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Parents au travail : attention danger!

Vie de famille

Parents : Documentation : Vie de famille : Parents au travail : attention danger!

Isabelle Pauzé

C’est connu, les parents ont douze mains : une qui pianote sur la calculatrice, une autre pour faire flotter le canard dans le bain de bébé, une troisième dans la sauce à spaghetti, une quatrième pour guider la grande dans ses devoirs… À la fin de leur journée, partagée entre le gagne-pain et les chérubins, ils font mine d’être frais et dispos. En réalité, ils frôlent dangereusement le burn-out. Et, depuis deux décennies, à cause du nombre croissant de familles monoparentales et de l’augmentation des couples à deux carrières, ils sont de plus en plus nombreux à devoir réaliser un petit marathon quotidien.

Trouver un juste milieu entre le temps qu’il faut accorder aux différentes facettes de nos existences tourbillonnantes n’est pas une mince tâche : entre le boulot et les marmots, bien des parents balancent. Souvent culpabilisés par l’employeur quand ils ne peuvent assister à une réunion à 17h30, vilipendés par la petite famille quand il faut sacrifier le plus beau samedi du mois pour la gloire du bureau, les parents, pris en sandwich, manquent d’air et le payent de plus en plus de leur santé.


La double tâche qui rend malade

La difficile conciliation entre le travail et la famille n’est pas nouvelle. On connaît cependant de mieux en mieux les impacts négatifs liés à l’arrimage entre la vie de famille et la vie professionnelle : absentéisme, réduction du rendement au travail, insatisfaction à l’égard de l’entreprise, désengagement. Toutes des manifestations qui ont des répercussions directes sur la productivité des employés. Et, par voie de conséquence, sur la bonne santé d’une entreprise. Mais il y a plus.

Les parents qui doivent, chaque jour, déborder d’imagination pour jongler avec les multiples tâches qui leur incombent sont non seulement en proie au stress et à la fatigue, mais il arrive de plus en plus fréquemment que ces problèmes les conduisent directement dans les cabinets de médecins.

«Nous avons remarqué, depuis quelques années, une augmentation significative du nombre de consultations relatives à la difficulté des parents de conjuguer leurs différentes activités quotidiennes, souligne le docteur Harold Dion, président du Collège québécois des médecins de famille. Le stress associé au temps qui manque engendre de plus en plus de problèmes physiques chez les parents, particulièrement les mères de jeunes enfants et d’adolescents. Certaines personnes consultent pour des symptômes précis comme des troubles de concentration, des étourdissements et des difficultés gastriques. D’autres encore manifestent un niveau élevé de stress, de l’hyperémotivité, de l’épuisement et une détresse psychologique. Ce sont là des ingrédients qui peuvent conduire tout droit à une dépression ou à de l’épuisement chronique», explique le docteur Dion.


Des milieux de travail mal adaptés

La culture organisationnelle est demeurée basée sur les anciens modèles de travailleurs et fermée aux impératifs familiaux. Malgré les nouveaux modes du travail, comme les horaires atypiques, le travail autonome ou le télétravail, la façon de penser des entreprises, elle, n’a pas évolué. Il résulte donc que les différentes politiques d’aménagement du travail sont incompatibles avec les responsabilités parentales.

«Actuellement, au Québec, peu de stratégies concrètes sont mises en place par les employeurs pour permettre d’harmoniser les différentes activités du personnel en offrant des ressources appropriées. Seulement une entreprise sur cinq offre aux travailleurs des horaires flexibles, qui s’adaptent plus facilement à leurs réalités autres que professionnelles», indique Diane-Gabrielle Tremblay, directrice de la recherche à la Télé-Université et co-auteure d’une étude sur le sujet.

«Aux États-Unis, par exemple, comme la main-d’œuvre est plus rare, les entreprises ont compris que le fait d’offrir des mesures de conciliation travail-famille constituait un avantage concurrentiel pour attirer et retenir le personnel spécialisé. Mais ici, comme nous sommes en période de rationalisation, il est encore relativement facile de recruter du personnel. Alors, les organisations qui ont choisi d’agir l’ont d’abord fait parce qu’elles se rendaient compte qu’elles perdaient des plumes, qu’elles rencontraient d’autres obstacles en termes de productivité, comme le haut taux de roulement des employés, l’absentéisme, les retards ou les heures supplémentaires à payer», soutient la professeure Tremblay.

