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Obésité: la télé alimente la pandémie qui affecte les enfants

Santé

Parents : Documentation : Santé : Obésité: la télé alimente la pandémie qui affecte les enfants

Jacques Brodeur

Le téléviseur exerce une influence majeure sur le phénomène croissant de l’obésité en Amérique du Nord. Les nombreuses études qui ont retracé le lien de cause à effet entre les deux phénomènes ont forcé les responsables de la santé publique des États-Unis et du Canada à sonner l’alarme.

La télé garde les enfants assis

Les enfants ont besoin d’au moins une demi-heure d’exercice par jour mais la télévision réduit le temps disponible pour l’activité physique. Un régime d’activités physiques plus copieux rapporterait pourtant des bénéfices à court, moyen et long terme. Surtout que le temps consacré à l’éducation physique à l’école est insuffisant. Plus inquiétant, il a même été démontré que l’exposition à la télé abaisse le métabolisme plus que lire, flâner, ou même dormir. Nos enfants brûlent plus de calories dans un hamac que devant un film.[i]

La télé fait manger… et mal!

La télé ne se contente pas de la soumission passive de son jeune public. Elle les fait aussi grignoter. Un sondage auprès d’élèves d’une douzaine d’écoles primaires du Québec et de l’Ontario indique que les produits le plus souvent grignotés sont le maïs, les croustilles, le chocolat et les bonbons. Ajoutons une boisson gazeuse et on obtient un cocktail qui conduit directement à l’obésité.

Les enfants mangent aussi de moins en moins en famille et cela influe sur la qualité de leur alimentation. Avec la disparition du repas en famille, les échanges deviennent plus rares. Les enfants nord-américains conversent avec leurs parents durant un piètre 38 minutes par semaine.[ii] Dans un nombre croissant de foyers, le téléviseur s’est substitué à l’affection des parents.

Au cours des dernières années, les enfants ont été de plus en plus nombreux à se retrouver seuls devant la télévision, surtout lorsque cette dernière trône dans leur chambre.[iii] C’est devant elle qu’ils nourrissent leurs émotions et remplissent leur estomac. Les parents se méfient trop peu de cette gardienne et des comportements alimentaires qu'elle encourage. Ces derniers s’avouent impuissants à encadrer l’alimentation des enfants et démissionnent.

La télé manipule

Enfin, il y a aussi la publicité qui occupe 20% du temps de diffusion. Les dix produits alimentaires les plus annoncés sont tous de gros porteurs de calories. La malbouffe a belle apparence à la télévision parce qu’on prend soin de nous en cacher les conséquences. Les agences de marketing font des affaires d’or en aidant les industries alimentaires à manipuler des enfants.[iv] Pire, elles apprennent à ces derniers comment harceler leurs parents.

Les chercheurs en publicité ont appris à développer et exploiter une nouvelle compétence transversale chez l’enfant, l’asticotage, un mélange de harcèlement et de manipulation affective. L’enfant apprend tôt à asticoter ses parents jusqu’à l’obtention de ce que les annonces lui ont mis en tête.[v] Certains enfants sont certains que tous les enfants de son école possèdent les aliments ou les jouets annoncés à la télévision.

La publicité nous présente régulièrement des enfants qui déjouent les consignes parentales comme des petits malins. Parfois, on nous montre des enfants carrément grossiers avec leurs parents, et ces derniers sous des dehors imbéciles. Avez-vous remarqué comment le parent soucieux d’alimenter sainement son enfant est présenté à la télévision comme une personne autoritaire et dépassée? La publicité affecte le climat familial et peut même saper l’autorité parentale.[vi]

Régime miracle?

