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Rivalité ou complicité?

Vie de famille

Parents : Documentation : Vie de famille : Rivalité ou complicité?

Nadine Descheneaux

Photo : © 2001-2002 www.arttoday.com

Deux enfants courent et jouent dans la maison. Sont-ils des rivaux se mesurant toujours à l’autre? Ont-ils un sens féroce de la compétition ? Peut-être sont-ils d’excellents complices, s’unissant contre les adultes pour obtenir ce qu’ils veulent? Où naît la complicité et d’où vient la rivalité?

La jalousie est un signal d’alarme qui indique qu’on se sent menacé. «On est jaloux quand quelque chose nous dérange dans notre quiétude. L’enfant peut avoir peur d’être ignoré ou de ne pas être vu. Nous, les adultes, on peut passer une journée sans sortir ou se faire voir, ça ne nous dérange pas parce que notre identité est consolidé. Pour l’enfant, c’est terrible, car sa propre identité n’est pas forgée», explique Claire Leduc, travailleuse sociale et thérapeute conjugale et familiale.

Vivre ensemble et socialiser

Ce sentiment constitue une étape incontournable dans la constitution humaine et est aussi l’apprentissage de la socialisation.  «Une nouvelle tendance affirme que si on est jaloux, au travail ou dans notre relation de couple, c’est qu’on est malade. Un monde idéal sans jalousie est utopique et serait non gérable. La jalousie à une dose normale est un sentiment normal», soutient-elle. La jalousie peut être positive dans la mesure où on écoute l’enfant et si on prend le temps de lui expliquer. Si le parrain de sa sœur est beaucoup plus généreux ou présent que le sien, l’enfant peut se sentir moins aimé et peut jalouser sa sœur. Il faut lui dire que c’est normal de réagir à cette situation, on peut même lui dire «je pense que tu es un peu jaloux», mais il faut faire attention au ton employé. «On peut dire les choses, mais tout dépend du ton!», note madame Leduc qui a développé l’approche du parent entraîneur et auteure du livre «Le Parent Entraîneur».

Tant que la jalousie s’exprime de façon non violente et non menaçante, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Elle est un état d’âme. Toutefois, si les coups et les bousculades commencent, les parents doivent s’immiscer dans le conflit pour éviter qu’il envenime. «Je ne suis pas pour envoyer les enfants chacun dans leur chambre lorsqu’ils ne s’entendent pas pour jouer ensemble. Je les installe chacun dans un coin différent de la cuisine jusqu’au moment où ils sont prêts à jouer ensemble dans le calme à nouveau», précise Claire Leduc qui a aussi écrit le livre «Comment transmettre des valeurs essentielles à nos enfants». Il faut donner des moyens à l’enfant pour éviter les frictions. Souvent trop petits pour y songer soi-même,  ils sont par contre capables d’appliquer ces consignes. Une grande sœur peut ne pas vouloir que son petit frère joue avec elle avec sa jolie Barbie parce qu’il lui arrache les cheveux ou déchire les robes. Le parent peut suggérer à la fillette de prendre son gros toutou ou encore une poupée moins fragile pour s’amuser avec son frérot.  «Il est important de donner des moyens aux enfants de s’entendre dans un climat de justice», conseille-t-elle.

La jalousie du cadet

On a tendance à croire, à tort, que seul l’aîné est jaloux du cadet du clan. Pourtant le plus jeune peut éprouver de la jalousie aussi. Son grand frère ou sa grande sœur a des privilèges qu’il n’a pas, il a plus de liberté et aussi il peut être jaloux du temps que l’autre a passé seul avec leurs parents. Ceux-ci font parfois plus confiance à l’aîné, ce qui risque de choquer le plus jeune. «De temps à autre, il est bien de donner du temps privilégié à chacun. Cela aide à faire sentir à chaque enfant qu’il compte et qu’il est important, en plus de créer des liens forts», note Diane St-Laurent, chercheur au département de psychologie de l’université du Québec à Trois-Rivières. Le deuxième enfant n’apprécie pas que la place ne soit pas libre et peut craindre d’être moins aimé que l’aîné.


Attention, les parents!

Parfois, les parents peuvent induire des comportements de jalousie. Par des phrases comme «à ton âge, ton frère s’habillait déjà tout seul» ou encore «prends exemple sur ta grande soeur», le petit peut traduire qu’il vaut moins que son aîné. Aussi, cacher des sorties ou offrir un cadeau au petit frère lorsque c’est la fête du grand ne fait qu’exacerber la jalousie. D’autre part, il est bon de modérer la jalousie du plus petit qui veut être comme son aîné. Il pourrait vouloir l’imiter toujours jusqu’à l’âge adulte. Il ne faut pas cultiver les ressemblances, mais plutôt souligner positivement les différences et les talents de chacun, sans dénigrer l’autre.

Pour favoriser la bonne entente et éviter les jalousies

  • Écouter les enfants. Ce qu’ils ont à dire est important.
  • Leur parler et répondre à leurs craintes ou leurs questions.
  • Protéger le territoire de chaque enfant.
  • Être juste dans les conflits. Les règles de la maison sont applicables à tous, à des niveaux différents selon l’âge. Mais par exemple, si on n’a pas le droit de taper, le bébé ne doit pas plus égratigner son grand frère que ce dernier ne doit le taper. Le petit n’a pas le droit de tout faire seulement parce qu’il est petit.
  • Favoriser le respect du matériel et des jouets de chacun. Si les enfants doivent tout partager, l’intolérance se fera plus vite sentir. 
  • Consacrer du temps à chacun des enfants
  • Faire des activités tous ensemble où chaque enfant se sent valorisé et aimé. 
  • Souvenez-vous de vos jalousies enfantines et de celles que vous vivez même adultes.
  • Pour ne pas favoriser la compétition, n’élevez pas vos enfants dans la fusion. Tenez compte de leur personnalité, leurs talents et leurs goûts respectifs.
  • Une fin de semaine loin l’un de l’autre et ils prendront conscience à quel point il s’ennuie.
  • Ne comparez pas les enfants et ne montrez pas de préférence. Insistez sur les caractères de chacun sans dénigrer l’autre. Tous les enfants sont différents. Favorisez aussi les différences et démontrez que la supériorité absolue n’existe pas. 
  • Les enfants ont tendance à moucharder. L’adulte doit ignorer le rapportage sauf dans les situations où l’enfant dont il est question met en péril la sécurité physique. N’accepter que le bon «rapportage» et ignorer les autres. 
  • Développez l’empathie chez vos enfants (se mettre à la place d’une autre personne).
  • Soyez cohérent, dans votre couple, dans la manière de régler les conflits.  

Claire Leduc est travailleuse sociale et thérapeute conjugale et familiale. Elle a développé l'approche du parent entraîneur pour répondre à ses besoins comme parent et comme intervenante. Elle a publié «Le Parent Entraîneur» aux Éditions Logiques en 1994 et «Comment transmettre des valeurs essentielles à nos enfants» aux éditions TVA-publications en 1998. Pour connaître le programme Parent Entraîneur: (450) 653-5473 ou http://www.parententraineur.com/.

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