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Construire l'estime de soi

Psychologie

Parents : Chroniques : L'estime de soi, ça se construit : Construire l'estime de soi

Solange Hinse-Luneau, pédagogue

Après une partie de hockey, Samuel s’empresse de demander à son père: «As-tu vu les deux belles passes que j’ai faites?» Ce dernier lui jette un regard d’admiration et lui répond: «Oui, bravo! Tu as bien joué. Tu as été efficace.» Les yeux brillants, Samuel entre dans l’auto. «Es-tu fier de toi, Samuel?» «Oui papa. Je trouve que je me suis beaucoup amélioré.»

Un enfant apprend d’abord à se voir et à s’estimer dans les yeux de ses parents, de ses frères et de ses sœurs, de ses amis, etc.; toutes les personnes qui comptent pour lui. Puis, les différentes expériences qu’il vit et qu’il objective ainsi que les rétroactions qu’il reçoit l’amènent graduellement à prendre conscience de sa valeur personnelle.

L’estime de soi, ça se construit

L’enfant qui a une bonne estime de soi:

  • aime ce qu’il voit de lui
  • a une bonne opinion de lui-même
  • se sent bien dans sa peau

«J’ai confiance en moi. Je me connais bien et je suis fier de moi. J’ai des amis et je me sens important pour eux. Je me sens capable de réussir.», voilà ce qui anime un enfant qui a une bonne estime de lui-même. Ce jugement positif lui permet de se sentir bien dans sa peau, de dire ce qu’il veut, ce qu’il pense et ce qu’il ressent, de s’engager dans diverses expériences, de prendre des risques: risque de créer, risque d’apprendre, risque de réussir et même d’échouer.

J’ai confiance en moi
Le sentiment de confiance se développe chez un enfant quand il se sent aimé, se sent en sécurité et sent qu’on croit en ses capacités.

Lors d’un atelier, j’ai posé les questions suivantes à des enfants de 6 à 10 ans: «Quand vous sentez-vous aimés de vos parents? Quand vous sentez-vous protégés? Quand sentez-vous qu’ils croient en vous?» Dans un langage simple, voilà ce qu’ils m’ont répondu: Quand papa joue avec moi. Quand maman m’explique des choses. Quand maman et papa prennent ma défense. Quand ils me disent que je suis bon ou gentil. Quand ils m’achètent des choses que j’aime. Quand ils m’aident. Quand ils m’embrassent. Quand ils me demandent de les aider. Quand ils «m’éduquent». À travers ces interventions, l’enfant apprend qu’il est aimable, qu’il a de la valeur et qu’il est digne de confiance.  

Je me connais et je suis fier de moi
Apprendre à un enfant à se connaître est une autre étape importante dans le développement de l’estime de soi. Quand il fait de la gymnastique, quand il prépare une fête avec des amis, quand il apprend à écrire des textes variés, quand il visite un musée, etc., l’enfant développe des habiletés dont il devient de plus en plus conscient. À travers ses activités, il découvre graduellement ses forces, ses limites, ses intérêts, ses désirs, etc.: «Je suis capable de… J’aime... C’est facile pour moi de... Je suis habile en...  Mon sport préféré est… Je n’aime pas… Plus tard, je veux être...»

Permettre à un enfant de vivre diverses expériences, prendre le temps de le regarder et de nommer ses forces, valoriser ce qu’il est et ce qu’il fait, l’aider à surmonter ses difficultés, lui dire que vous l’appréciez comme il est, lui permettre de se raconter, le questionner pour le rendre conscient de ses qualités, de ses forces et de ses talents, voilà autant de façons d’amener un enfant à se dire «Je sais qui je suis et je suis fier de moi.»

J’ai des amis et je me sens important pour eux
Pour un enfant, être aimé par des camarades qu’il estime a plus d’influence, sur l’estime qu’il a de lui-même, que de bien réussir à l’école ou dans les sports. Avoir des amis, sentir qu’il a de la valeur à leurs yeux, prendre sa place parmi eux, vivre des expériences avec eux, tout cela nourrit son estime de soi. Plus un enfant se sent populaire et apprécié dans son groupe et plus la valeur qu’il s’attribue comme membre d’un groupe augmente.

La capacité d’un enfant à intégrer un groupe passe par la socialisation. Quand on apprend à un enfant à être poli, bienveillant, respectueux et généreux, quand on lui permet de pratiquer le partage et l’entraide, quand on l’amène à accepter les différences, quand on favorise l’expression de ses opinions, ses sentiments, ses valeurs et ses croyances, quand on lui demande de s’engager dans l’organisation d’activités collectives, quand on lui fournit l’occasion de résoudre des conflits de groupe, on lui permet alors de développer des habiletés sociales qui vont l’aider à se créer un réseau d’amis et à développer un sentiment d’appartenance.

Je me sens capable de réussir
Il est plus facile pour un enfant de s’apprécier s’il réussit dans différents domaines: les études, les sports, les arts, etc. Quand il réussit, l’enfant en retire habituellement un sentiment de confiance, d’efficacité et de fierté qui nourrit l’estime de soi.

Il est important d’amener l’enfant à développer des attitudes et des stratégies favorisant la réussite. Il est également important de le rendre conscient de la démarche qui l’a conduit à une réussite: «Quel était ton projet? Pourquoi as-tu réussi? Comment as-tu procédé? Quelles attitudes as-tu adoptées? Est-ce que tu as demandé de l’aide? Comment te sens-tu?». Ce questionnement permet à l’enfant de découvrir qu’il a du pouvoir sur ses résultats: ils dépendent de ses attitudes (persévérance, autonomie, motivation, etc.), des moyens qu’il utilise (comment faire), des habiletés qu’il actualise, de l’environnement qu’il se crée, du temps qu’il accorde à la réalisation de son projet, etc.

