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Richard Langevin, psychologue
L’une des difficultés importantes d’être mère aujourd’hui est sans contredit le passage du mode de relation fusionnelle mère-enfant à celui consistant à favoriser la différence, l’altérité1 chez son enfant.
Ce passage exige pour la mère de partager son droit de parole et de décision sur son enfant avec le père de ce dernier. Or, l’évolution rapide des familles post-modernes suscite de nombreuses insatisfactions chez la mère à l’égard du père, ces dernières expliquant en partie le fait que le passage de conjoint à celui de parent soit très difficile et provoque de nombreuses ruptures conflictuelles. Et qui plus est, si on ajoute ces insatisfactions à celui du phénomène de la relation fusionnelle2 mère-enfant, on obtient une dynamique dysfonctionnelle qui consiste à voir des mères se présenter à la Cour en invalidant les capacités parentales du père obtenant la garde légale de l’enfant et confinant le père dans des droits d’accès insuffisants pour permettre à l’enfant de développer une relation qui lui soit propre par rapport à la mère.
De ce fait, la mère fait obstacle au passage nécessaire de la relation fusionnelle à celle fondée sur la différence. Toutefois, il n’est pas nécessaire que le couple s’affronte par l’entremise d’avocats pour assister à une prise de contrôle du développement de l’enfant par la mère aux dépens du rôle du père. On peut se demander comment la mère parvient à assurer ce passage difficile normalement.
Deux processus à la rescousse
En fait, ce passage à la différence s’oppose directement au processus de fusion que la mère vit avec l’enfant. Celle-ci doit lutter avec elle-même et son enfant pour mettre entre eux une saine distance. Par chance, deux processus viennent à sa rescousse soit, premièrement, son ambivalence3 à l’égard de son enfant en venant à le voir par moment comme étouffant et un parasite dévorant l’empêchant de retrouver d’autres plaisirs dans sa vie. Il faut expliquer qu’à un certain moment, la mère désire redevenir une femme vacant à ses occupations personnelles telles que retourner sur le marché du travail et être une femme sexuée auprès de l’homme qu’elle aime.
Deuxièmement être une femme désirante sexuellement pour son mari est un fait des plus structurants pour le développement de l’enfant (complexe d’oedipe). Souvenez-vous du désir premier de l’enfant qui se voit comme le seul objet d’amour, le centre du monde de sa mère. Le fait que sa mère investisse de nouveau le père de son désir amoureux inflige une blessure narcissique à son enfant. Cette dernière permet à l’enfant de mettre en marche tout un processus créatif de symbolisation4 psychique et devenir de ce fait un adulte différent et autonome de ses parents.
Dans ce travail de défusion de la mère à son enfant, le père joue un rôle primordial. La mère ne peut le faire seule. Le père doit reconquérir le désir de la mère de son enfant et prendre une place qui lui est propre auprès de son l’enfant. Cette reconquête doit se faire dans l’amour et l’oubli de soi pour les deux parents.
Voyez-vous tout comme moi le problème que suscite cette idée d’amour dans l’oubli de soi particulièrement dans une société où l’on prône plus les droits que les devoirs, où l’individualisme passe en premier sur les besoins des autres membres la famille?
Dans le prochain article, nous aborderons les difficultés d’être père aujourd’hui et reviendrons un plus tard à cette idée de l’oubli de soi dans l’amour pour le meilleur développement de l’enfant et de toute la famille.
Je vous encourage à lire attentivement les différents articles de notre dossier sur la famille et ses défis parce qu’ils constituent un tout.
Pour en connaître davantage sur notre collègue.
Définition de mots
(1) Altérité : état de quelqu’un qui est différent de l’autre au niveau de identité. Cette personne possède des désirs, des besoins qui lui soient propres.
(2) Relation fusionnelle : relation où les frontières personnelles ne sont pas clairement établies entre la mère et l’enfant. Il existe alors une relation de dépendance mutuelle l’un à l’autre autour du besoin de l’enfant de se construire comme humain différent et de la mère d’assurer d’abord la survie physique de son enfant et devenir grand et différent d’elle dans un second temps.
(3) Ambivalence : ambivalence affective, état de conscience au cours duquel l’individu éprouve simultanément des sentiments opposés face au même objet, de la joie et de la tristesse, de l’amour et de la haine, etc.
(4) Mortifère : qui cause la mort. Une substance mortifère.
(5) Symbolisation : processus psychologique par lequel l’enfant arrive à trouver des équivalents satisfaisants à la mère et par la suite à l’âge adulte à tous ses besoins non satisfaits immédiatement. Prenons l’exemple des équivalents seins-fanstasmes du sein-mobile d’enfant, comptine, chant de la mère à l’enfant, un cadeau, etc.