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Quêter son dû!

Service de garde

Professionnels : Chroniques : RSG au jour le jour : Quêter son dû!

Aude Patterson-Hamel, conseillère pédagogique pour le volet familial

Des parents qui paient en retard; voilà une réalité bien présente dans nos services de garde, en milieu familial comme en installation. Il est évident qu’un parent qui, le vendredi n’a pas payé ses frais de la semaine et qui arrive les poches vides, les lundis, mardis et mercredis suivants, est une situation délicate qui doit être réglée le plus rapidement possible. Sinon, la tension monte, les malaises s’installent et sans trop s’en rendre compte le lien de collaboration se dégrade peu à peu. Compréhensif, nous attendons avant d’agir. Sauf qu’avec le temps, on finit par se rendre compte que ce retard de paiement prend beaucoup de place dans notre travail et qu’il est bien compliqué à régler. Puisque personne ne désire vivre un conflit avec les parents de nos enfants, sortons nos petits gants blancs et prenons en main cette problématique!

Je vous comprends très bien de redouter le moment, plus qu’intolérable, de devoir aborder papa ou maman sur le montant d’argent qu’ils vous doivent. L’argent, le salaire et le travail des parents sont des sujets bien personnels et en discuter ouvertement, surtout ici dans un contexte plutôt négatif, n’est pas nécessairement quelque chose qui nous rend de bonne humeur et souriant. On craint de perdre le bon contact et le respect mutuel qu’on entretient avec eux.

Regardons la situation de manière réaliste: demain matin, quand papa ou maman viendra reconduire ses enfants, vous devrez continuer à assurer un bon lien de collaboration ensemble dans le but du bon développement des tout petits, c’est vital! Demain matin, vous devrez aussi continuer à payer votre loyer, l’école de votre plus vieux et l’épicerie pour toute votre marmaille, ce qui est tout aussi vital!

La recette miracle pour éviter que les parents paient en retard? Je suis désolée, je ne crois pas qu’il y en ait une... Même si vous avez signé un contrat de douze pages avec le parent dans lequel il est écrit: «Il faut payer le montant total des frais à tout le vendredi de chaque semaine», le retard peut se produire pareil. On tolère alors… parce que l’on veut bien comprendre… parce qu’on veut bien faire une exception… pour cette fois… mais seulement cette fois… et on attend au lundi… et de promesses en promesses, on se retrouve le vendredi suivant, à charger deux fois plus au parent. Quel beau cercle vicieux!

Tout d’abord, il faut se donner des outils pour prévenir les retards éventuels. Vous ne devriez pas appréhender le vendredi mais la voir comme une journée payante et agréable à vivre avec les parents tout comme avec leurs enfants.

Pourquoi ne pas demander aux parents de vous payer à tous les jeudis? Le mercredi soir, avertissez les papas et les mamans qui ont la mémoire ailleurs, que le lendemain est jour de paye. Vous aurez fait votre partie du travail (ils auront eu leur rappel) et dans le pire des cas, ils auront jusqu’au vendredi pour vous apporter leur paiement. Le rappel peut aussi être visuel. Affichez sur votre babillard dans l’entrée, un petit pictogramme $$$ qui indique que le lendemain c’est la journée où vous attendez votre dû. Vous pouvez aussi ajouter le rappel dans le cahier de l’enfant à la fin du compte-rendu de sa journée.

Si ces technique ne vous font pas sortir du sempiternel cercle vicieux et que vous vous retrouvez dans cette situation plusieurs fois de suite dans le mois, c’est que vous vous trouvez avec un type de parent qui n’a soit pas du tout de mémoire, qui n’a pas du tout compris que c’est aussi important pour vous que pour lui ou qui n’a peut-être pas l’argent pour vous payer. Là c’est tout autre chose et c’est vraiment à ce moment-là que nous aurons besoins de nos gants blancs pour nous en sortir... L’important c’est d’y aller de façon réfléchie et non-émotive même si le sujet de l’argent nous fait souvent vivre bien des émotions.

Quelle est la bonne façon de lui dire: «tu me dois 35$ pour cette semaine, 35$ pour la semaine passée, plus quatre déjeuners et je les veux demain matin sinon ça va aller mal en titi»? Il serait préférable de rencontrer le parent en dehors des heures où vous êtes en présence des enfants. De cette façon, vous seriez l’un et l’autre aussi disponible. Lorsque le parent est toute ouïe, expliquez-lui votre problème. L’idéal est de commencer votre première affirmation par «je» afin de les centrer sur ce que vous ressentez et vivez depuis quelques semaines. Voici un exemple: «Je désire vous parler des vendredis, les jours de frais de garde... Je tente depuis quelques jours de vous passer mon message sur l’importance… je trouve cela bien difficile d’aborder ce sujet de manière à ne pas créer de froid entre nous car nous sommes une équipe… mais c’est important que vous sachiez que je ne suis pas à l’aise lorsque…parce que je…» Et voilà la porte s’est ouverte aux échanges et ce de manière douce et délicate.

Maintenant que votre mot est passé vous pourriez aussi mentionner aux parents que vous êtes prête à écouter leur message pour ainsi mieux comprendre l’évènement ou la situation qui cause le retard de paiement de leur part. Votre rôle à cette étape sera d’écoutez, d’écoutez et d’écoutez encore. C’est important de comprendre les points de vue de chacun, d’en faire le tour pour être certain ensuite de pouvoir émettre les bonnes solutions.

Et voilà, vous savez si c’est un trouble de mémoire chronique, une incompréhension ou un manque d’argent qui cause cette problématique. C’est donc le moment de brainstormer ensemble pour trouver les solutions possibles (virement automatique, chèque post-daté, etc.) à ce retard récurant. Il est fondamental à cette étape, d’être ouvert, de ne pas juger et il faut quelques fois faire des compromis.

C’est certain que personne ne veut en venir à devoir rédiger une lettre officielle d’entente sur le délai maximum pour être payé de la part du parent, sans quoi le service ne pourra continuer à lui être offert. Il serait donc plus approprié de revoir, sans faire de menaces, les clauses de votre contrat qui sont en lien avec le sujet et de les relire avec les parents. Évitez les incompréhensions inutiles en vérifiant s’ils comprennent bien l’enjeu d’utiliser un service et de ne pas payer les frais qui sont exigés en retour.

Finalement, profitez-en pour leur demander comment ils vivent leur expérience du milieu familial et s’ils ont des sujets dont ils voudraient discuter avec vous. Laissez-vous aller dans le contact et dans le lien que vous tisserez ensemble au fil des conversations. C’est plus qu’important de comprendre les situations, les visions, les bagages des autres, afin de vérifier nos perceptions sur les causes d’un conflit potentiel ou même pour mieux communiquer à l’avenir avec eux, nos parents utilisateurs, nos collaborateurs fidèles.

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Chronique – Dernière mise à jour le 5/3/2006

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