La Pêche aux Rêves
Il était une fois deux jeunes Montréalais qui, après les examens de fin d'année, s'étaient embarqués sur un voilier, pour des vacances bien méritées dans les Mers du Sud. Malheureusement, à cause d'une violente tempête, leur joli petit voilier s'était échoué sur une petite île des Caraïbes.
Les voilà donc en train de constater les dégâts et d'évaluer leurs conséquences sur leur vie : le voilier démâté et enlisé, les cannes à pêche et leurs outils au fond de l'eau, plus qu'une boîte de premiers soins et des provisions pour une journée. Les deux amis Gab et Henri dit le Doc, sont un peu démoralisés par leur aventure. Ils n'ont rien pour se protéger du soleil, rien pour allumer un feu, plus de radio émetteur : ils sont loin de toute civilisation. Heureusement qu'ils sont bien en vie!
Ils en sont là de leurs réflexions moroses, quand ils entendent de grands cris venant du large : des personnes sont en train de se noyer! C'est Doc qui trouve la première victime et qui la ramène, inanimée sur la plage. Il a tout juste le temps de la déposer qu'il aperçoit en se relevant, qu'au large, Gab et une autre personne, lui font de grands signes. Doc Henri comprend qu'il y a une troisième personne à sauver et il replonge.

Une heure plus tard, tout le monde est réuni sur la plage. Doc Henri démontre son savoir - faire pour prodiguer les premiers soins aux trois jeunes filles : il entreprendra ses études de Médecine à la Rentrée. Heureusement, à part l'eau salée ingurgitée et un épuisement bien compréhensible, c'est surtout d'une frousse monumentale dont les victimes de cette mésaventure souffrent le plus. «Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire de ces filles ?» se demandent Doc et Gab qui pensent comme la plupart des garçons de leur âge, que les filles sont des «faiseuses d'histoires»

On se présente : Sabrina, Marjolaine et Rosalie K. racontent qu'elles ont été projetées hors de leur bateau, par une énorme vague – un tsunami. Bien imprudentes, elles étaient parties seules, le matin, pour une «petite excursion». Leur inexpérience en tant que navigatrices, les avait fait dériver en eaux troubles et elles n'avaient pas eu le temps d'atteindre la petite île sur laquelle les deux sauveteurs avaient trouvé refuge un peu plus tôt. Maintenant avec l'accalmie, on apercevait, dans la lumière du couchant, le petit bateau au large. Par chance, elles avaient pu jeter l'ancre!

Pour l'instant, on explore ses maigres ressources et on se félicite d'être encore en vie. Et on a faim !!! En un rien de temps, Marjolaine et Sabrina organisent les lieux : un coin pour s'asseoir et manger, un coin pour se reposer au-dessus duquel on suspend les paréos des filles pour se protéger du soleil et du vent. Puis, elles partent «chercher quelque chose à se mettre sous la dent.» Encore une fois, les garçons sont bien sceptiques : qu'est-ce que de frêles jeunes filles peuvent faire dans un coin perdu?

En grande exploratrice, Rosalie K. se souvient de ses 5 ans de camps d'été. Elle frotte deux pierres au-dessus d'un tas de brindilles et, bientôt, une joyeuse flamme jaillit. Les garçons sont tout émerveillés et un peu mortifiés par la débrouillardise des filles. Sabrina et Marjolaine reviennent bientôt avec de jolis poissons et des coques, qu'elles s'empressent de faire griller sur le feu allumé par Rosalie K. Ajoutés à leurs maigres provisions, ils peuvent maintenant satisfaire leur appétit -à peu près, disent les gars, qui sont bien ingrats. Les filles se regardent ironiquement entre elles, en haussant les épaules : ils sont peut-être forts physiquement ces garçons, «plates».Mais, au fond, ils sont tous si heureux d'être en vie, qu'ils ont la sensation de faire un vrai festin!

Puis, le calme revient, car la fatigue aidant, les batailles cessent, faute de combattants. La nuit tombe, l'on resserre les coudes autour du feu et les nouveaux alliés commencent à se raconter leurs espoirs et leurs rêves, - tous sont bien étonnés de voir à quel point leurs rêves se ressemblent. Sabrina, Marjolaine et Rosalie K., qui veulent toutes les trois devenir stylistes de mode, ont le projet de former une entreprise de Design de Mode qui aurait pour nom : Rosalie K. Gab, lui, veut reprendre le garage de mécanique de son père et s'occuper des grandes voitures de course. Il en rêve, jour et nuit. Naturellement, Doc Henri parle de son projet de devenir chirurgien - cardiologue. Tout ce qui touche le cœur, le passionne et les études qu'il fait dans ce domaine, le confirment dans sa vocation. Finalement, réconciliés, les nouveaux amis se mettent à fredonner leurs chansons préférées et glissent bientôt dans un sommeil de plomb.

Tôt, le lendemain matin, après avoir rapidement terminé les dernières provisions, ils se mettent à l'œuvre. Les garçons sont bien surpris de la forme des filles. Secrètement, les filles admirent les muscles des gars et leur savoir – faire. Elles ne donnent pas leur place non plus. Ils sont pleins d'entrain. Quand ils atteignent le bateau des filles, Gab peut enfin démontrer ses connaissances en matière de mécanique pour faire repartir le moteur, tandis que Doc s'active sur le petit poste à ondes courtes. Les filles amarrent le voilier à leur bateau et, après avoir obtenu des instructions des autorités navales, Gab met le cap sur Haiti. Ils ont le cœur joyeux, prêts à affronter ensemble, d'autres aventures. Les garçons pensent qu'après tout, les filles peuvent faire les mêmes choses que les garçons. Et les filles, que les garçons sont plutôt «Cool». Ils décident de laisser pour toujours derrière eux, sur la petite île, leurs préjugés sur les relations entre les garçons et les filles.