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Papas d'aujourd'hui

Vie de famille

Parents : Documentation : Vie de famille : Papas d'aujourd'hui

Sylvain-Claude Filion

Photo : Jean Babin

Papa du week-end, papa plein temps, papa absent, papa occasionnel... ils peuvent encore tous se réunir sous la bannière de la fête des Pères en célébrant la diversité des rapports père/enfant qui prévalent en cette fin de millénaire. Panorama de quelques papas d’aujourd’hui.


Papa Marc

Marc, un magasinier de 42 ans, est un père en voie de disparition. Il est amoureux de la même Denyse depuis vingt-et-un ans, avec qui il élève ses deux fils, Vincent et Carl, âgés de 8 et 5 ans. Dans un contexte aussi stable, il est un brin traditionaliste. «J’essaie de montrer à mes fils à être bien avec eux-mêmes et avec le monde qui les entoure. Je les encourage, par exemple, à faire du sport, afin qu’ils apprennent à développer des relations sociales.» Dans cette demeure tapissée d’amour, les démonstrations d’affection sont encouragées. Papa Marc peut fondre lorsqu’un de ses fils vient se jeter dans ses bras pour lui chuchoter un «je t’aime!». Le quotidien est nourri de complicité, de rires, mais aussi de discipline: les enfants savent qu’ils doivent délaisser le Nintendo lorsque leur père s’adresse à eux. «Je crois que nous communiquons beaucoup, confie Marc. Je suis fier lorsque Vincent vient me prendre par la main dans la rue. Il joue dans une équipe de balle molle, et hier soir, après avoir frappé un bon coup et s’être élancé au premier but, la première chose qu’il a faite, c’est de regarder dans ma direction pour s’assurer que j’avais tout vu. C’était très touchant. J’aime aussi les entendre m’appeler, le soir, pour que je leur raconte ma journée avant qu’ils ne s’endorment. Je vois qu’ils sont heureux, je pense qu’ils ressentent l’importance que je leur accorde. Et ils me font sentir que je suis aussi important.»

Papa Philippe

Philippe, un assureur de 38 ans, vit dans les Laurentides. Il a d’abord eu deux enfants d’un premier mariage qui a mal tourné. Depuis quelques années, il a refait sa vie avec Nathalie et est à nouveau père de deux beaux fistons. Il concède que bien des choses ont changé en quinze ans. «La différence est énorme dans le choix des interventions. À l’aube de la quarantaine, j’ai plus confiance en moi et je suis plus autonome dans mes décisions. À 25 ans, je me fiais beaucoup plus à ce que l’on disait autour de moi pour élever mes enfants. Il faut ajouter qu’il y a beaucoup plus d’information qui circule de nos jours, et les enfants que l’on choisit d’avoir dans la trentaine sont aussi le fruit d’une décision plus réfléchie.» En raison de rapports acrimonieux avec leur mère, il ne voit pas souvent les deux ados nés de la première union, c’est une petite blessure. Par contre, les deux petits qu’il lui reste sont les prunelles de ses yeux. «J’ai compris que je voulais être très présent. Chaque jour, je passe toujours au moins une heure avec eux, nous jouons, je les initie au tir à l’arc, au ski, au traîneau à chiens. Comme il m’arrive parfois de travailler tard, je quitte régulièrement le bureau entre 16h et 17h pour passer avec eux ce qui est la meilleure heure de la journée.»

Papa Pierre

Pierre est un avocat qui aborde la quarantaine. Depuis cinq ans, il forme un couple avec Mariette qui est mère de deux filles. Lorsque le couple s’est uni, Maude avait 12 ans, et Gabrielle, 4. «Il y avait dès le début de la relation le défi de m’intégrer dans une cellule familiale déjà existante, avec ses habitudes de vie et ses coutumes. La mère avait toujours été monoparentale et ses idées sur l’éducation étaient déjà bien établies.» Maude voyait encore son père un week-end sur deux, et dans son cas, Pierre a surtout joué un rôle de soutien pour la mère. «Il fallait s’occuper de la discipline, les devoirs qui se compliquent au secondaire. J’ai plutôt développé un rapport amical, je transmettais mes idées sur l’éducation à la mère plutôt que d’intervenir directement. Adolescente, Maude a aussi connu sa période de crise. Étant donné qu’elle avait depuis longtemps un rapport privilégié avec sa mère, comme se coller sur elle pour regarder un film à la télé, il a fallu graduellement l’inclure dans notre «bulle» pour ne pas qu’elle se sente supplantée.» Pierre s’est senti plus papa avec Gabrielle, qui n’a pour ainsi dire jamais rencontré son père biologique. «Avec elle, j’ai vécu la routine du bain, de l’histoire avant le dodo, je lui ai appris à nager dans la piscine. Là, il y a un lien père/fille qui peut se créer. Elle s’est même risquée, à quelques reprises, à m’appeler «papa». J’étais profondément ému d’en arriver à ce genre de résultat.»

Papa André

André et sa blonde se sont quittés alors que leur fils Maxime n’avait qu’un an. Il a depuis vécu en alternance, un mois à la fois, chez chacun de ses parents. André, un informaticien de 36 ans, est convaincu que la formule est plus efficace que le 7/7 ou le 12/2. «En vivant un mois à la fois, il a le temps de s’impliquer dans le domicile, de se sentir chez lui, sinon l’enfant vit toujours dans ses valises. Bien entendu, j’ai toujours maintenu un bon niveau de communication avec sa mère afin qu’il ne passe pas d’un concept totalement différent lorsqu’il va d’un foyer à l’autre.»  Maxime a aujourd’hui 17 ans et André est plus que fier de vivre avec son fils une relation empreinte de tendresse. «Je lui tiens parfois la main, je l’embrasse, et quand nous avons de longues conversations père/fils, il lui arrive encore de venir déposer sa tête sur mes genoux pour que je le caresse. C’est un grand tendre. Je suis surtout fier de voir qu’il est motivé dans la vie. Il vient de s’inscrire en théâtre au cégep et je l’encourage. Il nous est arrivé de vivre de petits froids durant son adolescence, mais nous avons toujours réussi à nous raccrocher dans le respect de la différence, en faisant l’effort de comprendre nos sensibilités. Moi, j’ai vécu l’adolescence avec un père qui ne communiquait pas du tout. Alors je me suis juré que mon fils ne vivrait pas ça. Je pense maintenant que c’est réussi.»

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