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Catherine Keller, La Grande Époque
Quand devons-nous dire non?
Lorsqu'il y a danger pour lui, pour les autres ou pour son environnement.
Vers un an et demi, l'enfant découvre qu'il peut grimper, descendre, ramper, escalader, transporter et son énergie n'a pas de fin. Il faut savoir qu'il est nécessaire, pour son équilibre physique à venir, d'effectuer inlassablement les mêmes gestes.
Pour éviter trop de «non», retirons de sa portée ce que nous ne voulons pas qu'il touche, en premier lieu les produits toxiques, bien sûr! Mettons une porte aux escaliers, installons des cache-prises électriques. Dans cet environnement adapté, il pourra vaquer à ses occupations sans pour autant que les parents soient toujours derrière lui.
Si l'enfant tient à faire quelque chose d'interdit, nous chercherons à attirer son attention ailleurs, sur une autre activité ou vers une autre personne par exemple. Mais si rien n'y fait, préparons nos oreilles et disons «non». Il vaut mieux une petite crise qu'une grosse bêtise.
En général, les enfants n'aiment pas voir leurs activités abrégées. Pour éviter de l'énervement, nous serons prévoyants et avertirons l'enfant suffisamment tôt de notre prochaine sortie pour des courses ou un rendez-vous. De cette façon, il est préparé à l'échéance. Quand le «non» arrive, il sait que c'est juste et même s'il fait une petite crise, il l'acceptera plus facilement.
L'important et le plus difficile, c'est d'être cohérent. Trop souvent, nous voulons lui faire plaisir, et l'interdit prend trop de temps avant d'arriver. Nous commençons à nous énerver, lui reprochant de ne pas obéir et c'est une petite histoire qui finit en drame. Il vaut mieux réfléchir avant de dire «non». Une fois prononcé, ce mot a des conséquences et l'enfant doit les connaître. Il lui faut le temps de l'intégrer. Une petite astuce, c'est le «un, deux, trois». Un: nous lui disons «non» et nous lui expliquons pourquoi. Deux: c'est le «non» répété sans ménagement. Trois: c'est la sanction. Avant de dire trois, nous pouvons dire «attention, je vais dire trois!» Souvent notre chérubin n'attendra pas et obéira.
Il est normal que tout au long de sa croissance, il passe son temps à pousser les limites. C'est épuisant, mais c'est un besoin que l'enfant a pour affirmer sa personnalité.
Ces limites, il peut les chercher longtemps, et nos nerfs sont mis à rude épreuve. Nous sommes à la limite de nos capacités et brusquement nous allons le punir pour une mauvaise raison. Plus tard, quand la crise sera passée, nous pouvons parler avec l'enfant, reconnaître notre erreur et lui faire comprendre que nous avons nos limites, quand il les dépasse trop, l'orage éclate. Notre enfant nous aime, il nous pardonne et nous est reconnaissant pour nos excuses. Mais attention à ce qu'il ne joue pas avec notre culpabilité. Quand nous demandons pardon, nous reconnaissons que nous ne sommes pas parfaits, comme tout être humain, mais cela ne veut pas dire que nous soyons faibles. Parfois un orage est libérateur de tensions et l'enfant, comme soulagé, redevient cet être si doux et si gentil. S'il a besoin de se défouler, donnons-lui l'opportunité de le faire, mais dans sa chambre, mettons la limite avant que nous ayons aussi besoin d'une soupape. En conclusion, dire "non" au bon moment rassure l'enfant, évite de nous énerver et qu'une situation anodine ne se transforme en conflit.
Maria Montessori, spécialiste de l'enfant, a créé une pédagogie basée sur le respect du développement intérieur de l'enfant. Elle nous dit qu'il nous imite, et que nous sommes ses modèles. Conscients de cette responsabilité, nous nous rendons compte, qu'en éduquant notre enfant, nous devons commencer par nous-mêmes.
Cet esprit absorbant, nous allons l'utiliser. L'enfant sera beaucoup plus calme car il pourra maîtriser son environnement. Proposons-lui des tâches à son échelle. Permettons-lui de partager notre travail de façon ludique. Cela demande un engagement en temps et en espace, mais cela nous apporte une autre qualité de vie, fort appréciable. Par expérience, elle donne à l'enfant une structure qui l'aidera toute sa vie. Dans son dernier livre «L'esprit absorbant de l'enfant» paru aux éditions Desclée de Brouwer, vous découvrirez une approche différente de l'enfant, c'est passionnant!