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Aïcha Van Dun
Samuel refuse de manger. Noémie a peur du noir. Julianne a perdu sa grand-maman adorée. Mathis n'aime pas du tout la nouvelle suppléante de son enseignante. Alexandrine pique des crises depuis la naissance de son petit frère. Julien n'est plus le même depuis le départ de son papa. Antoine redoute la chirurgie qu'il devra subir la semaine prochaine. Malgré le nombre d'ouvrages consacrés à l'éducation des enfants, les parents manquent parfois d'idées pour aider leur enfant à surmonter un problème, petit ou grand.
Quand les conseils des proches et des experts ont été mis en pratique sans succès, il est temps de recadrer complètement la situation problématique. Accessible à tous les parents et aux enfants de tout âge, flexible à souhait, la métaphore se révèle un outil puissant de changement puisqu'elle permet de vaincre les résistances opposées à un message direct. Chaque enfant a sa personnalité, son rythme et ses difficultés. En cuisine comme dans les rapports parents-enfants, les recettes toutes faites ont leurs limites. Aussi, le parent peut offrir de nouvelles alternatives à son enfant en créant pour lui une histoire sur mesure, une histoire pour grandir.
Une histoire pour grandir est une métaphore se prolongeant sur plusieurs lignes qui reprend, sous une forme symbolique, les éléments de l'expérience réelle d'un enfant et propose une solution surprenante à un problème dans le but d'entraîner un changement.
La métaphore est une figure de la ressemblance qui permet de rapprocher deux aspects de la réalité qui se ressemblent, comme la comparaison, mais sans l'aide de termes de comparaison (comme, ainsi que, pareil à, tel).
Les impacts de la métaphore sur la relation parent-enfant sont nombreux et remarquables. En faisant appel aux symboles, la métaphore a le mérite de créer une passerelle entre le conscient et l'inconscient. Elle permet tantôt de dissuader l'enfant d'une mauvaise habitude, tantôt de l'encourager à relever un défi. Lue ou racontée dans des mots de tous les jours, elle enrichit la relation affective et marque un précieux temps d'arrêt dans le bourdonnement de la vie de famille.
Besoin d'un exemple?
Bien à propos à l'approche de la rentrée scolaire, l'histoire de Pas-Pressé entre à l'Académie vous aidera à passer de la théorie à la pratique!
D'abord, le parent choisit un contexte pour l'histoire. Forêt magique, conte de fées, Moyen Âge, univers marin ou planète lointaine par exemple. Ensuite, il invente une histoire en s'assurant que son enfant trouvera, sous une forme symbolique, imagée, tous les éléments de la situation réelle. Une métaphore bien construite permet à l'enfant de reconnaître son problème, les solutions explorées jusqu'à présent, les obstacles à franchir (ces solutions et obstacles deviendront des péripéties), ses proches et le changement espéré. Plus l'histoire sera personnalisée, plus l'enfant sera heureux de l'entendre!
Pier-Alexandre, trois ans, aime reconnaître dans son histoire quelques paroles de chansons de Passe-Partout. Il prend aussi plaisir à compléter les expressions de Dora, l'une de ses personnages animés préférés. Maman lance une phrase: «On va traverser le pont…» Et Pier-Alexandre s'empresse de poursuivre, tout excité: «… qui mène à la rivière. C'est gagné! C'est gagné!» Il aime aussi retrouver les mots d'amour de son papa dans la bouche du héros: «Je t'aime gros comme le soleil et toutes les étoiles dans le ciel!». En somme, plus l'enfant reconnaît ce qui lui est cher, son toutou favori, son ballon chanceux, plus il est touché. Quand la métaphore est efficace, la communication s'établit à plusieurs niveaux en même temps, ce qui permet au parent d'avoir accès aux ressources inconscientes de son enfant.
En guise de conclusion à l'histoire, le parent proposera une ou plusieurs solutions surprenantes au problème. Faute d'inspiration, il pourra tout aussi bien opter pour la métaphore sans fin en invitant son enfant à trouver lui-même une solution originale au problème du héros et donc, indirectement, à son problème! Les solutions des enfants, faut-il le rappeler, sont souvent plus créatives que celle des adultes. Une preuve? Récemment, Pier-Alexandre a vaincu sa peur du noir de son propre chef en demandant la permission de fermer complètement la porte de sa chambre et d'éteindre la lumière du corridor attenant pour faire place à l'obscurité totale. «Maman, je n'avais peur que des ombres!», explique-t-il tout bonnement, subitement rassuré.
Pour en connaître davantage sur notre collègue.