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Savoir d'où l'on vient : une question lancinante

Vie de famille

Parents : Documentation : Vie de famille : Savoir d'où l'on vient : une question lancinante

Thérèse Jeunejean

Photo : © 2001-2003 www.arttoday.com
Toutes les semaines, nous recevons un adopté d’il y a trente ans. Nous l’écoutons et nous tentons de répondre à sa demande. Ces contacts nous aident aussi à préparer les adoptions d’aujourd’hui, raconte Myriam Verwacht, du Service d’adoption Thérèse Wante (1).

Même quand la famille adoptive a manifesté beaucoup de respect et d’ouverture vis-à-vis de la famille naturelle, les adoptés attendent souvent l’âge adulte, voire que leurs parents adoptifs soient morts, pour chercher à en savoir plus sur leur origine.

Une origine inconnue
Mais certaines personnes en recherche ne trouveront jamais de réponse : en effet,  pendant des années, les services d’adoption belges envoyaient souvent les mères accoucher anonymement en France, ce qui était - et est toujours - interdit en Belgique. Un anonymat que l’on considérait alors totalement positif pour les nouveaux-nés. Aujourd’hui, cette adoption « sous X » a ses détracteurs et ses défenseurs...

Pour les enfants nés dans l’anonymat, il est quasi impossible de retrouver quelque trace que ce soit de leur origine dans un dossier pratiquement vide. « Et c’est pour eux une grande souffrance », constate Myriam Verwacht.

Avoir enfin une réponse
Ceux qui sont en quête d’informations sont reçus et écoutés par le Service d’adoption. Ils expriment généralement leur besoin de savoir d’où ils viennent, d’identifier leurs racines, parfois de voir un visage. Cela leur permet de regarder la réalité en face et, même si ce qu’ils découvrent est douloureux, au moins ils savent et cela les réconforte.

L’on constate aussi que les adoptés qui recherchent leur mère de naissance sont toujours très respectueux de sa vie actuelle. Ils ne veulent pas rompre la discrétion qu’elle a voulu sauvegarder.

Certains souhaitent  la rencontrer. Contact est alors discrètement pris avec celle-ci. Si beaucoup de mères d’origine refusent cette rencontre, elles acceptent plus souvent de donner une lettre, une photo. Au moins l’adopté reçoit-il une réponse qui vient d’elle.

Quand une rencontre a lieu, elle apaise celui qui cherche. Généralement, elle reste sans suite, l’un comme l’autre réalisant qu’aucun lien n’existe entre eux. Certains adoptés précisent que cette recherche et cette éventuelle rencontre confirment le fait  que leur famille adoptive est bien leur famille.

Comment s’appelait ma maman?
Et les adolescents ? « Nous les recevons s’ils en font la demande. Mais en fait, ils recherchent rarement leur famille d’origine. Ils font occasionnellement téléphoner une copine, un frère. Ils croient  mal de s’informer, pensent trahir leur famille adoptive. Pourtant, plus les parents adoptifs sont ouverts à la famille d’origine, plus ils augmentent la confiance ». Ou bien ces jeunes craignent de perdre l’amour de leurs parents adoptifs.

Le service d’adoption reste aussi en contact avec la famille adoptive. L’enfant peut donc identifier la personne qui possède son dossier et éventuellement, s’adresser à elle. Une petite fille de cinq ans, amenée sur son insistance par ses parents adoptifs et laissée seule avec la psychologue, a demandé à celle-ci : « Et comment elle s’appelait, ma maman ? ». Une seule question, une réponse claire et la gamine, satisfaite, est passée à autre chose.

Et les mères d’origine?
Après les rencontres nécessaires pour les formalités de procédure d’adoption, beaucoup de mères d’origine disparaissent. Elles ne souhaitent pas garder le contact avec les témoins d’un événement aussi douloureux, elles ont besoin de faire leur deuil, de prendre distance, de construire la suite de leur vie. « Cette réaction que nous connaissons bien, montre l’importance de mettre en place une structure d’aide psychologique ou sociale ultérieure pour la mère, en dehors du cadre du service d’adoption », précise Myriam Verwacht qui continue : « Ces mères savent cependant que nous restons à leur disposition. Un certain nombre d’entre elles reprend parfois contact pour donner ou prendre des nouvelles, demander une photo ou transmettre une carte à l’occasion d’un anniversaire, confirmer avec le recul que leur décision était bonne ».

Chez les mères d’origine plus âgées, ayant mis leur enfant en adoption il y a plusieurs dizaines d’années, et notamment des mères ayant accouché « sous X », on constate un changement de mentalité : elles sortent petit à petit de la culpabilité, du secret, de la honte et osent revenir au Service d’adoption, parler du passé mais aussi préciser : « Je ne veux pas rentrer dans la vie de mon enfant mais j’ai accouché à telle date et si mon enfant me recherche, je suis là ». Ce que disent semblablement les nouvelles accouchées qui s’expriment à ce sujet : « Je ne voudrais pas que ma fille débarque comme ça, brusquement dans ma vie et qu’elle fasse désordre. Mais j’espère que je la verrai un jour ».

Le Service d’adoption Thérèse Wante, du nom de sa fondatrice, réalise chaque année une dizaine d’adoptions d’enfants nés en Belgique. Il est situé 3, rue de la Neuville à 1340 Louvain-La-Neuve, tél. 010/45 05 67.    

Accoucher dans la discrétion
La Belgique n’autorise pas l’accouchement « sous X », autrement dit dans l’anonymat. Mais un accouchement dans la discrétion est toujours possible, surtout si la mère fait appel à un service spécialisé : une jurisprudence existe, qui permet de ne pas mettre l’entourage de la mère au courant de la naissance, par exemple  lorsque sa sécurité ou l’équilibre de sa famille sont en cause.

La famille d’adoption garantira elle aussi la discrétion même si, par l’acte de naissance et l’acte d’adoption, elle connaît l’identité de la mère d’origine.

Cet article a été publié par La Ligue des Familles de Belgique dans Le Ligueur no 39 du 7 octobre 1998.


Article – Dernière mise à jour le 7/27/2004

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