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Un ami imaginaire habite-t-il chez vous?

Psychologie

Parents : Documentation : Psychologie : Un ami imaginaire habite-t-il chez vous?

Dominique Raymond

Il se peut que le meilleur ami de votre enfant soit invisible, toutefois son importance est bien réelle!

Parmi mes souvenirs d’enfance, il y en a un qui me revient en mémoire plus souvent que les autres. C’est le souvenir de mon ami Fanado que j’ai connu vers l’âge de trois ans. Fanado était un garçon de mon âge, de tempérament semblable au mien, avec qui j’ai maintenu une longue relation d’amitié. Il m’accompagnait presque partout et, quoique nos rapports furent parfois tumultueux, je dois admettre que sa présence, dans ma vie d’enfant, m’était préférable à celle des grandes personnes. Nous avons maintenu cette complicité jusqu’à ce que j’entre à la maternelle ; puis, graduellement, elle s’estompa.

Bien que mes parents ne l’aient jamais vu en personne, ils ont connu mon ami Fanado aussi bien que moi, à force d’en entendre parler. Ce fut surtout ma mère qui entendait ce que je disais à mon ami quand je lui téléphonais. C’est que je l’appelais souvent pour l’informer des contrariétés qu’on m’imposait à la maison. Quant à mon père, il a généreusement été avisé que le père de Fanado était nettement plus permissif que lui. Par exemple, mon ami avait le loisir d’aller au lit à l’heure qu’il voulait et il n’avait pas à ranger ses affaires avant d’y aller. Toutefois, à l’approche des fêtes, je tenais mes parents au courant de ce que Fanado était particulièrement gentil, en précision des cadeaux que ses parents lui offriraient à Noël. Bref, mes parents n’avaient qu’à bien se tenir à mon égard, à défaut de quoi Fanado interviendrait en ma faveur.

Toujours est-il que, plus tard, devenue adulte, je me suis demandé si j’avais eu un comportement normal dans cette affaire. En fait, plusieurs questions me venaient à l’esprit. Est-ce que je croyais en l’existence de mon ami imaginaire ? Est-ce que je le différenciais des réalités que je vivais vraiment à cet âge-là ? En quoi avais-je besoin de cette invention ? En vue de trouver des réponses à ces questions et d’en avoir la conscience nette, je me suis alors adonnée à diverses lectures relatives à la psychologie de l’enfant. Il va de soi que ces lectures ne m’ont pas fourni de réponses précises sur mon cas particulier. Elles m'ont toutefois permis de comprendre le phénomène de l’ami imaginaire et, heureusement, de me rassurer sur la santé mentale de l’enfant que je fus. Si jamais un ami imaginaire venait à habiter chez vous, j’espère que les renseignements suivants vous aideront à l’apprivoiser plus facilement.

Un phénomène fréquent
Le phénomène de l’ami imaginaire est bien connu des psychologues et il est amplement documenté. Il y a même des psychologues qui ont rédigé leur thèse de doctorat spécifiquement sur ce sujet. Des études ont démontré que près des deux tiers des enfants d’âge préscolaire ont un ami imaginaire. Des statistiques indiquent que, dans le cas des garçons, l’ami imaginaire est presque toujours un garçon et qu’il est souvent plus âgé et plus téméraire que son prétendant. Alors que, dans le cas des filles, l’ami imaginaire est encore un garçon plus souvent qu’autrement, mais plutôt du même âge que la fille et moins osé. Cette polarisation vers le genre masculin dans le choix de l’ami imaginaire prête à la controverse et les commentaires sur ce point particulier sont contradictoires. Par contre, sur plusieurs autres aspects du phénomène, les documents abondent en explications sans équivoque. Aussi, de nombreuses recommandations, à l’intention des parents, y sont formulées.

De toute évidence, les documents confirment que le phénomène de l’ami imaginaire est tout à fait normal. Les psychologues sont unanimes sur ce point. Certaines études auraient même démontré que les enfants qui entretiennent des relations avec des copains imaginaires seraient moins dépendants des adultes, moins agressifs envers leurs camarades, plus coopératifs avec leurs professeurs et, aussi, que leur vocabulaire serait plus évolué. Un autre point sur lequel l’accord est unanime porte sur la grande diversité des amis imaginaires. Autrement dit, il n’y a pas de portrait-robot qui trace les traits de caractères typiques de l’ami imaginaire idéal. Chaque enfant idéalise son copain intime en conformité avec son propre caractère et selon sa propre imagination. Se basant sur ce fait, des psychologues affirment que les parents peuvent en apprendre davantage sur la vie intérieure de leur enfant par le biais de son ami imaginaire que par son comportement apparent.

Comme une soupape
Plusieurs hypothèses ont été avancées pour expliquer l’apparition soudain de l’ami imaginaire dans l’esprit de l’enfant. Divers éléments déclencheurs ont été proposés. Parmi ceux-ci, il y a le fait que, vers l’âge de trois ou quatre ans, les bambins doivent composer non seulement avec un monde qui prend de l’ampleur autour d’eux, mais aussi avec des exigences à l’intérieur de la famille même.

