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Photo : SoniaJam, photographe |
L’accouchement est bel et bien une séparation. Et il n’est pas sans douleur. Comment les femmes approchent-elles cette douleur? Les moyens alternatifs pour la soulager ou du moins pour mieux la vivre sont bien peu connus si on les compare à la péridurale qui permet d’enrayer toutes les sensations, douleurs et mouvements du bébé compris.
Beaucoup de femmes enceintes décident de prendre en main leurs douleurs sans l’aide d’interventions médicales, c’est-à-dire de trouver des solutions qui leur conviennent pour les aider à se soulager pendant leur accouchement. Plusieurs refusent la péridurale et optent plutôt pour des pratiques alternatives misant surtout sur la concentration, la respiration et de simples exercices pour mieux gérer les différentes phases de l’accouchement.
Toutefois, le seuil de douleur tolérée varie selon chaque femme. Elle dépend de la préparation physique et psychologique que la future maman a reçue. Elle est aussi influencée par l’environnement affectif, le soutien du mari, de la sage-femme, de l’accompagnant ou du médecin. La liberté de choix concernant les moyens pour calmer les douleurs est très importante. «Cependant, faire un choix éclairé implique d’être bien informé sur le sujet et c’est ce que je suggère à toute femme enceinte. Il faut se renseigner à l’avance sur les situations qui peuvent survenir lors d’un accouchement et bien sûr sur la douleur et les façons de la réduire.
La douleur, une étape de la vie?
«C’est vrai que c’est douloureux d’accoucher, mais ça fait partie de la vie. Les femmes qui prennent la péridurale se privent de sentir leur bébé naître, il me semble», avance Lucie Thibodeau, directrice du Réseau des Centres de ressources périnatales du Québec, elle-même mère de quatre enfants nés de façon naturelle. Supprimer l’épreuve par une intervention médicale, est-ce un vol de l’événement le plus marquant de la vie d’une femme ou une délivrance? «De nos jours, la douleur est devenue inacceptable. Sauf qu’accoucher, ce n’est pas une chirurgie, on n’est pas en danger de mort, on est en train de donner la vie et c’est correct. C’est sûr que si on n’a pas d’appui et que notre médecin nous dit « prends-tu un péridurale, ça va te soulager?», c’est tentant. Mais on est capable, compétentes et fortes, et il faut se le dire. Et ce n’est pas de jouer à la superwomen que de le savoir», écrit Catherine dans le même forum.
La société entière a peur de la douleur, qu’elle soit physique ou psychologie ou sentimentale. «On est habitué d’avoir une pilule ou un médicament pour n’importe quelles petites douleurs. On ne veut pas sentir la douleur, mais aussi la colère et la peine», soulève madame Thibodeau. «La douleur est vue extrêmement négativement dans notre société. Pourtant, dans certains pays, elle est considérée comme une épreuve qui fait grandir. Ici, la douleur est rejetée car on ne lui attribue aucune signification positive», affirme Lysane Grégoire, membre du groupe MAMAN.
Sans devenir des prêtresses du «tu enfanteras dans la douleur», malédiction prévue pour les femmes dans la Genèse, bon nombre de femmes reviennent vers un accouchement naturel qui leur permet de «vivre» vraiment leur accouchement. «Lors que mon troisième et dernier accouchement, une fois rendue à l’étape de la poussée, car mon bébé était engagé, ma sage-femme m’a invitée à toucher le crâne de mon enfant qui était environ à 2 cm à l’intérieur de mon vagin. J’ai alors senti les plis sur sa tête dus à la compression avec mes os. J’ai compris sa tête était écrasée et qu’il souffrait lui aussi, ma douleur est donc passé à un autre plan. Je me suis dit qu’il fallait que je l’aide à le sortir de là. Ma douleur s’est transformée. J’ai ressenti la sienne», confie Lysane Grégoire qui a eu son troisième enfant dans une maison de naissance avec l’aide d’une sage-femme.
Chacune a ses opinions concernant la douleur. « (…) quand on me dit que l’accouchement sans épidurale est une joie pour une femme, que c’est vite oublié et que c’est un moment de bonheur, j’ai un peu de misère à l’avaler celle-là. J’ai du mal à comprendre comment on peut être heureux de souffrir, ça fait mal en maudit et même si la petite frimousse qui en résulte nous comble d’aise et de bonheur, les souffrances restent gravées dans la mémoire, et je crois que les femmes se racontent des romances en disant le contraire. Il n’y a aucune honte à ne pas vouloir souffrir outre mesure, même si nos mères et nos grands-mères l’ont fait avant nous. C’est à notre portée de ne plus avoir à souffrir pour enfanter maintenant, pourquoi faudrait-il supporter la pression d’accoucher en souffrant? Pour prouver quoi à qui?», se questionne Judith dans le forum. Le plus important demeure que chaque femme soit bien informée pour prendre une décision éclairée.
Même si de plus en plus de centres, d’organismes ou de CLSC offrent des alternatives intéressantes, les hôpitaux ne sont pas tous ouverts à ces approches moins communes. Le centre des naissances du CHUM à l’hôpital Saint-Luc a publié une brochure expliquant les soulagements sans médication et les soulagements pharmacologiques de la douleur. Les femmes enceintes savent donc ce qui est offert dans cet établissement de santé. Il faut s’informer des projets auxquels l’hôpital de notre région adhère. Mais, il ne faut pas se leurrer, «tout dépend aussi du médecin qui sera présent lors de l’accouchement», déclare madame Grégoire. Les médecins ne sont pas tous favorables à la péridurale ou la césarienne. Même que si on affichait publiquement dans les hôpitaux le nombre de césariennes qu’effectue chaque médecin, peut-être y aurait-il un effet d’entraînement et amènerait un plus profond questionnement au sein même de l’équipe médicale.
Pour en savoir plus
Se préparer à affronter la douleur
Choisir la douleur, l'inviter plutôt qu'en être victime!
Petits exercices pour apprivoiser la douleur
Pour une naissance heureuse, Isabelle Brabant, éditions Saint-Martin, 2001, 440 pages