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Vivre dans le monde des petits

Service de garde

Parents : Documentation : Service de garde : Vivre dans le monde des petits

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Geneviève Baril-Gingras et Louise Morissette

Jouer dehors, bouger, chanter, rien de mieux pour la santé. Pourtant, Margot, une éducatrice à la pouponnière, s'est fait mal au dos en soulevant le petit Pierre-Luc… Elle a tout de même dû s'absenter trois semaines avant d'être prête à reprendre le travail. Pierre-Luc n'est pas plus lourd qu'un autre poupon mais, jour après jour, c'est cinq enfants que Margot soulève pour changer les couches, consoler, bercer, installer dans la chaise haute, dans le lit d'enfant… La douleur est toujours là, et elle se demande si elle devra faire avec.

Pour Josée, l'éducatrice des 18 à 30 mois, la sieste n'est pas un moment de détente, au contraire. Les enfants, eux, relaxent, mais Josée, elle, ne sait plus comment s'installer pour soulager son dos : demeurer assise sur le plancher, sans appui, est devenu plus qu'inconfortable.

Josée et Sylvie, l'éducatrice des grands, sont restées bien perplexes après le commentaire d'un parent qui dit se sentir devenir un géant en entrant dans la garderie. C'est vrai que tout est petit, à la hauteur des enfants : chaises, tables, lavabos. Le problème, c'est qu'il y a aussi des adultes à la garderie! En s'observant, elles ont constaté qu'elles passent beaucoup de temps penchées au-dessus des enfants. Sylvie a aussi fait remarqué à Josée qu'elle était souvent assise de biais à table, parce que ses genoux entrent difficilement dessous.

Si le mobilier est conçu pour les enfants, les rangements, eux, sont superposés parce qu'on les veut hors de portée des enfants. Aussi, on les atteint à bout de bras et parfois sur la pointe des pieds. Sylvie se rappelle très bien cette douleur intense dans l'épaule quand elle a voulu prendre la grosse boîte sur la tablette du haut. C'était vendredi, le lundi ça allait déjà mieux, mais son dos demeure fragile et elle regarde maintenant la grosse boîte d'un mauvais œil!

Prises une à une, ces situations semblent des événements isolés, le fruit d'un malheureux hasard. Mais le portrait d'ensemble des lésions professionnelles dans les garderies montre que le «hasard» se répète d'une garderie à l'autre. En fait, les statistiques font état d'une situation préoccupante.

Des accidents de travail en garderie?

En 1994, 471 lésions professionnelles ont été indemnisées par la CSST dans les garderies du Québec : cela signifie 24 909 jours d'absence et 1,4 million de dollars en indemnisation! Les blessures sont graves puisqu'elles entraînent des absences de 53 jours en moyenne et que 8% des travailleuses accidentées sont absentes plus de 6 mois. La majorité de ces lésions sont des atteintes du système musculo-squelettique. Elles affectent principalement le dos (46%) et les membres supérieurs (23%); les blessures les plus fréquentes sont des entorses (47%). Les efforts excessifs, les réactions du corps et les chutes représentent plus de 72% des circonstances d'accidents. Les enfants, les mouvements du corps, l'ameublement et les surfaces de travail sont à l'origine de ces accidents.

En garderie, les principales contraintes physiques du travail sont en relation avec les postures, les déplacements et les efforts réalisés. Les garderies sont aménagées en fonction des enfants et non des adultes qui y vivent aussi: les éducatrices passent souvent d'une posture contraignante à une autre posture contraignante.

Pris un à un, les accidents ont l'air presque inévitables: ce n'est pas drôle, mais qu'est-ce qu'on peut bien y faire? Est-ce aux éducatrices de faire attention? Malheureusement, «faire attention», ça ne rend pas les enfants plus légers, n'abaisse pas les charges rangées trop haut et ne fait pas apparaître des lavabos à hauteur d'adulte à côté de ceux des enfants!

Les accidents chez les éducatrices ne sont pas une fatalité. Si les accidents peuvent être prévenus chez les enfants qui fréquentent les garderies, pourquoi n'en serait-il pas de même pour les éducatrices?

Des contraintes aux solutions

photo Louise Condrain

Voyons quelques exemples de situations à risque dans les garderies et de solutions toutes simples qui ont fait leurs preuves dans des garderies du Québec.

