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Rencontre avec Louise Noël, travailleuse sociale au Centre jeunesse de Montréal

Vie de famille

Parents : Documentation : Vie de famille : Rencontre avec Louise Noël, travailleuse sociale au Centre jeunesse de Montréal

Pascale Pontoreau

Illustration : © 2001-2003 www.arttoday.com

Qui sont les couples qui cherchent généralement à adopter ?
En grande majorité, ce sont des couples avec problèmes de fertilité. Ce sont des couples vulnérables et impuissants face à leur plan de vie qui n’a pas fonctionné. Ils ont un deuil à vivre, ils doivent composer face à un rêve qui ne se réalisera pas. Mais les raisons qui les poussent à adopter sont variées :

  • Ils savent qu’ils ne pourront jamais avoir d’enfants
  • Ils ne peuvent pas avoir d’enfants mais ne savent pas pourquoi
  • Ils ne peuvent pas avoir d’enfants et ne veulent pas faire de démarches en fertilité
  • Leurs démarches en fertilité n’ont pas fonctionné
  • Ils ont déjà des enfants mais veulent aider des enfants qui en ont besoin
  • Ils vivent dans une famille reconstituée, l’un des partenaires a des enfants de sa précédente union mais le nouveau couple ne peut concevoir

Quelles sont les motivations qui incitent un couple à adopter un enfant d’ailleurs ?

  • Le couple ne veut pas être obligé de fonctionner avec les services sociaux et d’en être dépendant
  • Il ne veut pas attendre qu’un enfant soit directement adoptable (environ 6 ans sur liste d’attente)
  • Il ne veut pas prendre le risque d’accueillir un enfant qui finalement sera repris par sa famille biologique (environ 6% des cas)
  • Il craint les contacts avec la famille biologique
  • C’est chic d’adopter à l’international : c’est visible et valorisé, ça génère des questions et la curiosité des autres
  • Il a envie d’aider le « monde », et de former une société des nations à domicile.
  • Les enfants du Québec ont souvent un vécu douloureux, mais ceux qui viennent d’ailleurs sont idéaux; On ne voit pas, on ne sait pas! Certains ont des surprises médicales ou comportementales au retour.

Quelles sont les raisons qui poussent un couple à adopter un enfant au Québec ?

  • Le manque d’argent : l’adoption internationale coûte cher
  • Et puis, plusieurs se disent que tant qu’à aider un enfant, c’est mieux d’aider un enfant d’ici

Quelles sont les qualités d’un couple qui adopte un enfant d’ici ?
Ça prend beaucoup de générosité pour adopter en banque mixte. Il faut recevoir un enfant qui vient de l’extérieur qui peut être ne nous ressemblera pas et n’aura pas les mêmes talents que nous. Et il faut être capable de vivre avec d’importants facteurs de stress : le risque que l’enfant soir repris, la collaboration avec les services sociaux et les contacts avec les parents biologiques. Et surtout, il faut composer avec des enfants qui ont potentiellement vécu des traumatismes sévères et qui conservent des séquelles.

Il faut plus d’ouverture d’esprit et moins de préjugés aussi. Il y a de la discrimination jusque dans l’adoption : on ne trouve pas de familles pour les enfants québécois noir ! Si la famille d’accueil a des problèmes avec l’enfant adopté, c’est facile de dire, une fois que l’enfant a 6 ans : « ah, on sait bien, sa mère était prostituée et son père a fait de la prison. » Ça permet de ne pas remettre en question son éducation.

Les couples qui n’ont fait que quelques démarches en stérilité et qui décident d’aller vite en adoption et qui l’assument, ont moins de réticence à recevoir n’importe quel enfant. Pour l’important est d’élever un enfant, pas de le faire. Par contre, les couples qui se sont beaucoup investi dans les démarches en fertilité et pour qui, faire l’enfant est aussi important que de l’élever, ont besoin d’un enfant qui leur ressemble. Ils se diront, « si je n’ai pas réussi à avoir un enfant de moi, au moins, j’aimerais qu’il soit comme moi. »

Quelles sont les principales difficultés que les parents en banque mixte rencontrent ?
Plus l’enfant est vieux, plus les parents doivent composer avec l’enfant… et avec son bagage affectif. 80% des adoptants ayant des problèmes de fertilité préfèreraient un bébé naissant. Épuisés par l’attente, ils acceptent d’en prendre des plus vieux : c’est souvent très difficile, l’enfant est en état de souffrance, il a des antécédents dès la naissance, il n’est plus neutre. Et donc, plus les antécédents sont lourds plus il est difficile de trouver une famille d’accueil.

Les rencontres avec les parents biologiques sont toujours douloureuses. Le travailleur social ne peut interrompre  la rencontre parce qu’il doit ramasser des preuves pour témoigner de l’incapacité de la mère biologique à prendre soin de son enfant. L’enfant, lui, aime rapidement celui qui s’occupe de lui; Très vite, il s’éloigne affectivement de sa famille biologique et ne comprend pas ce qu’il doit faire pendant les entretiens. Quant au parent adoptif, il vit la détresse et la tristesse de l’enfant en plus de craindre que l’enfant lui préfère sa mère biologique.

Louise Noël est travailleuse sociale au Centre jeunesse de Montréal. Elle a été rencontrée à l'été 2002.

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