

Parallèlement, l’enfant commence à organiser le monde : il ordonne, aménage les choses selon son point de vue, range, classe, distribue, établit des rapports logiques avec ses jeux éducatifs : lotos, dominos, triages, jeux de familles et d'ensembles.

Il établit un rapport entre les choses quand il constitue des villages, assemble les éléments d'un puzzle simple, d'un jeu de construction et y adjoint des accessoires, entoure ses poupées ou ses ours d'un petit monde domestique : meubles, dînette, vêtements. Il découvre les mécaniques par exemple avec des engrenages ou encore des toboggans où une action engendre le mouvement.

Fondant encore son activité sur des jouets dont le sens s'est élargi, il étend sa conquête au domaine de l'imaginaire par ses mimes et ses récits, et au domaine du raisonnement par ses manipulations. Les jeux, souvent partagés avec des camarades, permettent une nouvelle extension des thèmes et assurent le développement des rapports sociaux.

Les jeux de société

Le monde est perçu peu à peu suivant une explication logique, ses données devienant identiques à celles du monde adulte. Cette transformation est présidée par la socialisation de la pensée, qui se manifeste par un intérêt pour les jeux collectifs régis par des règles de plus en plus complexes, comme celles que commandent les cartes, les jeux de stratégie, et aussi les jeux de société faisant appel au hasard, à la simulation, etc. À travers eux, l'enfant découvre objectivement le monde et cherche à s'y insérer. Les jeux encyclopédiques ou économiques, les boîtes d'expériences techniques et scientifiques, etc., lui offrent une image de plus en plus réaliste de l'environnement et du monde professionnel.

C’est l'âge des jeux d’extérieur partagés, de la constitution des groupes. Mais aussi où l’on apprend à s'isoler pour mener à bien une tâche : construire une maquette, réfléchir, créer ou même rêver afin de s'édifier un univers individuel.

Le raisonnement

Tout cet ensemble de jeux et d'activités fait appel à des notions logiques : observation, réflexion, déduction, jeux mathématiques. Elles sont un pont qui permet le passage entre l'enfance et l'âge adulte, un appui sérieux pour l'enseignement lorsque celui-ci sait y avoir recours. Ces jeux fondés sur des concepts logiques seront encore longtemps nécessaires pour une accession à la maturité dans le domaine de l'acquisition du raisonnement, comme dans celui du comportement social.

Source : Le jeu de l'enfant, progrès et problèmes, André Michelet, OMEP, Québec, 1999.


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