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Rose bonbon ou bleu poudre ?

Psychologie

Parents : Documentation : Psychologie : Rose bonbon ou bleu poudre ?

Isabelle Pauzé

D’un côté, le rose bonbon, les jolies robes et les poupées tendrement cajolées; de l’autre, le bleu poudre, les casquettes de travers et les camions de pompiers. Aujourd'hui, les différences entre les garçons et les filles sont-elles encore aussi marquées?

À quel moment au juste un petit prend-il réellement conscience de l’existence des deux sexes et comment en arrive-t-il à adopter les comportements que la société attend de lui, par rapport à son appartenance à l’un des genres? Quel rôle les parents ont-ils à jouer dans la formation de l’identité sexuelle de leur marmaille? Et qu’en est-il des fameux stéréotypes qui réservent les bâtons de hockey à Julien et les cuisinières jouets à Juliette? Petit survol de cet aspect de l’éducation de nos fistons et de nos fillettes et, par le fait même, de nos valeurs et de nos étiquettes d’adultes qui ont la couenne dure…

Dans le regard des autres

Dès la fécondation, le sexe du futur bébé est fixé. Les organes génitaux externes se développant vers les 11e et 12e semaines de grossesse. C’est donc à partir de ce moment que l’échographie peut révéler le sexe de l’enfant. Dès lors s’enclenche, chez les futurs parents, un phénomène particulier qui, s’il n’est pas toujours conscient, n’en demeure pas moins reconnaissable.

En effet, à partir du moment où ils connaissent le sexe de leur bambin, papa et maman adoptent un «programme» de comportements à son endroit. Ils lui envoient, sans forcément s’en rendre compte, des messages qui l’inscriront progressivement dans son sexe. Par exemple, les parents préparent la chambre du poupon avec des couleurs et des images qui font «fille» ou qui font «garçon». Ils choisissent, pour le futur bébé, des articles typiquement considérés comme masculins ou féminins. Il arrive aussi qu’un enfant soit élevé différemment, selon qu’il descende d’Ève ou d’Adam: par le choix des jouets et des vêtements, bien sûr, mais aussi, de façon beaucoup plus subtile, par des attitudes des parents qui forgent doucement l’identité de leur petit bout d’homme ou de femme.

Des études récentes ont en effet prouvé que le ton de voix emprunté pour parler aux bébés est différent, selon qu’ils soient de sexe féminin ou masculin. On parle plus doucement à une petite fille, alors qu’on adopte généralement une voix plus ferme, plus vigoureuse, avec un petit garçon. De la même façon, les bébés garçons sont pris avec plus d’énergie que les bébés filles, probablement pour leur insuffler, du même coup, une bonne dose de virilité! L’enfant fait donc l’expérience, dès les premiers mois de sa vie, que ses parents renforcent chez lui positivement certains comportements et négativement d’autres. Il s’agit là d’une base de conditionnement, qui apprend au tout-petit à quel genre il appartient, et, par conséquent, ce que l’on attend de lui.

Garçon ou fille, un rôle qui s’apprend tôt

Comme l’explique la sexologue et auteure Jocelyne Robert: «Quand le tout-petit commence à percevoir ses organes génitaux, vers l’âge de 18 mois, il prend du même coup conscience qu’il existe autour de lui deux catégories d’humains, les hommes et les femmes. Il saisit alors distinctement que son père et sa mère, par exemple, ne sont pas identiques et comprend, par ses relations sociales, que les personnes qui l’entourent sont soit des filles, soit des garçons. Mais à cet âge, l’enfant ne s’insère dans aucun des deux sexes.»

Un peu plus tard, vers l’âge de deux ou trois ans, le tout-petit comprend que lui-même appartient à l’un de ces groupes, ce qui le différencie de l’autre. Il se fie alors aux caractéristiques physiques des individus pour les classifier. Ainsi, il est inconcevable, pour un enfant de cet âge, d’imaginer un homme portant une robe ou arborant des cheveux longs, par exemple.

Les bambins de trois et quatre ans entrent aussi dans la phase où surgissent les embarrassantes questions concernant la sexualité (et principalement la génitalité et le mystère qui entoure la naissance). Ils sont surtout curieux de comprendre ce qu’ils ont comme papa qui les distingue de maman ou inversement. Vers l’âge de cinq ans et six ans, le jeune enfant comprend que son appartenance à un sexe ou un autre est réellement permanente. Il s’agit alors d’une consolidation physique, mais aussi d'une intégration psychologique de son sexe. Le garçonnet et la fillette commencent donc réellement à vivre selon leur sexe.

L’importance d’un modèle signifiant

Le développement de l’identité sexuelle d’un jeune enfant passe d'abord par l’observation et par l’imitation du parent du même sexe puis par la reconnaissance du sexe opposé. Ainsi, rapidement, le tout-petit sent implicitement ce qu’on attend de lui (ou d’elle) et tente par tous les moyens de se conformer à ces images. «Avant tout, il faut que la sexualité soit perçue, par le jeune enfant, comme quelque chose de positif et de beau. C’est la base d’une saine assimilation de son identité propre», explique la sexologue Mélanie Turcotte.