En vivant plusieurs expériences de succès, l’enfant développe graduellement un sentiment de compétence, c’est-à-dire la conviction qu’il peut mobiliser et utiliser efficacement un ensemble de ressources: ses connaissances, ses stratégies, ses attitudes, ses habiletés, ses expériences, ses intérêts, etc.

Améliorer l’estime de soi: une démarche possible

Je me sens trop grand, laid et rejeté
Vous connaissez sans doute Le vilain petit canard, le conte de Hans Christian Andersen. De la couvée d’une maman cane naît un caneton plus grand que les autres, plus gris et plus laid. Il est la risée de toute la basse-cour. On le bouscule, on le pince et on lui donne des coups de bec. Il se sent si malheureux qu’il décide de s’enfuir. Au cours de son aventure, il connaît la solitude, le rejet, la peur et le froid. Un jour, de beaux oiseaux blancs passent près de lui. Un sentiment étrange l’envahit. Il prend alors son envol et arrive à la rivière où trois cygnes majestueux lissent leurs plumes. Il s’arrête. Les cygnes se dirigent vers lui. Il a peur et baisse la tête. Il voit alors sa propre image dans l’eau claire et découvre qu’il n’est pas un vilain caneton… mais un cygne! Un superbe cygne! Il se redresse alors la tête. Les autres cygnes font un cercle autour de lui et le caressent du bec, doucement. Pour la première fois de sa vie, il se sent fier et il connaît le bonheur d’aimer et d’être aimé.

Ce conte illustre bien l’influence des regards, des attitudes et des comportements sur le développement de l’estime de soi. Le sentiment d’être laid, de ne pas être aimé (rejeté, abandonné), d’être incompétent sont des facteurs contribuant à développer une faible estime de soi. Sentiments qui sont souvent le résultat de regards humiliants, de critiques répétées, de comportements violents, de dévalorisation ou encore d’indifférence.

Une faible estime de soi, ça se voit
L’enfant qui a une faible estime de soi peut ressembler à Catherine qui se replie sur elle-même et espère se faire oublier. Elle hésite quand elle parle. Elle n’ose pas prendre de risques, panique devant les tâches, gère difficilement son stress et ne veut pas prendre de responsabilités.

Il peut ressembler à Émile aussi, qui est hyper contrôlant, intolérant et confrontant. Il est pessimiste et négatif face à la nouveauté.

Il peut ressembler à Élise qui se sent inférieure aux autres (se compare), n’a pas confiance en elle, ressent énormément de pression et a tendance à se retirer devant le risque d’échec et de critique. Elle a de la difficulté à assumer ses gestes et met alors la faute sur les autres. Elle est plutôt distraite, passive et boudeuse.

Il peut ressembler à Fabien qui est rejeté, souvent seul, peu aimable et parfois agressif. Il a tendance à s’accrocher à une personne qui lui montre un peu d’intérêt (sangsue).

Il peut ressembler à Jeanne qui a image négative d’elle-même comme apprenante, stressée et parfois angoissée. Peu motivée et manquant de détermination, elle n’a pas de plaisir à apprendre.

Je me sens beau, admiré, aimé et heureux
Comme le vilain petit canard dans le conte d’Andersen, il est possible pour un enfant de changer la perception qu’il a de lui-même. «Je me sens trop grand, laid, rejeté et ça me rend malheureux» peut se transformer en «Je me sens beau, admiré, aimé et ça me rend heureux». Changer les regards humiliants par des regards d’admiration, les critiques négatives par des paroles positives, les comportements violents par des gestes de douceur et de bonté, etc. Le matériel décrit ci-dessous explique comment faire vivre à l’enfant une démarche lui permettant de prendre conscience de ce qui se passe dans sa maison intérieure et de développer des outils favorisant l’estime de soi.

Un matériel didactique au service du développement de l’estime de soi

Construire l’estime de soi au primaire est un ensemble pédagogique qui se veut un outil au service du développement de l’estime de soi. Les contenus proposés s’inspirent principalement des travaux réalisés par une équipe de recherche de l’Hôpital Sainte-Justine composée de Germain Duclos, Danielle Laporte, Jacques Ross et Lise Sévigny, ainsi que du modèle décrit dans l’ouvrage Comment développer l’estime de soi, réalisé sous la direction de Robert W. Reasonner.

Publiée aux Éditions de l'Hôpital Sainte-Justine, le projet comprend six volumes, deux pour chacun des trois cycles du primaire. Pour chacun des cycles, les sujets retenus tiennent compte des quatre composantes de l’estime de soi: le sentiment de confiance, la connaissance de soi, le sentiment d’appartenance et le sentiment de compétence (scolaire et sociale).

Chaque ouvrage contient:

  • une histoire à raconter
  • une démarche à faire vivre
  • des propositions d’attitudes à développer
  • des annexes à reproduire
  • un dossier destiné aux parents également reproductible

Premier cycle
Youri: De la sécurité à la confiance
Pristi: De la connaissance de soi à l’identité
YOURI, de la sécurité à la confiance PRISTI, de la connaissance de soi à l'identité

Deuxième cycle
Lico: Vivre un sentiment d’appartenance
Dégourdie: Vivre un sentiment de compétence scolaire
LICO, vivre un sentiment d'appartenance DÉGOURDIE ET COMPAGNIE, vivre un sentiment de compétence scolaire

Troisième cycle
Questi: Vivre un sentiment de compétence sociale
Valériane: L’affirmation de soi
QUESTI : vivre un sentiment de compétence sociale VALÉRIANE, l'affirmation de soi

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Chronique – Dernière mise à jour le 5/5/2005

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