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Thérèse Jeunejean
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Même quand la famille adoptive a manifesté beaucoup de respect et douverture vis-à-vis de la famille naturelle, les adoptés attendent souvent lâge adulte, voire que leurs parents adoptifs soient morts, pour chercher à en savoir plus sur leur origine.
Une origine inconnue
Mais certaines personnes en recherche ne trouveront jamais de réponse : en effet, pendant des années, les services dadoption belges envoyaient souvent les mères accoucher anonymement en France, ce qui était - et est toujours - interdit en Belgique. Un anonymat que lon considérait alors totalement positif pour les nouveaux-nés. Aujourdhui, cette adoption « sous X » a ses détracteurs et ses défenseurs...
Pour les enfants nés dans lanonymat, il est quasi impossible de retrouver quelque trace que ce soit de leur origine dans un dossier pratiquement vide. « Et cest pour eux une grande souffrance », constate Myriam Verwacht.
Avoir enfin une réponse
Ceux qui sont en quête dinformations sont reçus et écoutés par le Service dadoption. Ils expriment généralement leur besoin de savoir doù ils viennent, didentifier leurs racines, parfois de voir un visage. Cela leur permet de regarder la réalité en face et, même si ce quils découvrent est douloureux, au moins ils savent et cela les réconforte.
Lon constate aussi que les adoptés qui recherchent leur mère de naissance sont toujours très respectueux de sa vie actuelle. Ils ne veulent pas rompre la discrétion quelle a voulu sauvegarder.
Certains souhaitent la rencontrer. Contact est alors discrètement pris avec celle-ci. Si beaucoup de mères dorigine refusent cette rencontre, elles acceptent plus souvent de donner une lettre, une photo. Au moins ladopté reçoit-il une réponse qui vient delle.
Quand une rencontre a lieu, elle apaise celui qui cherche. Généralement, elle reste sans suite, lun comme lautre réalisant quaucun lien nexiste entre eux. Certains adoptés précisent que cette recherche et cette éventuelle rencontre confirment le fait que leur famille adoptive est bien leur famille.
Comment sappelait ma maman?
Et les adolescents ? « Nous les recevons sils en font la demande. Mais en fait, ils recherchent rarement leur famille dorigine. Ils font occasionnellement téléphoner une copine, un frère. Ils croient mal de sinformer, pensent trahir leur famille adoptive. Pourtant, plus les parents adoptifs sont ouverts à la famille dorigine, plus ils augmentent la confiance ». Ou bien ces jeunes craignent de perdre lamour de leurs parents adoptifs.
Le service dadoption reste aussi en contact avec la famille adoptive. Lenfant peut donc identifier la personne qui possède son dossier et éventuellement, sadresser à elle. Une petite fille de cinq ans, amenée sur son insistance par ses parents adoptifs et laissée seule avec la psychologue, a demandé à celle-ci : « Et comment elle sappelait, ma maman ? ». Une seule question, une réponse claire et la gamine, satisfaite, est passée à autre chose.
Et les mères dorigine?
Après les rencontres nécessaires pour les formalités de procédure dadoption, beaucoup de mères dorigine disparaissent. Elles ne souhaitent pas garder le contact avec les témoins dun événement aussi douloureux, elles ont besoin de faire leur deuil, de prendre distance, de construire la suite de leur vie. « Cette réaction que nous connaissons bien, montre limportance de mettre en place une structure daide psychologique ou sociale ultérieure pour la mère, en dehors du cadre du service dadoption », précise Myriam Verwacht qui continue : « Ces mères savent cependant que nous restons à leur disposition. Un certain nombre dentre elles reprend parfois contact pour donner ou prendre des nouvelles, demander une photo ou transmettre une carte à loccasion dun anniversaire, confirmer avec le recul que leur décision était bonne ».
Chez les mères dorigine plus âgées, ayant mis leur enfant en adoption il y a plusieurs dizaines dannées, et notamment des mères ayant accouché « sous X », on constate un changement de mentalité : elles sortent petit à petit de la culpabilité, du secret, de la honte et osent revenir au Service dadoption, parler du passé mais aussi préciser : « Je ne veux pas rentrer dans la vie de mon enfant mais jai accouché à telle date et si mon enfant me recherche, je suis là ». Ce que disent semblablement les nouvelles accouchées qui sexpriment à ce sujet : « Je ne voudrais pas que ma fille débarque comme ça, brusquement dans ma vie et quelle fasse désordre. Mais jespère que je la verrai un jour ».
Le Service dadoption Thérèse Wante, du nom de sa fondatrice, réalise chaque année une dizaine dadoptions denfants nés en Belgique. Il est situé 3, rue de la Neuville à 1340 Louvain-La-Neuve, tél. 010/45 05 67.
Accoucher dans la discrétion
La Belgique nautorise pas laccouchement « sous X », autrement dit dans lanonymat. Mais un accouchement dans la discrétion est toujours possible, surtout si la mère fait appel à un service spécialisé : une jurisprudence existe, qui permet de ne pas mettre lentourage de la mère au courant de la naissance, par exemple lorsque sa sécurité ou léquilibre de sa famille sont en cause.
La famille dadoption garantira elle aussi la discrétion même si, par lacte de naissance et lacte dadoption, elle connaît lidentité de la mère dorigine.
Cet article a été publié par La Ligue des Familles de Belgique dans Le Ligueur no 39 du 7 octobre 1998.