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Qu'est-ce qu'une mère suffisamment bonne

Psychologie

Parents : Documentation : Psychologie : Qu'est-ce qu'une mère suffisamment bonne

Richard Langevin, psychologue

Dans la compréhension de la dynamique de la famille d’aujourd’hui et ses difficultés, voyons comment une mère devient suffisamment bonne pour son enfant, attitude de la mère vue comme la véritable pierre angulaire du développement de l’enfant.

On peut se demander ce que signifie suffisamment bonne pour son enfant. En fait, il y a beaucoup à dire et le grand psychanalyste anglais D.W. Winnicot, l’un des chefs de file de la psychanalyse moderne, a accordé une bonne partie de son œuvre à ce simple énoncé. Passons un peu de temps à le comprendre.

Il y a trois acteurs qui gravitent autour de cet énoncé soit le vécu de l’enfant, celui de la mère et celui du père, secondairement. Mais dans cet article nous nous attardons plus particulièrement au vécu de la mère. Ainsi, à partir des soins de la mère, l’enfant passe d’un état d’indifférenciation à celui d’adulte adapté capable de se comporter idéalement de façon responsable en toute situation. Or, trop souvent dans les médias, on parle du vécu de la mère dans un discours fleur bleue (idéalisé) ou dramatisé à ce point que les mères croulent sous le poids de leurs responsabilités et de la culpabilité.

Malheureusement ou heureusement, le développement de l’enfant est si complexe qu’il dépend de nombreux facteurs (biologiques, psychologiques et sociaux) que les pauvres mères sont certes de première importance pour leur enfant, mais elles ne portent jamais seules le poids de la souffrance de leurs enfants.

Cela dit, tentons dans cet article de circonscrire ce qui revient en propre à la mère puis dans un second temps à celui du père et des autres membres de la famille (autres enfants, grands-parents).

N’oublions pas que la mère n’est pas une fonction, mais une personne humaine avec sa grandeur et ses faiblesses. Elle réagit avec grande sensibilité à chacune des humeurs de son enfant d’autant plus qu’elle est dans une relation fusionnelle1particulièrement marquée avec son enfant pendant les trois premières années de vie de celui-ci.

L’ambivalence amour/haine
Les réactions émotionnelles de la mère envers son enfant se caractérisent par un ensemble de processus affectifs. L’un d’eux est celui de l’ambivalence2 Il est important de s’attarder à ce processus parce qu’il est la source de beaucoup de culpabilité vécue par la mère mais aussi d’accusations de la part de l’environnement sociale (mère égoïste, manque de patience, si tu aimais ton enfant tu n’agirais pas la sorte, tu préfères travailler plutôt que d’élever ton enfant, etc.).

Ce processus de base chez tous les humains d’établir ses rapports affectifs sous le mode ambivalent d’amour et de haine, d’ouverture et de fermeture à l’autre est l’un des défis les plus difficiles à porter pour tous dans l’existence. D’ailleurs, nous avons tous tendance à faire la négation de notre ambivalence de façon plus ou moins importante, et cela est d’autant remarquable dans la situation d’une mère à l’égard de son enfant. Comment peut-on concevoir qu’une mère pour qui, son bébé est la personne la plus importante au monde soit aussi l’objet de son rejet ? Ceci est inacceptable pour notre conscience et nos valeurs morales et religieuses.

Pourtant, cette ambivalence est la conséquence nécessaire afin que la mère et l’enfant survivent. S’il n’y avait pas cette dualité affective, ceux-ci ne pourraient pas sortir de la fusion qui les unit. Cette dernière deviendrait mortifère. Bien sûr qu’une mère surmonte son ambivalence à l’égard de son enfant, mais au prix de culpabilité parce qu’elle ne se sent pas une mère idéale, toujours disponible et d’une douceur irréprochable. C’est à partir de ce phénomène d’ambivalence que l’on peut, entre autres, comprendre les comportements d’infanticide et d’abus physique dans les cas de mères pathologiques.

Une question de survie
Un autre processus affectif important, pendant les années de la fusion, est celui de la défense de la survie de l’enfant par la mère. Si ce mécanisme n’existait pas, il y aurait beaucoup de morts d’enfant comme on en retrouve dans le monde animal. Il n’est pas rare d’entendre qu’une femelle ait tué son petit (par dévoration, excès d’agressivité, etc.). Dans le cas des mères humaines, cette protection s’étend sur une longue période à cause du temps nécessaire à la maturation physiologique et psychologique de l’enfant.

Cette défense de la survie de l’enfant fait en sorte que la mère ne laisse approcher son petit que si elle est en confiance avec cette personne. Cette réalité s’applique particulièrement à l’égard du père de son enfant, personne qui aura à jouer un rôle de premier plan auprès de sa progéniture puisqu’il aura un droit de parole et de décision sur le devenir de ce dernier. La mère doit être convaincue hors de tout doute que le père est une personne fiable et envers qui elle ressent le désir de lui laisser les soins de son enfant.

Or, dans cette période d’évolution rapide des rôles parentaux, les hommes sont remis en cause dans leur identité et leurs comportements. Les mères s’attendent à une implication plus active et empathique du père de leur enfant que dans le passé. Ces demandes plus grandes des mères sont plus ou moins bien satisfaites par les pères actuels. Insatisfactions qui seront abordées plus en détail dans un prochain article sur les difficultés d’être père aujourd’hui.

Je vous encourage à lire attentivement les différents articles de notre dossier sur la famille et ses défis parce qu’ils constituent un tout.
Pour en connaître davantage sur notre collègue.

(1) Relation fusionnelle : relation où les frontières personnelles ne sont pas clairement établies entre la mère et l’enfant. Il existe alors une relation de dépendance mutuelle l’un à l’autre autour du besoin de l’enfant de se construire comme humain différent; et de la mère, d’assurer d’abord la survie physique de son enfant pour qu'il devienne grand et différent d’elle dans un second temps.

(2) Ambivalence :  ambivalence affective, état de conscience au cours duquel l’individu éprouve simultanément des sentiments opposés face au même objet, de la joie et de la tristesse, de l’amour et de la haine, etc.¸

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