Lavabo

Une contrainte importante est la posture penchée associée à des lavabos bas. On y passe parfois de longs moments comme pour la désinfection des jouets, par exemple. Il arrive aussi que l'éducatrice soulève l'enfant parce qu'il ne peut pas l'atteindre seul même s'il est bas. Évidemment, il est avantageux d'avoir deux lavabos : un à hauteur d'adulte et l'autre à hauteur d'enfant. Si c'est impossible, il est préférable d'avoir un lavabo à hauteur d'adulte, muni d'un marchepied pour les enfants. Ainsi, tous peuvent adopter une posture sans contrainte pour se laver les mains.

Table à langer

Dans les groupes des poupons et des petits, les soulèvements d'enfants pour le changement de couches signifient des efforts importants; cette activité représente facilement plus de 200 soulèvements par semaine pour un groupe de cinq enfants. Il est pourtant simple d'éliminer cette contrainte par l'installation d'un marchepied. S'il a la mobilité requise, l'enfant peut alors monter et descendre lui-même de la table à langer. On peut ainsi développer la motricité de l'enfant tout en solutionnant un problème de santé et de sécurité du travail. Le marchepied peut ensuite être glissé, sans effort, sous la table à langer. De plus, une table à langer placée face au groupe permet de surveiller les enfants sans avoir à se retourner constamment.

Rangement

Le personnel doit souvent s'étirer à bout de bras pour avoir accès au matériel pédagogique, aux matelas, aux denrées alimentaires ou aux jouets. Un rangement des matelas à la verticale dans des cases individuelles est une solution. Il est alors accessible, même aux enfants, et prévient la transmission des infections. Si l'armoire est fermée, on peut même laisser les draps sur les matelas.

Par ailleurs, le matériel lourd et utilisé quotidiennement doit être rangé, sur les étagères, à une hauteur située entre la taille et les épaules. On évite le rangement au-dessus des épaules sauf pour le matériel léger et utilisé peu fréquemment. Un escabeau sécuritaire doit être disponible pour avoir accès à ces tablettes sans contrainte.

Lave-vaisselle

Le lave-vaisselle est souvent rempli et vidé en position penchée, ce qui est source de malaise pour le dos. L'installation surélevée du lave-vaisselle permet alors au personnel d'être en position redressée. Cependant, l'emplacement du lave-vaisselle surélevé doit être déterminé en tenant compte de la disponibilité des comptoirs.

Service des repas

À l'heure des repas, les cabarets sont souvent transportés manuellement et l'éducatrice se retrouve penchée sur une table basse pour servir les enfants. L'utilisation d'un chariot pour le transport des cabarets élimine cet effort. De plus, il peut être utilisé; pour préparer les aliments et faire des portions individuelles. Sinon, la travailleuse devrait effectuer cette tâche sur un comptoir ou une tablette à la hauteur de la taille.

Posture assise

Qu'il s'agisse de la surveillance lors de la sieste, d'activités au sol ou à table, l'éducatrice est souvent assise sur une chaise d'enfant ou par terre, sans appui pour le dos. Ces postures sont inconfortables et présentent des contraintes pour le dos. La nouvelle chaisière constitue une solution: elle fournit un appui au dos et rend plus confortable les activités au sol. De plus, il serait préférable que chaque local dispose d'une chaise pour adulte afin que l'éducatrice puisse s'asseoir confortablement. Il n'est pas toujours nécessaire que l'éducatrice soulève les enfants; ils sont capables de grimper par eux-mêmes pour s'asseoir sur l'éducatrice.

Santé et sécurité du travail en garderie : oui, c'est possible!

Ce ne sont là que quelques exemples de solutions qui permettent d'éliminer les contraintes associées aux postures penchées, aux soulèvements d'enfants et à la position assise. Oui, il est possible d'améliorer son milieu de travail pour le rendre fonctionnel et sécuritaire pour le personnel, sans qu'il en coûte une fortune. Il suffit d'en faire une priorité et d'y mettre le temps et les énergies pour y arriver. Une amélioration de la qualité de vie au travail est aussi un moyen de fournir aux enfants un encadrement professionnel de qualité..

Ce texte est tiré du magazine Petit à Petit, Janvier-février 1997, volume 15, numéro 15.

Il est possible d'obtenir les outils développés par l' ASSTSAS (Association pour la santé et la sécurité du travail, secteur Affaires sociales). L'ASSTSAS souhaite ainsi inciter les éducatrices et éducateurs à amorcer une démarche en santé et sécurité du travail dans leur milieu de travail.
Pour joindre l'ASSTSAS :
À Montréal : (514) 253-6871 ou 1 800 361-4528
À Québec : (418) 523-7780 ou 1 800 265-7780

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