Bienvenue sur PetitMonde.com. Aller directement à la navigation, au contenu ou à la recherche.

Note importante : Si vous voyez ce message, c'est que votre fureteur ne supporte pas la nouvelle feuille de style (CSS) de PetitMonde.com ou qu'il n'est pas conforme aux normes du World Wide Web Consortium (W3C). Ses menus et tout son contenu demeurent accessibles mais la présentation visuelle se trouve affectée. Voir dans « À propos du site » pour plus d'information sur l'accessibilité.

Une femme pour les femmes

Grossesse

Parents : Documentation : Grossesse : Une femme pour les femmes

Ce document provient des archives de PetitMonde.com. Certaines informations (dates, adresses, liens Internet, etc.) pourraient être périmées.

Nadine Descheneaux

Photo: © 2001-2002 www.arttoday.com

«Nous sommes convaincues que les femmes ont ce qu’il faut pour porter et accoucher leur enfant. Ce n’est pas un concours, mais l’accouchement ne devrait pas être vu comme un événement médical basé sur les possibilités de risques», lance Céline Lemay, sage-femme depuis plus de vingt ans.

La pratique en pratique

Depuis toutes ces années, cette sage-femme a pu aider plusieurs femmes et ce, tout au long de leur grossesse. «On est là, les sages-femmes, avant, pendant et même jusqu’à six semaines après l’accouchement. C’est ça notre job légalement!», explique-t-elle. En effet, la sage-femme effectue seule tout le suivi de la grossesse. «On suit des femmes dont les conditions sont favorables: pas de pathologie, la femme et le bébé sont en santé, le bébé ne se présente pas par le siège et la femme n’attend pas de jumeaux. La grossesse se déroule normalement», précise Céline Lemay. La sage-femme fait tous les examens et les tests habituels (prise de sang, analyse et culture d’urine, dépistages, etc.) et peut même faire des prescriptions. Mais son travail ne s’arrête pas là. «On ne fait pas que prendre la pression, peser et mesurer. On parle avec la patiente. On prend le temps de discuter. On finit aussi par bien se connaître . Peut-être que tout physiquement va bien, mais que la patiente vit une période difficile, se pose des questions ou est très inquiète. Ça vaut la peine de prendre le temps de s’occuper de la mère qui subit toute une transformation. On l’accompagne psychologiquement, on ne s’occupe pas juste de la biologie», souligne-t-elle.

Les sages-femmes ne font passer une échographie seulement si une raison médicale l'exige, s’il y a un saignement, si la femme ne sait pas quand elle est tombée enceinte ou si elle est très inquiète et la demande. «En principe, si tout se déroule bien, l’échographie n’est pas nécessaire. Chez le médecin, c’est presqu’une routine et c’est très facile à justifier. Les médecins disent à leurs patientes: «on veut voir si votre bébé va bien, si tout est correct». Qui va refuser cela? Voyons… Si on refuse, on va nous faire passer pour une irresponsable. On dirait que les médecins n’ont plus de mains et ne sont pas capables en palpant de mesurer l’enfant», soulève Céline Lemay. C’est à ce moment que les soins continus des sages-femmes nuancent l’approche du problème. Si la sage-femme croit qu’il y a un problème, elle va prendre le temps de bien examiner la patiente, demander l’avis d’une consœur et peut-être faire revenir la patiente la semaine suivante pour vérifier si tout se déroule bien. Elle référera à un médecin si le problème est grave ou persiste.

Un lien spécial

Au cours des visites qui se font aux 4 à 5 semaines et qui durent chaque fois une heure, un lien précieux s’établit donc entre la sage-femme et la mère grâce à la continuité des soins. La sage-femme aide la future mère à mieux se sentir, à mieux comprendre ce qu’elle vit intérieurement comme dans son couple ou sa famille et la prépare à devenir une maman.

«Chaque naissance est unique. Et l’accouchement appartient à la femme et à la famille, pas à la médecine et aux technologies. Accoucher, c’est quelque chose de normal qui fait partie de la vie», confie Céline Lemay.  Parce que les sages-femmes croient en l’importance de la relation de confiance qui s’établit entre elles et leur patiente, elles ne font qu’environ 40 suivis complets de grossesse chacune. «On travaille en petites équipes de deux au cas où la sage-femme attitrée ne pourrait être là. Durant la grossesse, une deuxième sage-femme participera à quelques reprises à un rendez-vous mensuel», ajoute madame Lemay. Puisqu’il n’y a, au Québec, qu’une cinquantaine de sages-femmes et six maisons de naissance, il est important pour les femmes qui désirent être suivies par cette spécialiste de s’inscrire tôt aux séances d’informations prévues dans chaque territoire desservi par les maisons de naissance. 

