Le mouton d'Alexandrin
Par Luce Fontaine
Alexandrin était un berger comme il nen existe pas beaucoup dans la région. Son troupeau de moutons, il le connaissait sur le bout de ses doigts.
Alexandrin connaissait le nom de chacun de ses moutons, des béliers aux brebis, en passant par les agneaux de lannée. Ah! Oui, il les connaissait bien ses moutons...
Chaque soir, Alexandrin rentrait ses moutons à la même heure, 7 heures, pas une minute de plus car ici la nuit tombe vite et le loup rôde à partir du premier instant dobscurité...
Comme à tous les soirs, notre berger rentrait ses moutons, en les comptant un à un. Mais oui, Alexandrin connaissait le nom de tous ses moutons, après tout, ils faisaient partie de la famille eux aussi...
..., Biquette, Blanchette, Cadette... et , mais, mais où est Noisette?
Ah! Cette Noisette toujours la dernière à rentrer à la bergerie.
BÊEEEEEE, mais lherbe est tellement meilleure de lautre côté de la clôture, pourquoi men priverais-je BÊEEEEEE?, se disait Noisette.
- Comme tu es imprudente Noisette, lui dit Alexandrin. Un beau soir, le loup tattrapera et te mangera...
-BÊEEEEE, non je suis la brebis la plus rapide de tout le troupeau et je cours beaucoup plus rapidement que cet idiot de gros loup, pensait-elle...
Les jours passaient et Alexandrin soccupait de ses moutons du mieux quil le pouvait, toujours il les emmenait paître de lherbe fraîche dans les meilleurs pâturages de la région. Le soir, en rentrant ses moutons, il les comptait un à un pour être certain quil nen manquait pas un seul. Tous les soirs ou presque, tous les moutons se présentaient à lappel du berger, tous sauf Noisette bien sûr, la brebis «rebelle».
Alexandrin était très apprécié de tous ses moutons, tous sauf un...
Bien sûr Noisette se plaignait constamment dAlexandrin qui ne la laissait pas brouter à son goût, assez longtemps et dans de bien piètres champs, disait-elle.
- Regardez, lherbe semble bien meilleure dans le champ dà côté!, disait Noisette aux autres moutons du troupeau.
- Allons Noisette, il est lheure de rentrer, allez dépêche-toi ou sinon, gare au loup Noisette, «gare au loup», lui répétait tous les autres moutons du troupeau...
- Le loup, disait Noisette, ce nest quune histoire pour faire peur à de pauvres moutons suiveurs, comme vous tous. Avez-vous seulement déjà vu lombre de ce fameux loup? Leur demanda-t-elle?
Tous les autres moutons du troupeau étaient figés de peur, immobiles, incapables de lui répondre.
- Cest bien ce que je croyais, vous vous inquiétez pour rien, rien du tout, il nexiste aucun loup dans les parages..., conclut Noisette, la plus dégourdie du troupeau.
Pauvre Noisette, se disaient les autres brebis entre elles. Un jour, elle le rencontrera mais il sera trop tard..., disaient-elles dun air triste, mais résolu.
Un beau soir de juillet, tout était calme dans le pré. Le soleil commençait à descendre plus bas que dordinaire... Mais où est Alexandrin?, commence à se demander le doyen des moutons.
Tout à coup, on entend lappel du troupeau mais ce nest pas la voix dAlexandrin, mais non, on dirait, mais oui, il sagit du voisin Germain. Tous les moutons sont nerveux. Que se passe-t-il donc?
- Allez, vite à la bergerie, leur dit-il avec empressement...
Les moutons, énervés, sentassent dans la bergerie en bêlant à sen fendre le coeur.
Le voisin Germain finit par leur expliquer quAlexandrin est au lit, malade, mais quil sera probablement mieux demain matin...
Pendant ce temps, dans le champ, seule et insouciante , Noisette, notre brebis rebelle, broute et sen donne à coeur joie.
- Enfin jai le pré à moi toute seule, je vais en profiter pour aller voir de lautre côté de la clôture que voisin Germain a laissée ouverte.
- Oh! comme lherbe est haute et verte de ce côté de la barrière..., exprima-t-elle avec joie et bonheur.
Mais tout à coup, on entendit un son étrange.
- Ce nest rien , allons Noisette, les loups nexistent pas voyons..., se répéta-t-elle au fond de son petit coeur de brebis troublée.
- Miam! Comme elle a lair appétissante et délectable se dit le grand méchant loup des forêts.
Cette fois, Noisette avait bien entendu une voix, une voix grave et menaçante. Cétait donc vrai, il y avait bel et bien un loup dans la région.
Comment avait-elle pu être aussi imprudente et écervelée...
- Quest-ce que je disais aux autres moutons déjà???
Cest moi la plus rapide des brebis, alors allons ma grande, cest le temps de sauver ta «pe...a...u...»
Noisette prit ses jambes à son cou et courut le plus vite quelle le pouvait, mais le loup se rapprochait quand même...
BÉÉÉÉÉÉÉ, BÉÉÉÉÉÉÉÉ, au secours!, criait-elle en filant à toute vitesse.
Ses appels ne furent pas vains, Alexandrin, par la fenêtre de sa chambre avait entendu les cris de peur de Noisette, sa brebis rebelle.
- Va-t-en, méchant loup, cria Alexandrin en sortant de sa maison dun seul bond...
Le loup resta tellement surpris quil rebroussa chemin, même si son ventre criait famine et quil aurait bien aimé savourer cette écervelée de brebis...
Noisette rentra à la bergerie épuisée par tant démotions, il sen était fallu de peu pour que Noisette ne disparaisse pour toujours...
- Tu vois Noisette, les loups existent vraiment, à lavenir, tu devras te méfier un peu plus et suivre les conseils de tes amis...
Noisette bêla de satisfaction. BÉÉÉÉÉ, BÉÉÉÉÉÉ....
Et vous savez quoi?
Noisette est maintenant la première du troupeau de moutons à rentrer à la bergerie à lappel dAlexandrin le berger...