Le vieillard et les sept lions
Pour la troisième fois de la saison, les troupeaux de buffles avaient ravagé les plantations de coton des habitants d’un petit village. Ni les prières, ni les sacrifices à Dieu n’avaient pu éloigner ce troupeau malfaisant. Alors, le chef du village ordonna à tous de quitter les lieux pour rebâtir leurs maisons dans un endroit mieux protégé.
Chacun s’affaira à préparer ses bagages. On démonta les meubles, on roula les carpettes qui faisaient office de lits, on enveloppa la vaisselle, les cruches, les poteries et les bibelots. On chargea les ânes. On emplit les chariots.
Ce vieillard se trouvait dans l’impossibilité d’emporter ses bagages. Il appela ses voisins pour l’aider. Mais comme ils étaient tous très occupés à préparer les leurs, ils lui répondirent :
«Laisse-nous tranquilles ! Tu vois bien que nous n’avons pas terminé nos colis!»
Quand ils eurent fini de bâter leurs ânes, le vieillard revint poliment à la charge:
«Ne pouvez-vous pas mettre mes bagages dans un coin de votre chariot?»
Ils éclatèrent de rire:
«As-tu besoin, Grand-Père, d’emporter tout cela? Il te reste si peu de temps à vivre!»
Et la caravane démarra...
Le vieil homme, ne voulant pas abandonner ses biens, resta seul sur le seuil de sa demeure, maudissant l’égoïsme de ses voisins.
De là, il vit bientôt apparaître, au tournant de la piste, une famille Lion en file indienne qui cherchait l’aventure. Les bêtes avaient observé, dissimulées dans la verdure, le départ des villageois et espéraient découvrir quelques restes de nourriture pour agrémenter leurs repas habituels.
Ils étaient sept : le Lion, la Lionne et cinq lionceaux. Ils tournaient autour des cases abandonnées et le vieillard fut saisi de crainte. Il rentra précipitamment dans sa case. C’est alors qu’il eut une idée qui lui parut bonne.
Sachant que tout ce qu’il possédait comme nourriture ne pouvait suffire même au plus jeune de ces animaux, il les appela pour leur compter ses déboires.
Le Lion, roi des animaux, l’écouta de bonne grâce et lui proposa de porter ses bagages pour l’aider à rejoindre le convoi. Ce qui fut dit fut fait.
Lorsqu’ils virent le vieillard suivi des sept lions, les villageois n’en crurent pas leurs yeux. Puis, sûrs de ce qu’ils voyaient, ils détalèrent au plus vite abandonnant tous leurs biens.
«Voyez-vous, leur cria le vieillard, les lions ont été moins cruels que vous!»
Les lions lui léchèrent les mains en guise d’adieu et rejoignirent la forêt.
Alors, les voisins du vieil homme comprirent que c’était là un signe du ciel pour leur montrer leur lâcheté et ils revinrent se prosterner aux pieds du sage et implorer son pardon.
Puis ils le conduisirent avec le plus grand respect dans un de leurs chariots jusqu’au lieu prévu pour la construction du nouveau village où ils lui bâtirent une belle maison.
* le papayer est un arbre des régions tropicales dont les fruits s'appellent des papayes et qui ressemblent à des melons.