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Diane Drory
Aux Etats-Unis, le nombre d'enfants souffrant d'une surcharge pondérale a doublé en une génération. En Belgique, déjà 11% des enfants manifestent un surpoids. Ne prenons pas cela à la légère...
Diane Drory
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Le surpoids est un facteur de risque au point de vue de la santé car, avec le temps, l'excès de poids devient permanent. Or, l'obésité est une maladie qui favorise les troubles cardio-vasculaires, l'hypertension artérielle, le diabète et peut-être certains cancers. L'expression «Cela s'arrangera avec le temps» est trompeuse...
Non seulement l'espérance de vie est diminuée par l'obésité, mais celle-ci est également un élément de rejet social, les gros étant considérés comme laids et peu attirants, comme des personnes manquant de volonté, avides de relations et envahissantes. Tout cela les pénalise dans leur vie professionnelle et dans leur vie privée.
Si on ne peut nier une prédisposition génétique et certains facteurs psychologiques dans la mise en place d'une surcharge pondérale, l'impact des mauvaises habitudes alimentaires et du manque d'exercice est très important.
Mauvaises habitudes alimentaires
Tous les enfants en surpoids ne sont pas boulimiques, dans le sens où ils seraient habités par un continuel et irrésistible besoin de manger, de se remplir, comme si leur estomac était un trou sans fond. Mais tous ont de très mauvaises habitudes alimentaires, qui entraînent une dominance de l'apparition des graisses par rapport à la destruction de celles-ci.
Notre société favorise un environnement riche en nourritures, d'ailleurs délicieuses, ce qui est tentant. Les magasins regorgent de sucreries et snacks de tout ordre qui se vendent grâce à une publicité spécialement orientée vers les enfants... De plus, notre société privilégie le quantitatif au détriment de la qualité. Il suffit de voir le pop corn qui, dans les cinémas, se vend en seau et non plus en sachet!
On a aussi constaté un surinvestissement des «trop gros» face aux stimuli extérieurs et un manque de contrôle et d'attention aux stimuli internes reflétant leurs besoins physiologiques. Comme me le disait un père à forte tendance obèse:
«Quand nous mangeons, il n'y a pas de stop qui s'allume, c'est un trou béant qui n'en finit pas de se remplir».
Souvent, l'adolescent en surpoids grignote sans cesse parce que les moments de s'alimenter n'ont pas été structurés dans son enfance. Il n'y a pas de ponctuation de temps par des repas à heures fixes, le frigo accessible, ouvert et dévasté à toutes heures. Les voitures également, toutes pourvues de porte cannettes, sont des lieux de nutrition. Comme s'il fallait sans cesse pallier à la menace de ne «pas avoir», de «manquer»...
Il y a aussi cet accord tacite de certains parents face à un enfant qui se gave. Un autre parent raconte : «À l'école, après qu'il se soit resservi quatre fois, les éducateurs refusaient de lui remplir son assiette. C'est normal, se servir quatre fois c'est déjà le double des autres. Maintenant, il revient manger à la maison à midi comme cela il peut se servir autant de fois qu'il veut». Quel paradoxe entre le bon sens en paroles et l'impossibilité pour ce parent de mettre une limite à l'hyperphagie de son enfant!
Manque de mouvement
Mauvaises habitudes alimentaires et manque de mouvement sont toujours liés. À force de grossir, l'enfant trop gros acquiert un rythme plus lent. Reste à savoir s'il ne bouge pas parce qu'il est gros ou s'il devient gros parce qu'il ne bouge pas? Une chose est certaine : l'enfant corpulent a peur de bouger, au propre comme au figuré.
Une des raisons de la croissance actuelle du nombre d'enfants en surcharge pondérale est certainement à attribuer à une vie sociale qui ne stimule plus le mouvement, l'inquiétude parentale face à l'insécurité jouant un rôle important. Très souvent, l'enfant est conduit et ramené de l'école en voiture ou par les transports publics. Rares sont les enfants qui se déplacent vers l'école à pied ou en vélo. Au retour de l'école, les moments de détente ne sont plus dédiés à jouer dehors pour se défouler mais plutôt de se retrouver (de nouveau assis) devant la télévision ou l'ordinateur avec une boisson sucrée et des chips pour toute compagnie... Et si cela engendrait solitude et colère enfouies derrière l'écran adipeux de la passivité?
Des remèdes?
Devant cet état de fait, n'est-il pas de la plus haute importance que les parents favorisent dès le plus jeune âge une alimentation équilibrée, fassent boire suffisamment d'eau à l'enfant et transforment les repas en un événement familial? Par ailleurs, il est indispensable d'inciter l'enfant à se remuer en le stimulant à pratiquer quotidiennement une activité par laquelle il met son corps en mouvement.
Attention, obliger l'enfant trop gros à suivre un régime strict n'est sans doute pas le meilleur des remèdes; cela peut aboutir à ce que l'enfant fasse une fixation sur la nourriture, obsession qui risque d'affecter son pouvoir de concentration et d'attention. Il vaut mieux prendre comme objectif qu'il conserve son poids, (en grandissant, le rapport poids/taille s'améliorera de lui-même), lui apprendre à manger autrement (lors des repas et pas n'importe quand) et l'inciter à se déplacer. Laisser les sentiments de culpabilité et les récriminations à la porte... D'ailleurs les mensurations idéales ne s'appliquent qu'à peu de personnes!
Ce texte a été publié par La Ligue des Familles de Belgique dans son édition Le Ligueur du 15 mai 2002.
http://www.liguedesfamilles.be