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Recomposer la famille - cas et solutions

Vie de famille

Parents : Documentation : Vie de famille : Recomposer la famille - cas et solutions

Nadine Descheneaux

Photo : © 2001-2002 www.arttoday.com

«On ne refait pas notre vie, on la continue», mais il arrive que cette transition amène quelques accrochages et quelques difficultés. S’il faut beaucoup de courage et d’amour pour réussir cette «deuxième» famille, il en faut davantage pour avouer ses faiblesses et ses peines. Voici des cas précis de situation qu’une famille recomposée peut vivre et des pistes de solution largement portées sur la réflexion.


Ma relation avec mon nouveau conjoint devient plus sérieuse. Quand et comment dois-je l’annoncer à mes enfants?

 
Il est toujours bien de tenir nos enfants au courant de ce qui se passe dans notre vie. «Il faut leur expliquer dans des mots d’enfants ce qui se passe dans notre vie. Par contre, nos enfants ne doivent pas être nos confidents. On n’est pas obligé de tout leur raconter. Mais ils doivent être tenus au courant», raconte Francine Lavergne, psychothérapeute et animatrice d’ateliers d’habiletés parentales. Au début d’une relation, les parents peuvent voir leur nouveau partenaire quand son enfant n’est pas là pour ne pas brusquer les choses. Si ce n’est pas encore sérieux, les parents n’ont pas à présenter chaque partenaire. Toutefois, lorsque la relation est plus sérieuse, le parent doit commencer à parler de son conjoint à son enfant. «D’abord, on leur dit qu’on a rencontré quelqu’un et qu’on aimerait qu’il le rencontre. Si l’enfant est réticent ou rébarbatif, on attend un peu. Mais la plupart du temps, il sera intrigué et voudra le rencontrer. Pour la rencontre, on choisit une activité que l’enfant aime. On peut aller au zoo ou faire un pique-nique», explique Gisèle Larouche, médiatrice familiale et intervenant auprès de couples en familles recomposées. Il est important d’en parler car l’enfant est déjà endeuillé de la séparation de ses parents et le nouveau conjoint ne passera pas si c’est trop rapide après l’éclatement de la famille et, surtout,  s’il n’est pas au courant.

Dans ses ateliers, Francine Lavergne conseille aux parents d’amener tranquillement l’idée du nouveau conjoint. «Papa a rencontré une femme. Elle est gentille et je l’aime beaucoup. Qu’est-ce que tu dirais si je te la présentais samedi?» est un bon moyen pour introduire la nouvelle personne dans la vie de l’enfant.

C’est décidé: en juillet, on cohabite tous ensemble. Comment le dire à mes enfants?

«Chaque enfant entretient toujours l’espoir que ses parents reviennent ensemble. Alors, quand on annonce à l’enfant qu’on s’installe avec nouveau conjoint, il perd tout espoir que ses deux parents biologiques se réconcilient», explique Francine Lavergne. L’enfant qui vit dans une famille recomposée est placé en conflit de fidélité face à son autre parent du même sexe que le nouveau conjoint. Francine Lavergne insiste sur le fait de parler et d’expliquer ce qui se passe. «C’est une décision qui les concerne directement. C’est vrai qu’on choisit un nouveau partenaire dans notre vie pour nous et non pas pour donner un père ou une mère à notre enfant. Ce dernier est toutefois largement impliqué dans cette décision de former une nouvelle famille».

Aussi, toute personne a dans sa tête une image de la famille. Traditionnellement, les familles étaient verticales (un père, une mère et des enfants), maintenant elles sont souvent horizontales. Avant, les parents avaient beaucoup d’enfants, aujourd’hui les enfants ont beaucoup de parents. Parfois, les parents doivent faire le deuil de l’image de la  famille idéale qu’il avait construite. «Dans la reconstruction d’une nouvelle famille, je dis souvent aux parents: tenez compte de vos enfants et tenez-les au courant!», souligne-t-elle.

Gisèle Larouche souligne qu’il est bon d’impliquer l’enfant dans la nouvelle organisation de la maisonnée et de le faire participer à la décoration. «S’il change de quartier ou d’école, il faut lui signifier qu’on comprend qu’il trouve cela difficile. Il faut rassurer l’enfant aussi sur l’amour qu’on lui porte. Le lien de couple n’empêche pas le lien parent-enfant».

