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Annie Girard
Ils sont encore peu nombreux ces hommes qui deviennent papas à temps plein, pour le meilleur et pour le pire! Allons à la rencontre de deux dentre eux qui sont fiers davoir consacré une partie de leur vie à se dévouer pleinement au bien-être et au bonheur de leurs enfants.
Dans 80,6 % des cas de divorces, cest la mère qui obtient la garde unique et entière comparativement à 8,4 % des pères, selon lÉquipe sur les pensions alimentaires pour enfants. Ces statistiques vous étonnent-elles? Chose certaine, en tout cas, de plus en plus dhommes divorcés revendiquent haut et fort leur droit de garde. Les associations masculines dentraide se multiplient. Sylvain Camus, lun des deux papas que nous avons interrogés, est dailleurs le fondateur de lune dentre elles : Pères séparés inc.
Photo : Gaëlle, Sylvain et Xavier Camus |
Il y a 10 ans, Sylvain est devenu «père monoparental». Une fois séparé de sa conjointe, qui éprouvait un problème de santé mentale, il sest retrouvé à la rue avec ses deux enfants, Gaëlle, 9 ans, et Xavier, 14 ans. «Ma mère nous a ouvert les portes de sa maison. Nous y sommes restés trois ans. Notre petite famille habitait un étage. Jai tout fait pour créer une dynamique familiale et je crois avoir bien réussi, même sil y a eu des hauts et des bas», résume le papa qui ne regrette rien.
Richard aussi a obtenu la garde de ses enfants parce son ex-conjointe a été jugé inapte à les prendre en charge. «Quand je me suis présenté devant le juge pour avoir la garde de Catherine, 3 ans, et Alexandre, 8 ans, mon ex-compagne, qui avait un problème de toxicomanie, a piqué toute une colère, explique Richard. Jai donc obtenu leur garde assez facilement, ce qui nest pas le cas pour la majorité des pères.»
Deux rôles et un seul papa
Comme il la toujours fait depuis la naissance de ses enfants, Richard sest assuré de leur offrir le meilleur environnement possible pour quils puissent sépanouir. Cependant, en tant que «papa monoparental», il a dû modifier sa vie. Il a choisi de vendre son entreprise en construction en plus de délaisser un excellent salaire afin de consacrer son temps et ses énergies à ses enfants. «Comme je devais partir tôt le matin et que je revenais souvent très tard le soir, je navais pas le temps de les voir. Je ne voulais surtout pas que la gardienne soccupe de leur éducation. Jai tout quitté. Il ne me restait que les prestations daide sociale, ce qui me semblait une solution passagère satisfaisante. Jétais prêt à tout pour rester auprès deux. Leur présence et leur amour navaient pas de prix.»
Pour Richard et Sylvain, le quotidien de «papa monoparental» nétait pas si différent que celui précédant leur séparation. Il y a toujours les repas à préparer, les courses à faire, les devoirs et les leçons et les situations de crise à gérer. La seule différence, cest que toutes ces tâches deviennent la responsabilité dune seule personne. «Au début, jai eu de la difficulté à négocier avec les tâches dun papa à temps plein mais, heureusement, mon fils a «joué à la maman» en faisant du lavage et la vaisselle. Il ma donné un sérieux coup de main!»
Sylvain, lui, a eu de la difficulté à composer avec son rôle de papa et dami. «Cest difficile dincarner tantôt la discipline ou lautorité et tantôt dêtre permissif, note-t-il. Mais comme jétais presque seul à les élever, ils ont dû apprendre à vivre avec ces contraintes.»
Richard et Sylvain sont très fiers du chemin quils ont parcouru depuis quils ont la garde de leurs enfants. Ils leur ont transmis de belles valeurs comme celles de lautonomie, de la discipline, de la persévérance, de la débrouillardise, du partage et du respect. «Je crois sincèrement que la précarité dans laquelle nous avons vécu a fait en sorte que notre dynamique familiale a été renforcée et que les enfants ont développé de bonnes valeurs, explique Richard. Jéprouve une grande satisfaction personnelle davoir pu élever seul mes deux enfants.»
Des mamans à temps partiel
Sils sont fiers davoir pu élever leurs enfants seuls, Richard et Sylvain tiennent également à reconnaître limplication de leur ex-conjointe. «Catherine et Alexandre ne semblent pas avoir souffert de labsence de leur mère, évalue Richard. Ils lui rendaient visite à toutes les deux fins de semaines et en profitaient pour faire une foule dactivités. Par contre, javoue quils ont peut-être souffert de mon manque de délicatesse ou de subtilité. Des qualités dont savent faire preuve bien des mamans.»
De son côté, quand Sylvain retourne en arrière, il se souvient dune période douloureuse lorsque, deux ans après sa séparation, Gaëlle et Xavier ont décidé daller vivre chez leur mère. «Ça a été une période difficile pour moi, javais beaucoup de peine mais je savais quils avaient besoin de leur mère, soutient le papa. Cela a duré deux longues années. Les enfants sont ensuite revenus à la maison parce que je pouvais leur offrir un meilleur équilibre. Ça ma redonné beaucoup de force pour poursuivre.» Sylvain se rappelle quen vieillissant, ses enfants se sentaient souvent pris entre larbre et lécorce lorsquils allaient visiter leur mère. «Ils ne voulaient déplaire ni à maman ni à papa, ils surveillaient ce quils disaient.»
Le regard des autres
Il y a dix ans, peu de pères obtenaient la garde de leurs enfants. «Je ne me suis jamais senti jugé parce que jai choisi délever seul mes enfants, spécifie Sylvain. Je lai fait pour leur assurer le meilleur avenir possible, parce que je les aimais et que jen ressentais profondément le besoin. Personne naurait pu me faire changer didée, pas même mes proches qui me trouvaient un peu fou de membarquer dans une telle galère!»
Pour Richard, la situation a été différente, elle lui a dailleurs valu un déménagement. «Quand je me suis séparé, tous les gens du quartier me pointaient du doigt, jétais devenu la cause de léchec de ma famille, le gros méchant loup, note-t-il. Une fois installé dans un nouveau quartier, on a accepté ma famille comme elle était.»
Malgré les moments difficiles, une chose a toujours été certaine pour Richard et Sylvain; ils nont jamais voulu renoncer à la présence de leurs enfants. Ils sont pères, fiers de lêtre, et le seront toujours !
Pour en savoir plus
«Être père : la belle aventure», brochure du Ministère de la Famille et de lEnfance
Association masculine dentraide pour la famille,
Téléphone : (418) 683-2633
Groupe daction des pères pour le maintien des liens familiaux
Entraide Pères-Enfants Séparés