Quand arrive le fameux jour J…

Pendant l’accouchement, la sage-femme supporte la femme, l’encourage et la protège. Lors de la poussée, une deuxième sage-femme est présente car à ce moment il y a deux personne à prendre en charge, la maman et le bébé. Elle part lorsque la sage-femme responsable de la patiente le décide, habituellement lorsque le placenta est expulsé. L’autre demeure avec la nouvelle famille jusqu’à trois heures après la naissance.

Tout au long de la naissance, la sage-femme aide sa patiente à mieux accepter la douleur en lui donnant un sens. «On vit dans une société de confort. On n’en a rien à cirer d’avoir mal. On a beaucoup de difficulté à faire la différence entre la douleur comme signal d’alarme qui dit que quelque chose ne va pas dans notre corps et la douleur normale, comme les contractions, qui veulent simplement dire que le bébé s’en vient», affirme Céline Lemay. Tous les regroupements qui souhaitent une nouvelle approche de la naissance soutiennent que les femmes ont ce qu’il faut pour que l’accouchement se déroule bien en autant qu’elles soient supportées, protégées, encouragées et dans un lieu intime. L’évolution de l’espèce humaine est un mécanisme complexe, mais bien fait pour assurer la santé de la mère et de l’enfant. Les sages-femmes y croient aussi. «On aide le processus mais on ne le contrôle pas. Une péridurale, ce n’est pas mettre la «switch» à off sur la douleur. Elle a une influence sur le déroulement du travail. Quand on médicalise, on joue avec la nature. Il faut plutôt apprendre à se faire confiance et à faire confiance à notre corps», soutient-elle. Par exemple, lors du travail, l’endorphine sécrétée par la mère l’aide à augmenter sa capacité de tolérer la douleur. Il est important pour les sages-femmes que les futures mamans sachent qu’elles ont tout pour bien vivre cet événement important qu’elles n’oublieront jamais.

Qui se tournent vers les sages-femmes?

La moitié des femmes qui demandent leurs services sont enceintes de leur premier enfant et sont relativement jeunes. Elles ont une conception différente de la naissance que celle ancrée dans la culture québécoise. «Elles se disent qu’elles ne sont pas malades, alors pourquoi iraient-elles à l’hôpital? Ou encore elles ne se sentent pas en sécurité dans un hôpital parce qu’elles ne savent pas qui sera là et ont peur de ne pas pouvoir donner leur point de vue. Elles recherchent une présence qui va les aider à accoucher. En se tournant vers une sage-femme, elles prennent «le risque» de se faire confiance. Elles se donnent une possibilité», mentionne Céline Lemay. Et contrairement à ce que l’on a tendance à croire, ce n’est pas des femmes qui n’ont peur de rien qui désirent leurs services. Ce sont plutôt celles qui souhaitent avoir la chance de se promener, de manger et de choisir une position, entre autres. «Il y a beaucoup de mythes autour des sages-femmes. On dit qu’on est granola avec nos petits bâtons d’encens… Voyons donc!», s’exclame en riant Céline Lemay qui précise «on ne veut pas changer le monde. On fait notre bout de chemin en faisant confiance aux femmes pour qu’elles se fassent confiance».

Un environnement particulier

Pour le moment, les sages-femmes ne pratiquent qu’en maisons de naissance, un compromis entre le domicile et l’hôpital. «Une maison de naissance, c’est une grande maison plus qu’un petit hôpital. C’est plus simple. On a tout ce qu’il faut pour veiller à ce que la mère et l’enfant aillent bien. C’est évident, sinon le gouvernement n’aurait jamais permis qu’elles existent», constate-t-elle. Sous peu, les sages-femmes pourront probablement avoir le droit de pratiquer à nouveau à domicile. Mais le choix du lieu de naissance constituera toujours une décision très personnelle. «Les femmes ont peur et pensent qu’il faut qu’il y ait de la technologie pour que ça aille bien. Pourtant 80% des grossesses se déroulent normalement. Et si une femme n’est plus capable, on y va à l’hôpital. Quand elle le décide, on respecte son choix. Dans les maisons de naissance, environ 12 à 15% des femmes sont transférées vers un hôpital. C’est correct», affirme la femme d’expérience. 