Mon enfant n’écoute pas mon nouveau conjoint. Pourtant ce dernier voudrait bien s’impliquer. Quoi faire?

La psychothérapeute Francine Lavergne n’a qu’un conseil à donner aux nouveaux conjoints qui arrivent dans une nouvelle famille: «Mêlez-vous de vos affaires!». Elle précise sa pensée en mentionnant que le premier objectif d’un nouveau conjoint devrait être de créer une belle relation avec l’enfant. «Cet enfant a un père ou une mère, alors ne commencez pas à l’écoeurer avec de la discipline et des «Écoute donc ta mère!», surtout si vous n’habitez pas tous ensemble», mentionne-t-elle. Quand le beau-parent habite sous le même toit que les enfants, il laisse au parent biologique le soin de faire la discipline mais l’appuie au besoin. «Il faut à tout prix éviter de s’interposer entre le parent et l’enfant. Et le rôle du beau-parent est plutôt de bâtir une saine relation. Ensuite, il sera plus facile d’arriver à faire de la discipline avec l’enfant. Au début, on se contente d’aller dans le même sens que le parent ou encore on renforce ses propos», explique-t-elle.

J’ai beau faire des efforts pour être gentille et pleine d’attentions pour la fille de mon conjoint, elle me repousse quand même. Qu’est-ce qui se passe?

Si la fille de votre conjoint a passé quelques temps seule avec son père, elle a sûrement bénéficié de plus d’attentions de son père. L’arrivée de la nouvelle conjointe vient bousculer la place qu’elle avait auprès de lui. 

Francine Lavergne explique ce phénomène par le conflit de fidélité que ressent l’enfant. «La fille avec la nouvelle blonde de son père est en conflit de fidélité avec sa mère. Elle se demande si aimer la nouvelle blonde du père veut dire qu’elle aime moins sa mère. Pourtant les enfants ont de la place dans leur cœur pour aimer plusieurs adultes significatifs dans leur vie. C’est souvent les adultes qui mettent un frein au désir de l’enfant à créer des relations avec d’autres adultes. Par exemple, la mère d’un ton insidieux peut demander à sa fille lors de son retour de chez son père: «Comment elle est la nouvelle blonde de ton père? Elle est gentille avec toi?». Dans ce cas là, la fille comprend que ça fait de la peine à sa mère et n’ose pas trouver la blonde de son père gentille et intéressante.»

À l’inverse, un petit garçon aura plus de difficultés à entrer en relation avec son beau-père.  Dans le film La blonde de mon père, on remarque que la fille a plus de difficulté à établir une relation avec la blonde de son père. Tandis que son petit frère est moins en conflit direct avec sa mère. Pourtant, il ressent bien que sa mère biologique n’aime pas la place que prend la nouvelle conjointe de son ex-mari dans la vie de ses enfants. Le petit garçon dit même à sa mère: «Si tu veux, je peux l’haïr». Francine Lavergne souligne que ce film explique bien les aléas d’une nouvelle famille recomposée.

Les enfants de ma conjointe m’évitent. Dois-je en parler avec ma blonde? Quoi faire?

«Mettez-vous à leur place! Imaginez ce que vit l’enfant et dites lui ce qu’il doit ressentir», lance Francine Lavergne. Cette technique qu’elle appelle le «reflet de sentiment» ou encore la «technique du miroir».  Le nouveau conjoint peut dire à l’enfant: «Tu dois trouver ça plate que…», «Tu te sens un peu seul... » ou «Tu es inquiet… ». Verbaliser les sentiments de l’enfant à sa place lui permet de se sentir compris, de valider ses sentiments et de mettre au grand jour ce qu’il vit mais n’ose peut-être pas dire. «Les non-dits sont des poisons qui finit par tout gâcher», rappelle Francine Lavergne.

Le couple doit se parler de ce qu’il ressent. Par contre, «vous ne devez pas vous plaindre ou chialer à la mère des enfants, car elle sera prise entre vous deux. Aussi elle serait tenter de trouver un moyen pour vous réconcilier et pourtant les relations que vous établissez avec ses enfants ne regardent que vous et eux», note la psychothérapeute. Toutefois, lorsqu’une relation est tendue, le beau-parent peut exprimer ses sentiments à son conjoint.  Encore une fois, il verbalise ses propres sentiments sans mettre la faute sur les enfants.

