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Que faire avec les poupons en multiâge?

Service de garde

Professionnels : Documentation : Service de garde : Que faire avec les poupons en multiâge?

Francine Mercier

J’ai déjà servi de personne-ressource pour de nouvelles responsables de service de garde en milieu familial, celles-ci se demandaient «quoi faire avec les poupons»?

Il faut accepter l’idée qu’il n’est pas toujours possible de s’occuper à la fois de l’apprentissage des grands et de satisfaire les besoins des poupons. Dépendamment de l’âge des poupons, il est possible de leur faire expérimenter certains apprentissages.

Autrefois, les poupons arrivaient chez moi à l’âge de 5-6 mois, maintenant avec les avantages que le gouvernement offre aux nouvelles mamans, les enfants fréquentent généralement le service de garde à partir de 12 mois. Il est beaucoup plus facile de former un groupe multiâge en intégrant des bébés de 12 mois, alors qu’à 5 mois ou moins, les boires aux 4 heures diffèrent de l’horaire régulier des repas des autres enfants.

Un espace versatile et adapté pour les poupons

Afin de respecter les besoins de tous, nous devons d’abord prendre conscience des besoins individuels de chacun. L’espace du groupe multiâge doit être très versatile. Il doit aussi disposer d’un endroit pour langer le plus jeune tout en permettant d’observer les plus vieux. Un endroit situé à la fois en retrait mais permettant d’assurer une visibilité, peut servir de place de repos pour satisfaire le besoin du dodo des bébés le matin, pendant que les plus grands font des activités.

Un coin à l’écart prévu pour les plus petits, leur permet d’être en sécurité durant les activités motrices des grands. Dans ce coin il est intéressant de matelasser le sol de différentes façons et d’y mettre à la portée des bébés des jouets adaptés à leur âge. Par exemple, ils aiment bien des ballons ayant différentes textures, comme des pics, du moelleux, etc.

Avant une activité, je mets toujours les poupons dans leur chaise haute, près des autres enfants, de façon à ce qu’ils puissent voir ce qu’ils font. Cela favorise aussi les relations avec les plus grands et l’entraide que ceux-ci peuvent leur apporter.

Des activités à faire avec les poupons

J’utilise des jeux comme Vocabulons pour les petits. Pour les 2 ans et plus selon leurs capacités, ils pointeront l’image recherchée, la nommeront, ou répondront à l’énigme. C’est un jeu qui s’ajuste aux compétences de chacun et favorise beaucoup le langage.

Quand nous faisons de l’exercice, les petits de 15 mois participent à leur façon. Je mets toujours de la musique entraînante au moment des exercices physiques. Souvent les petits se font aller naturellement le popotin au rythme de la musique. J’aime beaucoup utiliser la pédagogie ouverte dans les exercices. Je demande à tour de rôle aux enfants de faire un exercice et nous faisons comme lui. Ceci est à la portée des enfants de deux ans et plus mais les plus petits chercheront tout de même à imiter. Quand nous faisons un parcours, j’installe les tout-petits dans leur coin poupon et les invite à faire des culbutes. J’évite ainsi qu’ils aillent avec les autres dans les modules de jeu. Ou, s’il n’y a pas de danger pour eux, j’installe un autre coussin près des grands qui aident les bébés à faire leurs culbutes. Si j’utilise un autre coussin c’est parce qu’ils sont portés à prendre le coussin de n’importe quel côté et cela pourrait occasionner un accident ou encore de l’impatience de la part des grands. Il ne faut pas sous-estimer tout ce qu’un petit peut faire ou essayer de faire. En le faisant participer c’est lui dire que nous avons confiance en lui et que nous l’encourageons dans ses démarches personnelles. Le mettre à l’écart, sans l’inviter à participer, revient à lui dire «laisse faire tu es trop petit.» Dans ce cas nous risquons de brimer son estime de soi.

Quand nous faisons un atelier de musique, j’offre aux petits des instruments sécuritaires, c’est-à-dire solides, ne risquant pas de se briser et à la mesure de leur capacité. Les deux ans et plus ont accès aux tambours et aux blocs chinois tandis que j’offre aux plus petits des œufs rythmiques, des grelots ou des cymbales. Je possède toutefois des tambours-jouets qu’ils peuvent utiliser s’ils le préfèrent. Mais ils font de la musique. En décembre, nous avions commencé de la musique de Noël, le bébé de 18 mois s’affairait avec son œuf rythmique à l’écart du groupe, je l’observais à distance sachant qu’il n’y avait aucun danger. Arrivé chez lui ce soir-là, bébé chantait «para pam pam pam». Ce n’est pas parce le tout-petit était un peu à l’écart des autres qu’il ne participait pas. Tout en jouant avec l’œuf rythmique sur la cuisinière jouet, il enregistrait. Tout ce qui se passait autour de lui.

Je profite souvent de l’heure de la sieste du matin des poupons pour proposer aux autres enfants des activités éducatives. Par contre si un bébé ne veut pas dormir, je l’installe dans son coin-poupon et je lui offre des jouets. À partir du moment où le petit peut pointer du doigt les objets, c’est généralement pour moi un indicateur qu’il est réellement capable d’exprimer ses choix.

La peinture

Lors d’une activité de peinture, j’offre à chacun des poupons de 15 mois et plus, un pinceau neuf assez gros, identifié à son nom et désinfecté avec un peu d’eau, et une feuille cartonnée de couleur. Les poupons ont l’impression de faire comme les grands car l’eau sur la feuille fait plus foncé. Si l’enfant cherche à manger le papier je le lui retire, mais s’il met le pinceau dans sa bouche, je ne fais que l’avertir.

Les casse-tête

Quand les grands font des casse-tête, j’en donne un également aux poupons, mais il est en bois, afin qu’ils se familiarisent avec ce jeu. Vers 14 mois ils joueront avec les personnages du casse-tête, les jetteront par terre et en cacheront sous leurs fesses. J’ai présentement deux poupons qui viennent tout juste d’avoir 18 mois et les deux réussissent à terminer leur casse-tête au complet. Ils le choisissent et pointent parfois la pile de casse-tête quand ils veulent en changer.

Au cours des années, j’ai développé avec les enfants des techniques qui m’ont permis d’aider tous et chacun des enfants à se développer, à pouvoir imiter, à rencontrer des défis. Il n’y a rien de miraculeux dans ces techniques qui sont à la portée de tous. Il s’agit parfois d’y mettre un brin de créativité, un brin de compréhension et surtout d’être à l’écoute des besoins de l’enfant.


Ce texte a été tiré du Journal «Grandir en multiâge». Francine Mercier est l’auteure d’un guide pratique du multiâge, «Laissez-moi bercer ma sœur».

Pour en connaître davantage sur l'Association québécoise pour le multiâge.

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