Les adultes commencent déjà à imposer des règles de bonne conduite aux enfants de cet âge, en vue de leur faire adopter un comportement plus social. La propreté, l’ordre, l’hygiène, la politesse, tout y passe. Face à toutes ces contraintes, un enfant très soumis pourra alors s’inventer un ami plus rebelle, vers lequel il canalisera ses propres sentiments d’opposition. Ce compagnon imaginaire aura le loisir de ne pas obéir aux règlements, de se mettre les pieds dans les plats tant qu’il voudra, et ce, sans entrer directement en conflit avec «Papa ou Maman». Pour lui : finies, les mains propres avant d’arriver à la table ; fini, le brossage des dents après le repas. De plus, un copain imaginaire plus âgé permet à l’enfant de se sentir moins concerné à son égard quand celui lui convient. Étant plus âgé, il n’aura qu’à se tirer d’affaire lui-même dans le cas où il se serait mis dans le pétrin.

Les compagnons invisibles aident l’enfant à faire face à diverses situations stressantes comme, par exemple, l’arrivée de la famille dans un nouveau quartier, l’entrée à la maternelle ou encore la mort d’un animal de compagnie. Souvent, le départ d’un copain du voisinage, dont la famille serait déménagée ailleurs, sera à l’origine de ce phénomène chez l’enfant. Parfois, deux ou trois compagnons imaginaires évolueront sur la scène intérieure de l’enfant. L’un d’entre eux jouera un rôle dominant alors que les autres joueront des rôles secondaires. Mais peu importe le scénario, l’action mènera vers un allègement du stress que l’enfant éprouve dans la situation particulière où il se trouve.

En d’autres occasions, l’ami invisible servira de recours à votre enfant lorsque viendra le moment de vous communiquer des idées ou des sentiments avec lesquels il ne serait pas à l’aise autrement. Ce sera le cas lorsque votre enfant vous paraîtra soucieux de quelque chose qu’il lui serait arrivé à votre insu et dont il n’ose parler spontanément par crainte d’être réprimandé. Une simple question, comme la suivante, amorcera la communication : «On dirait que tu es fâché contre ton ami. Se serait-il passé quelque chose qui te fait de la peine?». Soyez assuré que votre enfant saisira alors l’occasion pour «avouer» son petit mauvais coup et se libérer du remords qui le tourmentait jusque-là.

Comment réagir ?
Les psychologues recommandent aux parents d’adopter une attitude de non-ingérence dans la relation de leur enfant avec son copain invisible. D’une part, nier la réalité de l’ami imaginaire de votre enfant ne ferait que vous fermer la voie vers sa vie intérieure. La fabulation est normale chez l’enfant d’âge préscolaire et il ne faut pas lui reprocher de dire des mensonges lorsqu’il parle de son ami invisible. D’autre part, faire semblant d’y accorder une trop grande crédibilité sèmera la confusion dans son esprit et brouillera la ligne de démarcation entre son imaginaire et la réalité. Autrement dit, les parents ne doivent pas faire semblant de croire à l’ami invisible plus que l’enfant, lui-même, n’y croit.

Manifester un intérêt trop vif pour les faits et gestes d’un camarade imaginaire risque d’inquiéter votre enfant. Il en va de même pour les questions que vous lui poserez sur le comportement de son ami invisible. Elles ne doivent pas devenir un interrogatoire en règle  sinon, l'enfant aura l'impression qu'il doit rendre des comptes exacts et conformes à vos exigences. Selon les psychologues, l’enfant maintient une certaine surveillance sur le comportement de son ami intime et il ne veut pas partager cette autorité.

L’intensité et la durée de la relation avec l’ami imaginaire varient beaucoup d’un enfant à l’autre. D’après les statistiques, un enfant sur trois ne connaîtra par le phénomène alors que les deux autres le vivront plus ou moins intensément, durant une période de temps plus ou moins longue. Toutefois, dans la plupart des cas, l’ami imaginaire disparaît graduellement, pour faire place à de vrais amis, lorsque l’enfant commence à fréquenter la maternelle.

L’amitié imaginaire est un privilège normalement réservé aux enfants. Les adultes n’ont pas d’amis imaginaires sauf que, parfois, ils tiennent un journal intime.

5 bons points à retenir
- D’abord, acceptez le phénomène comme étant tout à fait normal puisque deux enfants sur trois vivent une relation d’amitié imaginaire plus ou moins intense durant une période de temps plus ou moins longue vers l’âge de trois à cinq ans.

- Ne niez pas l’existence de l’ami imaginaire de votre enfant en lui reprochant de dire des mensonges, car cela vous fermera la voie vers un aspect important de sa vie intérieure.

- Ne témoignez pas trop d’intérêt pour l’ami imaginaire en faisant semblant d’y croire plus que l’enfant, lui-même, n’y croit, car cela l’embrouillera entre le réel et l’imaginaire. De plus, il y ressentira une emprise de votre part.

- À l’occasion, amorcez discrètement la communication sur un sujet délicat par une question qui fait allusion à l’ami imaginaire. Votre enfant exprimera alors ses propres sentiments par des propos ou des comportements qu’il attribuera à son ami.

- Soyez sans crainte, votre enfant oubliera son copain imaginaire et se fera de vrais amis à la maternelle.

Cet article a été publié dans le magazine Junior, numéro de janvier 2000.

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