J’ai de la difficulté à nommer ma relation avec Martin, le fils de ma blonde. Je me demande qui je suis pour lui? Son beau-père, son ami, le conjoint de sa mère?

Pendant tout ce temps où vous y réfléchissez, vous n’établissez pas de relation avec l’enfant. «Finalement, c’est une relation entre Martin et Jean (le nouveau conjoint), une relation entre deux humains», relate Francine Lavergne qui a déjà vu un cas semblable dans les ateliers qu’elle anime. «Il est impossible de ne pas avoir de relation avec une personne avec qui vous habitez même si vous vous évitez. Parfois, il faut un long apprivoisement comme pour Le Petit Prince. On se dit «bonjour», «bonne nuit», «j’espère que tu vas passer une bonne journée» ou d’autres simples formalités. Il faut y aller très très tranquillement», rappelle-t-elle.

Souvent, le terme évolue au fil de la relation. «Au début, lorsque l’enfant le présentera, ce sera «le chum de ma mère». Cette appellation rappelle le lien interposé que l’enfant a avec cette personne. Puis, ensuite, il va peut-être l’appeler par son prénom, ce qui établira un lien direct, ou dira «mon beau-père». Toutefois, il est important de ne pas forcer l’enfant à dire «beau-père» ou quoi que ce soit. Il faut laisser le langage évoluer», conseille Gisèle Larouche.

Aussi, puisque l’enfant est très endeuillé, le nouveau conjoint n’entre pas facilement dans sa vie. Toutefois, le parent biologique devrait éviter de se mêler de la relation que son conjoint et son enfant construisent ensemble. Le principe relationnelle de Jacques Salomé explique bien les relations. «Dans une écharpe, il y a deux bouts, pas plus. Il faut qu’on se demande: «est-ce que j’en tiens un bout?».  Si la réponse est «non», alors ce n’est pas à moi à m’en mêler. Je peux dire ce que ça me fait ou ce que je ressens, mais je ne m’en mêle pas.», résume Francine Lavergne qui aime beaucoup cette image. Il n’y a qu’une exception au principe de l’écharpe. Si l’intégrité physique ou psychologique de notre enfant est en jeu, les parents doivent réagir et s’impliquer.

Mon ex-conjoint a refait sa vie avec une nouvelle femme. Ils habitent ensemble et mes enfants vont chez-lui chaque fin de semaine. Je souffre beaucoup de savoir que mes deux enfants vivent avec une autre femme que moi.

«Il faut beaucoup d’humilité, de maturité, de détachement et d’amour pour notre enfant pour accepter qu’il s’attache à quelqu’un d’ascendant», affirme d’emblée Francine Lavergne. Selon elle, le parent biologique ressent une énorme insécurité affective. Pourtant, ils sont uniques. Jamais leurs enfants auront une autre mère ou un autre père biologique. Les gens ont tendance à à se demander «si mon enfant aime quelqu'un d'autre, est-ce qu'il m'aimera moins?». «Pourtant, vous êtes la seule que votre enfant aime comme cela. Il faut aussi leur dire que l’amour que vous lui portez, personne d’autre que lui peut l’avoir. Et l’amour que vous portez à votre chum, personne d’autre que lui ne l’a. Il faut que l’enfant se sente à l’aise d’aimer quelqu’un d’autre», souligne la psychothérapeute. Car si l’enfant ressent que son parent biologique est triste ou encore discrédite le nouveau conjoint, il sera en conflit de loyauté avec cette personne. «Il faut se dire que c’est normal de réagir ainsi. Mais ce n’est qu’un autre lien qui s’ajoute et on apprend en tant que parent qu’on est irremplaçable. L’enfant établira un lien avec cette personne-là de la même manière qu’il en crée avec ses professeurs ou sa gardienne», souligne Gisèle Larouche.

