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«Tu vas avoir un petit frère»

Vie de famille

Parents : Documentation : Vie de famille : «Tu vas avoir un petit frère»

Nadine Descheneaux

Photo : © 2001-2002 www.arttoday.com

La cigogne repassera dans votre maison sous peu. Vous avez hâte de répandre la bonne nouvelle à vote famille, vos collègues et vos amis. Vous redoutez, en fait, la réaction d'une seule personne: votre premier enfant. Comment réagira-t-il à cette annonce?

L’arrivée d’un nouveau bébé dans la famille constitue, plus souvent que l’on ne le croit, une bonne nouvelle pour l’enfant qui est déjà là. Il arrive même que ce dernier avait demandé à ses parents un petit frère pour jouer avec lui.

La jalousie ne s’exprime pas nécessairement lors de l’annonce que la mère est enceinte. L’enfant réalisera au fil des jours les impacts de la nouvelle. «Vers l’âge de deux ans, et même un peu avant, il comprend tout quand on lui dit qu’il y a un bébé dans le ventre de maman. Il peut toucher au ventre et sentir le bébé. Avant cet âge, l’enfant ne comprend pas. On a peut-être un peu trop tendance à vouloir tout expliquer aux enfants même très jeunes. Toutefois, on peut toujours tester s’il comprend mais sans plus.», explique Claire Leduc, thérapeute conjugale et familiale. Même dans les familles recomposées, le passage de la cigogne laisse présager de bonnes nouvelles. «Le nouveau bébé cimente la relation du nouveau couple. Il est unificateur. Cet événement rassure les enfants que les adultes sont sérieux», estime Francine Lavergne, psychothérapeute et animatrice d’ateliers d’habiletés parentales à la maison de la famille de St-Jean-sur-Richelieu. 

Mais l’enfant peut aussi réagir fortement à cette nouvelle. Il était le centre de l’univers, voilà maintenant qu’il faut qu’il le partage. La jalousie indique, chez l’enfant, la peur de perdre la place de choix qu’il a auprès de ses parents.  Cette crainte est surtout présente lors de situations bien particulières où l’enfant prend conscience de ce qu’il n’a plus. Une maman enceinte qui a beaucoup de nausées le matin se lève un peu plus tard mais, ne déjeune plus avec son enfant comme avant. Il sera jaloux de la place que prend le nouveau bébé, car il lui prive de sa mère.  «Pour les enfants de moins de trois ans, ils ressentent peut-être encore plus cette perte, car ils n’ont pas eu de temps complet à eux avec leurs parents. Ils se sentiront plus menacés par la venue du nouveau bébé», explique Claire Leduc, travailleuse sociale qui a créé le groupe de Parent entraîneur.

Laisser sa place

Si le poupon ne devient pas l’attraction numéro un, si les parents prennent soin d’éviter les comparaisons et qu’ils accordent beaucoup d’attentions aux deux enfants, l’aîné ne se sentira pas menacé par le nouveau venu. «Si le premier enfant est un petit garçon turbulent qui bouge beaucoup et que le nouveau bébé est une petite fille douce, calme, bouclée et qui fait beaucoup de sourires, il y aura beaucoup de comparaisons entre les enfants. Si on vante les qualités du bébé, le plus grand se demandera qui il est, lui. «Je ne suis pas aussi fin que ma petite sœur?» Il sentira qu’il perd l’attention et l’affection des gens qu’il aime», montre Claire Leduc. L’enfant aura tendance à vouloir protéger ce qui lui appartient, ses parents en premier. La jalousie avec le nouveau frère est normale en autant qu’elle ne s’exprime pas par un agir violent, destructeur ou agressif.

Aussi, la jalousie entre membre de la fratrie ne s’exprime pas tant lorsque le nouveau-né débarque à la maison. «Lorsque le cadet a environ deux ans, quand il marche, il prend les affaires de l’aîné, on sent que la jalousie augmente. L’aîné trouve que le bébé prend beaucoup trop de place», soutient Claire Leduc en ajoutant que la jalousie se manifeste toujours de manière temporaire et sporadique, dans des circonstances particulières. Pour aider l’aîné à exprimer ce qu’il ressent, il importe de lui consacrer du «vrai temps» comme se plaît à le dire Claire Leduc. «Les parents devraient prendre 15 minutes par jour par enfant pour leur parler, les regarder et les écouter. Pas pendant l’heure du souper ou encore quand on se brosse les dents, mais bien du temps précieux. Et il faut que les parents soient disponibles pour leurs enfants. Cela pourrait être pendant l’heure du bain, quand on laisse le petit prendre le temps de barboter. On s’assoit près de lui, on peut lui faire un massage. Au travers d’une relation solide, l’enfant va se sentir aimé», mentionne Claire Leduc. Aussi, dans ces moments, l’enfant parlera de ce qu’il vit, ce qu’il ressent et ce dont il a peur. Les vrais sentiments se dévoileront lors de ces communications privilégiées que les parents devraient valoriser. «On peut jouer aux poupées avec une petite fille et elle va se sentir importante et aimée parce qu’on passe du temps avec elle. On peut lui dire mille fois qu’on l’aime, mais par une action concrète, elle le ressentira davantage», note Claire Leduc.

Moyens pour la transition se passe bien

- Préparez la chambre du bébé avec l’aîné. Demandez-lui son aide.  Peut-être voudra-t-il s’impliquer davantage? Il peut prêter un jouet ou un toutou au bébé qu’il placera dans la chambre. Ne forcez pas la note s’il ne veut pas ou s’il change d’idée.

- Faites le tri du linge avec l’aîné. Vous lui montrez ainsi ce qu’il avait et vous instaurez une notion de passage et de partage. Aussi, une multitude de souvenirs de sa petite enfance vous reviendront en tête et il sera heureux d’en apprendre sur sa propre histoire.

- Prenez des photos des deux enfants ensemble. Le poupon peut être le sujet principal de quelques photos, mais ne négligez pas le plus grand.

- Montrez des photos de l’aîné lorsqu’il avait l’âge du bébé. Racontez-lui comment il était, ce qu’il aimait et dites-lui que vous l’aimiez et qu’il était un beau bébé (ce qu’il entend beaucoup pour le nouveau-né!)

- Préservez à l’aîné un endroit bien à lui.

- Ne demandez pas à l’aîné de donner l’exemple

- L’aîné peut vous aider, mais ne lui confiez pas de tâches d’adultes.

- Offrez à l’aîné une poupée et même une petite poussette pour lui faire sentir qu’il partage véritablement l’histoire de la naissance.

- Lors de la naissance du petit frère ou de la petite sœur, n’éloignez pas l’aîné de la maison pour une semaine chez ses grands-parents. Il doit accueillir le deuxième enfant, et non le contraire. Amenez-le rendre visite à la mère et au bébé à l’hôpital.

«L’enfant a besoin de sentir qu’il est une source de bonheur pour ses parents», précise Claire Leduc. Lui dire et lui faire sentir est essentiel!

Claire Leduc est travailleuse sociale et thérapeute conjugale et familiale. Elle a développé l'approche du parent entraîneur pour répondre à ses besoins comme parent et comme intervenante. Elle a publié «Le Parent Entraîneur» aux Éditions Logiques en 1994 et «Comment transmettre des valeurs essentielles à nos enfants» aux éditions TVA-publications en 1998. Pour connaître le programme Parent Entraîneur: (450) 653-5473 ou
http://www.parententraineur.com/.

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