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Photographie de Marie-Ève Lauzon, éducatrice

Il faut bien que… un mal contagieux!

Le petit monde de la pouponnière

Parents : Point de vue : Le petit monde de la pouponnière : Il faut bien que… un mal contagieux!

Marie-Ève Lauzon, éducatrice

Lorsqu’un bébé arrive à la pouponnière, nous mettons tout en place pour respecter son rythme. Nous lui donnons le biberon lorsqu’il a soif. Nous le couchons lorsqu’il démontre des signes de fatigue. Nous le berçons lorsqu’il a de la peine. Nous l’habillons pour aller dehors, bien conscientes qu’il n’en a pas encore l’habileté. Nous comprenons qu’il pleure et qu’il crie, car il ne sait pas encore parler. Nous ramassons lorsqu’il lance son bol par terre au dîner.

Toutefois, un petit mal s’infiltre sournoisement et tranquillement dans notre vocabulaire. Ce mal puise sa source dans la fatigue, l’inévitable routine et atteint ceux et celles qui ont la barre un peu haute ou dont la flamme du métier est un peu en péril. Vous savez ? Cette fameuse flamme dont on nous parle depuis le premier jour?

Ce mal, je l’ai surnommé le syndrome du «Il faut bien que…». Il se manifeste lorsqu’un enfant ne veut pas s’habiller au vestiaire, et que nous lui disons: «Il faut bien que tu apprennes à t’habiller seul». Il se manifeste lorsqu’un poupon somnole au dîner et qu’on tente désespérément de le tenir éveillé, car après tout, «il faut bien qu’il s’habitue à faire une seule sieste, dans le groupe des 18 mois il dormira seulement l’après-midi…»

Ce mal inconscient est, n’en doutez pas, sans aucune malice de la part de celle qui en souffre. Il est particulièrement virulent chez les éducatrices œuvrant chez les 5 ans. «Il faut bien qu’il le fasse, il ira à l’école en septembre». Ah la fameuse maternelle!

En y réfléchissant, ce mal se produit lorsque nous pensons davantage à l’enfant comme faisant parti d’un groupe, plutôt qu’un individu à part entière. Bien sûr, l’enfant qui refuse de s’habiller au vestiaire retarde les autres (qui ont alors chaud dans leur manteau et commencent à se bousculer parce que c’est donc drôle de s’asseoir sur son ami!).

Ne perdons pas de vue que l’enfant s’est déjà habillé pour quitter la maison le matin, puis déshabillé à son arrivée à la garderie… L’enfant qui pleure, qui refuse de collaborer, a peut-être simplement besoin, exceptionnellement, qu’on lui mette sa salopette. Notre but ultime n’est-il pas de sortir dehors? Nous pouvons bien aider encore un peu ce petit à attacher ses lacets. Le but n’est-il pas de le protéger, qu’il ne tombe pas en trébuchant? Pour ma part, je ne connais aucun adulte fonctionnel dans mon entourage qui a encore besoin d’aide pour s’habiller avant d’aller dehors ou qui ne sait pas comment lacer ses chaussures…

Et si l’enfant n’est pas prêt encore à accomplir cet acte complexe qu’est le laçage des souliers, suggérons simplement aux parents de lui procurer des souliers à velcro. L’enseignante de maternelle continuera le travail auprès de l’enfant puisque cet apprentissage fait partie du programme préscolaire.

L’objectif d’amener l’enfant à être autonome est certes un défi important et de taille, mais justement, adaptons le défi au niveau de l’enfant et non à son groupe d’âge. Écoutons davantage son horloge biologique et non celle accrochée au mur de notre local!

Chaque enfant est unique. Ce n’est pas toujours facile. Moi-même, il m’arrive de remettre en question ma chère flamme du métier quand je suis confrontée à un enfant qui défie et contourne systématiquement tous mes «super trucs». Allons-y alors un jour à la fois. Profitons de l’aide précieuse de nos collègues qui ne demandent pas mieux que de nous donner un coup de main. Nous sommes compétentes, et ce, même si l’enfant ne relève pas tous les défis. Nous n’en sommes que plus compétentes si nous préservons son estime de lui-même en passant l’éponge et en laissant tomber la pression.

Accepter de remettre en question les interventions que nous utilisons depuis toujours demande beaucoup de confiance en soi.  Il est parfois tellement difficile de lâcher prise. Souvent, lorsque nous lâchons prise, l’enfant le fera lui aussi après un certain temps. Et plus le lien de celui-ci est fort avec vous, plus il escaladera des montagnes pour vous faire plaisir. Quelle joie alors de pouvoir lui dire: «Tu vois, tu es capable, tu as réussi!»


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Point de vue – Dernière mise à jour le 7/10/2008

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