Pour y arriver:

  • Il ne faut pas dire nos sentiments d’adultes aux enfants car ils ne sont pas vos confidents.
  • Les sentiments négatifs ou nos craintes, on les garde pour soi. Si on leur communicque, les enfants seront influencés. On évite les questions insidieuses pour satisfaire notre curiosité du genre «Est-ce que tu lui donnes un bec avant d’aller te coucher?».
  • Les parents doivent encourager leurs enfants à établir des relations avec d’autres adultes.

Francine Lavergne raconte que dans un de ses ateliers, une mère s’est confiée en disant qu’elle se sentait presque malheureuse parce que la rencontre entre son enfant et la nouvelle conjointe de son ex avait bien été et que son enfant était heureux. «C’est un deuil et une perte douloureuse à faire», conclue-t-elle.

Photo : © 2001-2002 www.arttoday.com

Mes enfants, ses enfants… ouf! Quoi faire pour que ça ne soit pas l’enfer?

«On y va graduellement, expose Francine Lavergne, et on prépare doucement la première rencontre. Tout d’abord, on peut parler à nos enfants des enfants de notre conjoint en leur disant ce qu’ils font comme activités et ce qu’ils aiment. On leur montre des photos. On fait les présentations en deux étapes. D’abord, on présente notre conjoint à notre enfant. Ensuite, on organise une activité avec tous les enfants en discutant avec eux.»

Ensuite, les relations évoluent sensiblement de la même manière qu’avec des vrais frères et sœurs. Ils se chicanent, mais oublient vite, et c’est, paraît-il, l’apprentissage de la socialisation.

Par contre, si par exemple les enfants du conjoint ne viennent à la maison qu’une fin de semaine sur deux et que ceux de la mère sont là presqu’en permanence, il faut prendre soin de ne pas créer des jalousies inutiles. Lorsque les enfants de l’homme arrivent, c’est les cadeaux, les restaurants et les sorties tandis que les fins de semaine où ils ne sont pas là, la famille recomposée ne fait rien de spécial. «Pensez à créer de beaux moments pour les enfants qui sont là tout le temps. Une fin de semaine où tous les enfants sont réunis, il est plaisant de rester à la maison et de ne pas avoir un horaire surchargé, juste pour le plaisir d’être ensemble. Veillez à ce qu’il n’y ait pas une trop grande disparité entre la façon de traiter les enfants de l’un ou de l’autre», note Francine Lavergne. Elle insiste aussi sur le fait que les règles établies dans la maison sont bonnes pour tout le monde sans exception. Toutefois, «il est normal que le parent naturel passe plus de temps et manifeste plus d’affection envers son enfant. Ce temps privilégié que chacun passe avec son enfant est à respecter».

Ma nouvelle conjointe attend un enfant. Comment mes enfants vivront cette nouvelle étape?

Habituellement, l’arrivée d’un bébé dans une famille recomposée est unificateur. «Ce bébé rassure les enfants déjà présents que la relation entre le couple va bien et que c’est sérieux. En fait, il ne devrait pas y avoir une autre séparation!», spécifie la psychothérapeute.

J’ai de la difficulté à accepter l’enfant de mon conjoint.

Parfois, on voit en cet enfant le fait que notre conjoint a suffisamment aimé une autre femme avant nous pour lui faire un enfant. Francine Lavergne affirme qu’on doit apprendre à vivre avec cette réalité. «Il faut faire le deuil de l’image de la famille idéale et utiliser maintenant tous les ingrédients pour faire la recette de votre famille, même s’il y en a qu’on aime plus et d’autres qu’on aime moins».

L’acceptation passe parfois par s’immerger de cette peine-là, d’avoir mal et ensuite de s’en sortir et réaliser que le passé de notre conjoint fait partie de lui, de celui qu’on aime. 

Francine Lavergne est psychothérapeute et animatrice d’ateliers d’habiletés parentales  à la maison de la famille «Famille à cœur», 840 St-Jeacques, Saint-Jean-sur-Richelieu. Téléphone: (450) 346-1734 ou par courriel à familleacoeur@familleacoeur.qc.ca

Gisèle Larouche est médiatrice familiale et intervenante auprès de couples en familles recomposées au Centre de médiation Iris à Québec. Téléphone: (418) 658-7473.  Elle est l’auteur du livre Du nouvel amour à la famille recomposée. La grande traversée aux Éditions de l’Homme.

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