Pourtant, c’est dans la réévaluation complète des contraintes liées au travail que se trouve une piste de solution à cet épineux problème social. «Les entreprises ont tendance à considérer que faire des enfants est une responsabilité individuelle, alors que la problématique des parents-travailleurs a des dimensions sociales, culturelles et économiques très fortes. Il faut donc arriver à transformer les milieux de travail en fonction d’une conscientisation plus collective de cette réalité. Car il s’agit véritablement d’un débat de société», ajoute madame Tremblay.

Par ailleurs, socialement, l’attitude du parent qui prend ses responsabilités va à l’encontre de la productivité. C’est comme si on opposait constamment la responsabilité parentale et le rendement au travail, glissement dangereux s’il en est. Comme si ces deux pôles d’activité étaient contradictoires et inversement proportionnels l’un de l’autre. «Pourtant, il est suicidaire, tant du point de vue du taux de natalité que de l’état de santé général d’une société, d’imposer tant de pression aux parents qui travaillent. En plus de leurs obligations au boulot, ceux-ci doivent veiller à l’éducation des petits, et, de plus en plus, s’occuper de leurs parents âgés ou malades. C’est donc souvent une triple tâche qu’ils doivent assumer. C’est beaucoup trop et c’est dangereux», explique Louise Vandelac, professeure titulaire au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal.


Leçons de conciliation

Les actions de conciliation mises en œuvre dans une organisation sont tributaires de nombreux facteurs : la taille de l’entreprise, son secteur d’activités, les impératifs inhérents à sa production, les caractéristiques de sa main-d’œuvre, etc.

Voici quelques stratégies adoptées dans des entreprises qui permettent aux familles de mieux harmoniser tous les pôles de leur vie :

L’aménagement du temps de travail en fonction de présenter de la souplesse dans le cadre de l’exécution du travail. La flexibilité dans l’horaire de travail aussi bien que dans le lieu de travail.

Des congés et avantages sociaux spéciaux, comme des congés pour responsabilités familiales qui permettent aux parents de dégager du temps pour des situations exceptionnelles.

Une culture organisationnelle qui met l’accent sur la gestion, la formation et l’évaluation en fonction de la conciliation du travail et de la famille.

Des politiques de gestion de la santé au travail, qui supportent les employés dans leur façon personnelle de concilier le travail et la famille.

Vouloir mener de front une carrière stimulante tout en préservant l’équilibre de la cellule familiale ne devrait pas être une utopie. Les intervenants contactés sont formels : il est tant du ressort de l’État que des organisations et des travailleurs eux-mêmes de faire bouger les choses.

Une révision en profondeur des rôles dévolus aux parents qui travaillent s’impose donc  clairement. Car, comme le soulignait le sociologue Germain Dulac dans un dossier publié dans La Presse du 9 avril dernier, «des travailleurs heureux seront plus dévoués à leur entreprise, plus enclins à s’y engager». Et c’est toute la société qui y gagnerait. Il faut faire émerger des actions concrètes comme un véritable assouplissement de l’ensemble du marché du travail. Histoire de pouvoir offrir à une main-d’œuvre fatiguée des milieux de travail mieux adaptés à ses réalités


Saviez-vous que ?

  • Le taux d’activité des mères avec enfants de moins de 16 ans a doublé en 20 ans;
  • En 1996, chez près de deux familles biparentales sur trois (64%), les deux parents étaient actifs sur le marché du travail ;
  • La première convention collective québécoise à prévoir des congés de maternité et des congés parentaux comparables à ceux accordés en Europe occidentale a été négociée et obtenue en 1979 par des syndicats des secteurs public et parapublic, composés très majoritairement de femmes. Cette convention a d’ailleurs été la première du genre en Amérique du Nord.

Tiré de «Famille et travail, deux mondes à concilier», Daniel Villeneuve et Diane-Gabrielle Tremblay, Avis déposé au Conseil de la Famille et de l’Enfance en mai 1999
 

Les prix ISO Familles : pour aider les milieux de travail à s’organiser

Même si elles sont encore trop peu nombreuses, certaines entreprises québécoises ont déjà mis l’épaule à la roue en instaurant des mesures de conciliation travail-famille adaptées aux besoins de leur personnel. C’est pour saluer leurs initiatives et en promouvoir d’autres que le Conseil de la famille et de l’enfance ainsi que le Conseil consultatif du travail et de la main-d’œuvre se sont joints au Conseil du statut de la femme pour créer les prix ISO-familles qui ont été décernés pour la première fois le 15 novembre 2001.

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