Pour le petit garçon, le processus d’identification se définit par la séparation et l'opposition par rapport à sa mère, la première femme significative pour lui. Chez la petite fille, le même processus d’identification se fait en continuité et avec la relation qu’elle entretient avec sa mère. C'est à travers elle que la fillette acquiert ses comportements féminins et établit son identification sexuelle. Il faut donc que les tout-petits passent par ces phases différentes du processus (la différenciation pour le garçon, l’identification pour la fille) pour que s’accomplisse réellement le processus d’identité sexuelle.

On ne le dira jamais assez, les parents ont un rôle considérable à jouer dans la formation de l'identité sexuelle de leurs tout-petits. Et, comme l’explique Jocelyne Robert, cette influence va bien au-delà de la simple imitation. «Le jeune enfant veut non seulement faire comme maman ou papa, mais bien être comme elle ou comme lui. D’où l’importance, comme parents, d’offrir à nos enfants des images de femmes et d’hommes épanouis, bien dans leur peau. Ce sont à ces premières images d’êtres sexués, des images très signifiantes, qu’ils vont se référer durant longtemps.»

Le parent du même sexe représente un modèle d’identification dans lequel l’enfant peut se projeter et se reconnaître, en comprenant mieux ses agissements. Le lien affectif qui se développe alors revêt une importance capitale pour l’aider à construire le plus sereinement possible son identité. De la même façon, madame Robert insiste sur le fait que le parent du sexe opposé a aussi à assumer une fonction de reconnaissance de son enfant pour l’aider à se conforter dans son identité. «La petite fille a besoin que son père lui signifie qu’il est bon qu’elle soit ce qu’elle est. Il est de plus fondamental pour elle de se sentir acceptée, valorisée dans son regard à lui pour se sentir à l’aise dans son identité de fille, puis de femme.»

Dis-moi avec quoi tu joues, je te dirai ce que tu es

Très tôt dans son existence, l’enfant est confronté à ces tonnes de stéréotypes dont la société le bombarde et auxquels il doit se conformer. Selon Jocelyne Robert : «Même en 2001, alors que nous tentons d’échapper à des rôles trop figés, nous commençons à nous permettre d’offrir des camions ou des articles de sports dits masculins à des petites filles qui le souhaitent. C’est plutôt bien accepté. Pourtant, bien des parents sont encore réticents à offrir des poupées à leurs petits garçons. Ils préfèrent opter pour le toutou, qui permet au tout-petit d’assouvir son besoin de protection et de tendresse, tout en sauvegardant les apparences. Car qu’on le veuille ou non, un petit garçon doux et calme, qui ne démontre pas d’intérêt pour la chamaillerie, est regardé différemment. Les mentalités évoluent, c’est vrai, mais les stéréotypes sont encore très persistants.»

Pour Jocelyne Robert, ce qui sous-tend cette peur des parents et les incitent à entretenir les barrières entre les sexes, particulièrement en ce qui concerne les activités ludiques des tout-petits, c’est la hantise de l’homosexualité. «Ce que je dis aux parents, c’est de se faire confiance, d’éviter de cantonner leurs gamins dans des stéréotypes rigides et leur offrir un éventail de jeux et de jouets le plus large possible, même ceux qui ne sont pas «officiellement» de leur sexe. Il ne faut pas oublier que l’exploration du jeune enfant, qui se fait beaucoup par le jeu, est un excellent moyen de renforcer de façon positive son identité et sa fierté d’être un garçon ou une fille.»

En ce sens, le petit garçon qui souhaite «avoir un bébé dans son ventre» lui aussi, parce qu’il a vu sa mère, sa tante ou la voisine enceinte, réagit tout à fait normalement et n’est pas moins «masculin» pour autant. Il apprendra tout doucement que ce sont les femmes qui portent les enfants, lorsque cette question surgira dans son esprit et que ses parents seront prêts à y faire face. «L’éducation à la sexualité, ce n’est pas seulement quand on s’assoit avec nos enfants pour leur expliquer d’où viennent les bébés. C’est un processus qui se forge au jour le jour, à travers aussi l’image qu’on renvoie à nos jeunes de notre propre conception de la sexualité», rappelle la sexologue Mélanie Turcotte

Donc, pour aider fiston ou fillette à devenir dans sa tête ce qu’il (ou elle) est dans son corps, de la façon la plus harmonieuse possible, il faut se souvenir que, comme parent, nous sommes ses premiers sexologues. Et se rappeler de l’importance d’être non pas un miroir, mais un modèle, une base de référence à laquelle il ou elle s’identifie et qui l’aidera tout doucement à devenir bientôt un petit bout d’homme ou de femme.

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