Or, même lorsque les sages-femmes seront admises dans les centres hospitaliers, ces lieux demeureront toujours investis de médications, d’interventions et de technologies. La tête pleine de projets et d’idées, Céline Lemay rêve de cliniques externes rattachées à un hôpital. S’il y avait une complication, les femmes pourraient aller sur l’étage d’obstétrique du centre hospitalier mais pas de manière systématique et même pas pour leur admission.  «J’ai une vision très «relax» de cet endroit: un salon, une cuisine, des poissons et des plantes! Un jour, les familles diront peut-être «STOP» à l’hôpital et chercheront un lieu plus intime et moins médical pour mettre au monde leurs bébés», estime madame Lemay.

Rendre les naissances aux femmes et aux familles

«On perd de vue que c’est un événement de la vie. Ce n’est pas un drame. C’est beaucoup plus qu’un mauvais moment à passer. Et les femmes ont le droit de choisir où, comment et avec qui elles veulent accoucher », croit Céline Lemay. Dans les hôpitaux, il n’y a pas de continuité dans les rapports et souvent «ça ressemble à une usine de montage». L’hôpital est un milieu de médecins, d’interventions et de traitements, et «c’est dans ce milieu que les femmes, à 99%, viennent mettre au monde normalement leur enfant», s’étonne madame Lemay. Lorsque les sages-femmes pourront pratiquer dans les centres hospitaliers, les choses pourraient peut-être changer. En se côtoyant, en voyant par exemple que les sages-femmes ne pratiquent jamais d’épisiotomie, peut-être que la façon de mettre au monde des médecins  changera. «Tout n’est pas tout noir ou tout blanc. Il y a beaucoup de personnes dans les hôpitaux qui auraient envie que ça change. Peut-être lorsque les sages-femmes seront sur les comités de département avec les médecins et les infirmières, ça donnera le goût d’essayer une autre approche comme plus de bains, permettre aux femmes de marcher plus, enlever le moniteur, etc. On ne sait pas. Mais aussi, de l’autre côté, certaines sages-femmes pourraient peut-être devenir plus médicales...», estime madame Lemay.

Toutefois, il y aura certainement de la résistance car le milieu obstétrique détient un monopole et il se débrouille très bien sans les sages-femmes. Ce sont d’abord les femmes qui les demandent. «Ce n’est pas n’importe quoi, les sages-femmes prescrivent, font les examens, peuvent faire de la souture, utiliser une ventouse, intuber un bébé et sont responsables des décisions concernant la vie de la femme et de l’enfant. Il n’y a pas d’infirmière, de néonatalogiste, de médecin ou de pédiatre. Le milieu a tendance à croire qu’il manque quelque chose. Il ne trouve pas ça drôle que la sage-femme tiennent tous ces rôles», explique-t-elle.

Demain, les sages-femmes

En 2003, la première cohorte de 16 étudiantes en pratique sage-femme terminera leur baccalauréat à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Elles auront derrière elle quatre ans d’études pour aider les femmes à mettre au monde leurs enfants, comparativement à un médecin généraliste qui ne passent que quelques mois sur le sujet. Aussi, dès leur deuxième année, ces étudiantes doivent faire des stages en milieu de travail et aussi dans les hôpitaux. «Ça va faire du bien des «vraies» sages-femmes! Parce que nous, les «vieilles» qui font cela depuis une vingtaine d’années, on traîne beaucoup de mythes avec nous. Des «vraies» sages-femmes formées, ça va donner un nouveau souffle à la profession», pousse en riant Céline Lemay, tout en gardant son sérieux.

Plusieurs initiatives démontrent que la conception des naissances évolue tranquillement. Elle tend à changer pour un retour à des naissances plus naturelles, moins contrôlées et plus empreintes de chaleur et de contacts humains. Ce processus, même une fois enclenché, ne s’effectue pas rapidement. Mais l’optimisme est de mise. Céline Lemay est une femme positive. «Le gouvernement veut changer les choses et a mis de l’espoir dans les sages-femmes pour la transformation de notre culture des naissances», lance Céline Lemay qui a tendance à voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide. Mais, «on ne vient pas changer le monde», conclue-t-elle, réaliste.

Haut de page
Hit-Parade
©1998-2008 PetitMonde.com | Tous droits réservés | Conditions d'utilisation