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Nadine Descheneaux
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Entrevue avec Nicole Rougier
Elle a beau présenter plusieurs modèles de chambres dans sa boutique, vivre et travailler entourer d’enfants et de nouveaux parents, Nicole Rougier ne s’extasie pas sur les mobiliers de chambre pour bébés. «C’est d’une horreur parfois ce qu’ils présentent», s’exclame-t-elle lorsque je lui parle des magazines de décoration et leurs spéciaux sur les «chambres de rêve» pour enfants. Elle ne s’en détache pas complètement. Non, bien sûr! Sa boutique, 9 mois plus tard, sur la rue Saint-Denis, vend l’ameublement nécessaire à la création d’une chambre pour la venue de la cigogne. Toutefois, la frénésie qui entoure cet événement (parce que c’en est devenue une depuis quelques années) l’étourdit. Cette folie volontaire soulève bien des questionnements et forcent des réflexions.
Des meubles? Oui, mais…
Bien sûr, un poupon a besoin d’un lit. Mais, à priori, qu’y a-t-il dans une chambre d’enfant? Une bassinette, une table à langer, une commode et une chaise berçante. «La chambre d’enfant, c’est trois fois rien quand on pense à tout ce qu’il y a d’autres comme le bain, la poussette et la chaise haute qui demandent une mûre réflexion avant d’arrêter son choix», s’étonne Nicole Rougier. En effet, selon elle, tous les lits s’équivalent. D’autant plus que de nombreuses normes régissent leur fabrication. Tous ceux qui se retrouvent sur le marché, côté sécurité sont égaux. «Les deux seuls critères de sélection pour les lits d’enfants sont la couleur du meuble et le budget que les parents y allouent», explique la propriétaire. Elle poursuit en affirmant que si un enfant dormait mieux dans une bassinnette à 1000$, on investirait tous dans cet achat. Pourtant ce n’est pas le cas. Il n’y a pas une étude ou un rapport qui abonde en ce sens.
«Choisissez ce modèle, il va durer longtemps»
Certains magasins poussent la vente de meubles «faits pour durer longtemps» ou «pour grandir avec l’enfant». Pour Nicole Rougier, ce sont des techniques de commerçants pour s’en mettre plein les poches. «Quel est l’intérêt d’acheter un mobilier et de ne jamais le changer?», se questionne-t-elle. Elle croit plutôt que les enfants, tout comme les adultes, aiment changer l’allure de leur chambre. «On adore tous faire des changements!», dit-elle en avouant qu’elle-même a redécoré sa chambre et qu’elle a adoré l’expérience. Alors, pourquoi un enfant n’aurait-il pas le goût, à certaine étape charnière, de modifier son havre d’intimité?
Du merisier pour bébé
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S’il y a des couples prêts à tordre 3000$ de leur portefeuille pour la décoration d’une chambre d’enfant, ils sont pas légion. Environ 70% de ses clients désirent meubler la pièce pour le bébé avec un budget beaucoup plus restreint. «Un lit à 1000$ ne rendra pas un enfant plus heureux», précise-t-elle. L’idée de vouloir prendre, à tout prix, du merisier pour le mobilier du bambin la dépasse. «On demande parfois aux parents s’ils ont, eux dans leur chambre, du merisier. La plupart nous disent non. Ils ont du IKÉA ou peu importe. Alors pourquoi est-ce que ce serait si important pour le gamin?», avance madame Rougier.
De faux mauvais parents?
Les parents se créent des obligations lors de l’arrivée de leur poupon. Et le marché monstre qui les attend a tous les atouts pour les séduire et les tenter vers des achats superflus, très «tendance» et même extravagants, mais souvent peu utiles. «On voit le soulagement dans le visage des gens quand on leur dit qu’on ne les regardera pas de travers parce qu’ils ne vont pas mettre 1000$ sur le lit de l’enfant. La pression tombe. On leur dit enfin que c’est correct», raconte-t-elle. Cette pression extérieure va même plus loin encore. «On a maintenant sur le marché, entre autres, des mobiles musicaux assortis à la literie. Souvent, ces mobiles ne sont pas extraordinaires et surtout pas très sympathique pour l’enfant. On doit choisir un mobile intéressant pour l’enfant, non pas pour le look qui plaira à la visite», s’indigne-t-elle. Les parents sont souvent étouffés par les pressions extérieures. Pourtant beaucoup de parents entrent dans la ronde des achats pour plaire à leur famille et leurs amis. «Il faut les soulager», estime madame Rougier. Comme si, parce qu’on couche le bébé dans une belle chambre, il aimera plus ses parents. «Le plus important c’est que les parents passent du temps avec leurs enfants, pas le montant qu’ils mettent dans leur chambre», croit-elle.
Des conseils, s’il vous plaît!
Les parents veulent bien faire, mais se retrouvent souvent seuls devant tous les choix et les achats qui entourent la venue de leur bébé. Et, c’est là que Nicole Rougier aime agir en leur offrant des conseils et en les informant véritablement sur les différents produits. Elle offre même des séances d’informations les vendredis soirs pour faire le tour de tout ce qu’ils auront besoin et pour les guider honnêtement. «Les clients restent cois à la fin de la réunion, car tout leur paraît tellement plus simples. Ces gens sont souvent perdus, car aucun commerçant n’est capable de les conseiller. Ici, on leur explique tout», dit-elle fièrement.
La propriétaire de la boutique proposent des options intéressantes aux futurs parents. «On présente parfois des compagnies qui se spécialisent dans les commodes, d’autres dans les bassinettes ou les tables à langer. Ces compagnies, puisqu’elles ne font pas l’ensemble du mobilier, elles vendent moins chères. On peut avoir un ensemble complet pour un prix intéressant. On n’a pas besoin de tout acheter de la même compagnie!», donne-t-elle comme exemple. Aussi, elle opte souvent pour un mobilier moins dispendieux, mais d’ajouter à la place des éléments de décoration qui ajoutent une touche à votre décor : une jolie patère, une veilleuse rigolote, une petite lampe, etc.
Du look à l’esprit pratique
«Après le délire et la fougue de l’attente du bébé, quand il a 4 ou 5 ans, ce n’est pas qu’on les aime moins, mais la folie de vouloir tout acheter s’estompe», constate la commerçante. La distinction entre les futurs parents, excités et passionnés tout frénétique dans l’attente de leur poupon, deviendront, une fois que l’enfant se sera pointé le nez, des parents plus soucieux aux côtés pratiques et utiles plutôt que de la couleur ou le look de l’item.
Reste que l’enfant demeure au cœur de beaucoup de préoccupations chères au cœur de ses futurs parents. Mais un bon guide dans ce brouhaha hallucinant constitue une bouée qui nous permet d’émerger de cet océan d’achats sans perdre la tête.