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Cindy Underhill
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Thérèse arrive au Carrefour familial avec ses trois enfants à sa suite. Pero a cinq ans, Maya, trois ans et Maria, six mois. Ils sont au Canada depuis quelques mois seulement et Thérèse parle très peu l’anglais. Elle a besoin d’un emploi, mais elle doit d’abord trouver une garderie. Elle se pose des questions: Qu'est-ce qui existe comme service de garde pour ses enfants? Combien est-ce que ça coûte? Y a-t-il des intervenantes qui parlent la même langue qu’elle? Les enfants seront-il ensemble? Comment les travailleuses traiteront-elles ses enfants?
Thérèse est représentative de beaucoup de nouveaux arrivants qui viennent frapper à la porte des carrefours familiaux, des centres communautaires, des organismes au service des immigrants et des programmes de ressources familiales en Colombie-Britannique. Avec la recherche d’un logement adéquat, la garde des enfants est hautement prioritaire pour les parents qui doivent trouver un emploi, aller travailler ou s’inscrire à un programme de formation. Aider les familles à trouver le service qui leur convient est une tâche particulièrement exigeante pour les intervenantes en services de garde et le personnel des services de ressources et d’aiguillage lorsque les gens n’ont pas de langue commune pour s’entendre. L’égalité d’accès aux services est un principe clé pour la plupart des programmes de garde d’enfants et pour les organismes sans but lucratif oeuvrant dans la collectivité. Comment nous assurer de l’accessibilité de nos services si la langue fait problème?
Le Westcoast Child Care Resource Centre se débat avec cette question depuis plusieurs années. Comme ce centre de ressources provincial est situé à Vancouver (la deuxième ville la plus cosmopolite du Canada où plus de 100 langues différentes ont parlées), nous sommes extrêmement conscientes de la nécessité de communique dans des langues autres que l’anglais ou le français si nous voulons être accessibles aux gens du milieu. Nous avons fait l’essai de diverses formes d’aide en ayant tanôt recours à du personnel et tantôt à des bénévoles pour obtenir des services de traduction et d’interprétation. Nous en sommes arrivées à un système coordonné d’élaboration de ressources multilingues grâce à la contribution de traducteurs et d’interprètes bilingues qualifiés et compétentes et à des politiques précises en la matière. Des gens de diverses communautés culturelles siègent à nos comités et nous engageons du personnel bilingue et biculturel. Cette manière d’agir est particulièrement importante pour les postes de travail situés dans des quartiers fortement peuplés de familles qui parlent une langue autre que l’anglais, ce qui, dans certains quartiers de Vancouver, est la cas de 85% de la population.
Certains programmes du centre Westcoast disposent de suffisamment d’argent pour pouvoir s’offrir des services de traduction pour leurs documents et d’interprétation orale pour les parents et les intervenantes qui souhaitent se prévaloir des services offerts. Les diverses brochures et feuilles de renseignements que nous avons conçues traitent de questions comme le choix d’un service de garde, l’orientation et la discipline dans un tel centre, les subventions, les options en matière de services, l’entrée graduelle, la valeur du jeu, la diversité dans la petite enfance (une série de feuille de renseignements) et d’autres sujets du même ordre qui intéressent les parents et les intervenantes en services de garde. Ces documents ont été produits en plusieurs langues à part l’anglais. En plus d’une foule d’autres documents traduits en provenance d’autres villes, ceux-ci sont accessibles à toute la population de la province (et même au-delà) par l’entremise du Multilingual Claringhouse, une section de la bibliothèque du Westcoast Child Care Resource Centre. D’autres textes sont aussi traduits comme les dossiers d’admission, les communiqués et les documents de formation s’adressant aux intervenantes non anglophones, qui sont associées au Vancouver Child Care Support Program.
L’interprétation dans plus de 15 langues est accessible aux parents qui font une demande de subvention pour des services de garde ou qui veulent obtenir des renseignements sur les ressources en la matière par l’entremise du projet de point d’accès unique (un projet pilote du Vancouver Child Care Support Programm). En plus de ce projet, offert dans cinq quartiers de Vancouver, un programme de consultation téléphonique intitulé Information Daycare et des services d’approche fournis dans trois langues, dont l’anglais, renseignent les parents sur les services de garde qui existent.
Le langage que l’on utilise dans les services de garde est particulier. Des concepts comme circle time, free play, gradual entry et special needs n’ont souvent pas d’équivalents exacts dans d’autres langues. Dans la mesure du possible, nous faisons appel à du personnel bilingue ainsi qu’à des interprètes et à des traducteurs qui comprennent le langage des services de garde et les concepts que nous tentons d’Exprimer. Quand ce n’est pas possible, nous offrons une orientation pour aider les gens à comprendre les termes et les concepts utilisés et nous ouvrons la voie, dans le cadre de la traduction, à la discussion et à la mise en contexte. Nous sommes enclines à croire que cette manière de procéder aboutit à des traductions précises, qui rendent justice aux propos échangés. Puisque nous accordons de l’importance aux mots que nous employons dans nos communications orales ou écrites en anglais, pourquoi N,en irait-il pas de même lorsqu’il s’agit d’une autre langue?
Il arrive que, dans nos efforts pour répondre à un besoin immédiat, nous en oubliions l’étendue des connaissances requises pour bien communiquer dans deux langues. Nous avons appris au contact de nos collègues du milieu des services de garde à l’enfance de Vancouver que du personnel et des bénévoles bilingues peuvent être un atout précieux dans nos communications avec les enfants et les familles, mais que la capacité de parler deux langues ne suffit pas. Pour être efficaces dans leur rôle, les travailleuses bilingues doivent, en plus de bien maîtriser les langues concernées, posséder des connaissances dans le domaine de la garde à l’enfance et elles doivent être sensibles et attentives à ce qui se passe. Nous pouvons leur venir en aide en leur ofrant une formation adéquate et des occasions constantes de perfectionner leurs compétences.
Nous en savons déjà beaucoup, mais il nous en reste encore énormément à apprendre sur l’élaboration de ressources multilingues. Nous savons que nous ne pouvons réussir dans cette tâche sans la contribution de collègues qualifiées et bilingues. Grâce à leur contribution, nous avons pu produire diverses ressources comme des glossaires de termes employés dans le domaine des services de garde à l’enfance, aux fins du travail d’interprétation, et une trousse d’information destinées à aider les organisemes à planifier leurs propres projets de traduction, intitulée Translating Materials: A Step-By-Step-Guide. Des conseillères multilingues au Westcoast Child Care Resource Centre offrent un service de consultation en matière de traduction et d’interprétation dans le domaine des services de garde à l’enfance et elles peuvent également fournir des renseignements au sujet du Multilingual Clearinghouse.
Enfin, nous savons que les ressources multilingues ne constituent qu’un élément du décor dans notre cheminement vers l’accessibilité. La formation du personnel en vue d,éliminer tout préjugé, la prolongation des heures d’ouverture pour répondre aux besoins des familles dont les parents travaillent, la prestation de services à coût abordable et les adaptations nécessaires pour pouvoir accueillir les gens qui ont des besoins spéciaux sont autant de pièces qui s’ajoutent au décor. Néanmoins, le multilinguisme y a sa place!
Cindy Underhill est conseillère en ressources multilingues au Westcoast Child Care Resource Centre à Vancouver.
Cet article a d’abord été publié dans Interaction, la publication de la Fédération canadienne des services de garde à l’enfance à l’été 1998.