Pendant que les pouvoirs publics fédéraux et provinciaux hésitent à agir, les études mesurant l’incidence de la télé sur l’obésité s’accumulent. Au cours de la dernière décennie, deux études ont de quoi impressionner. Celle de la prestigieuse Kaiser Family Foundation, a permis d’éplucher 45 études et d’en résumer les conclusions.[vii] L’autre, celle du Dr Thomas Robinson, de l’Université Stanford, en Californie, arrive à une conclusion engageante pour une majorité de parents. Conscient de l’influence du téléviseur sur la santé et les habitudes alimentaires, le Dr Robinson a fourni aux enseignants d’une école primaire de San José les outils pédagogiques pour motiver des élèves de 4e et 5e année à se passer de télé et de jeux vidéo durant 10 jours.[viii] Il a mesuré l’obésité des enfants avant le jeûne et 20 semaines après. Ses résultats publiés, en 1999, dans le prestigieux Journal de l’American Medical Association (AMA) ne laissaient pas de doutes: en diminuant leur consommation de télévision et de jeux vidéo, les enfants ont réduit leur obésité.[ix]

Serait-ce enfin l’élixir miracle que tous attendait?


  • [i] La télé affecte le métabolisme. http://www.commercialalert.org/tvobesityjama.pdf
  • [ii] Argumentaire sur l’influence de la télé, article 13, l’incidence sur la santé mentale des enfants. http://www.edupax.org/Assets/divers/campagne/Argumentaire%202005.htm
  • [iii] Marie Marquis, professeur au Département de nutrition de l'Université de Montréal, a analysé les comportements alimentaires de 534 enfants de 10 ans. Ils sont plus nombreux à manger devant la télé: un garçon sur 4 et une fille sur 5 (18 %) y mangent tous les jours. Quatre jeunes sur 5 choisissent la télé pour partager leurs repas, plusieurs fois par semaine. La télé les fait grossir en induisant des choix alimentaires malsains. La télé accapare 25 heures par semaine de la vie des enfants. Cette habitude coûte cher. Le Devoir, 25 mai 2005.
  • [iv]  Pourquoi les enfants sont-ils des proies de la télé, et non ses clients? Parce que le premier client de la télé, c’est l’annonceur. C’est lui qui achète du temps. La télé vend des auditoires. La télé existe d’abord et avant tout pour influencer. Selon Patrick Le Lay, grand patron de la grande chaîne privée française TF1, (l'équivalent de TVA) «le rôle de la télévision consiste essentiellement à vendre du temps de cerveau humain disponible ». http://www.ledevoir.com/cgi-bin/imprimer?path=/2005/04/25/80175.html
  • [v] Les experts en marketing savent comment enseigner aux enfants à asticoter (nagging). Pour y échapper, certains parents vont jusqu’à sortir la télé de la maison. Le nag factor joue un rôle dans la majorité des achats effectués par les parents: moins du tiers des parents (31%) peuvent résister à l’asticotage. (Judith Schoolman, Toronto Star, 24 août 1998.) Cité dans « Why They Whine: How Corporations Prey on our Children », Mothering Magazine, Novembre/Décembre 1999. http://www.mothering.com/articles/growing_child/consumerism/whine.html
  • [vi] La télé utilise des trucs toujours plus sophistiqués pour accrocher des enfants. Cette stratégie sabote l’autorité parentale, réduit l’encadrement et accroît les conflits au sein de la famille. www.infobourg.com/sections/editorial/editorial.php?id=8058
  • [vii] Kaiser Family Foundation, 45 études sur l’incidence de la télé sur les enfants. http://www.kff.org/entmedia/upload/The-Role-Of-Media-in-Childhood-Obesity.pdf . Des chercheurs de l’École de Santé publique de Harvard ont isolé le facteur télé. L’étude s’appuie sur le témoignage de plus de 50 000 femmes sur une période de 6 ans. http://www.commercialalert.org/tvobesityjama.pdf
  • [viii] Les outils utilisés font partie du Programme SMART, Student Media Awareness to Reduce Television. Le programme est produit par le Centre de ressources pour la promotion de la santé de l’Université Stanford, en Californie. http://hprc.stanford.edu/pages/store/itemDetail.asp?169
  • [ix] Réduire la télé entraîne une réduction significative de l’obésité. Article du Journal de l’American Medical Association. www.edupax.org/Assets/divers/documentation/4_defi/SMARTObesity.pdf

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