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Lorsque des choses horribles arrivent aux autres: alimenter l'empathie, la compréhension et la maîtrise de soi des enfants

Psychologie

Parents : Documentation : Psychologie : Lorsque des choses horribles arrivent aux autres: alimenter l'empathie, la compréhension et la maîtrise de soi des enfants

Ruth Fahlman

«Nous ne pouvons pas changer ce qui est
arrivé dans le passé mais nous pouvons
empêcher que la situation se reproduise.»
        Anne Frank

Photo : © 2001-2002 www.arttoday.com

La guerre, les enlèvements, la famine, le terrorisme – tous les jours, les médias modernes déversent leur lot de souffrances humaines et de conflits dans nos maisons et dans nos milieux de travail. Pour les adultes, comme pour les enfants, de telles nouvelles peuvent être profondément troublantes.

Même si chacun réagit différemment à ces événements bouleversants, on peut cerner certaines manifestations courantes de stress et de traumatismes chez les adultes et les enfants. Certaines personnes deviennent insensibles, se retirent, prétendent que rien n’a d’importance et se détachent des événements. D’autres, par contre, ressentent un vif sentiment d’anxiété et de crainte, se tiennent en état d’alerte, prêtes à affronter les nouveaux dangers et les nouvelles menaces et ont du mal à garder leur calme et à poursuivre leurs activités quotidiennes. Adultes et enfants peuvent ne pas connaître ces extrêmes, ou très peu, passer de l’une à l’autre à différents moments ou éprouver d’autre symptômes comme l’épuisement, la perte de mémoire et l’incapacité de se concentrer.

Plus nous en apprenons sur les signes, les symptômes et les modes de réaction courants au bouleversement et à la détresse, et mieux nous serons équipés pour gérer nos propres réactions et pour aider les enfants à gérer les leurs. Les suggestions suivantes, tirées de la recherche sur le développement de l’enfant, le stress et la traumatisme pourront guider nos paroles et nos actes.

  1. Répondez aux questions des enfants le plus honnêtement et le plus directement possible sans les surcharger d’information ou leur fournir des renseignements trop complexes. Les enfants de quatre ans et plus ont besoin de réponses plus simples que ceux de huit ans. Par exemple : « les images que nous avons vues ont montré des enfants qui ont été blessés dans une explosion. Nous attendons maintenant les gens qui vont venir leur porter secours. » Les enfants peuvent ne pas très bien faire la différence entre les histoires imaginaires et ce qu’ils voient à la télévision. Il peut être utile de saisir cette occasion pour discuter avec eux de ce qui est vrai en opposition à ce qui est fictif.

  2. Si notre propre réaction à un événement est chargée d’émotions intenses, il serait bon d’évacuer nos émotions les plus fortes en en parlant avec d’autres adultes, de façon à ne pas faire porter à nos enfants le poids de nos émotions. Toutefois, il est important de leur faire part en partie de nos sentiments et de nos opinions. « Je suis réellement bouleversée et triste à propos de ce que nous avons vu à la télévision. » En exprimant nos sentiments, nous aidons les enfants à saisir la valeur de l’empathie et du souci des autres. Les enfants se sentent aussi rassurés lorsqu’ils savent que nos émotions n’ont rien à voir avec quelque chose qu’ils ont fait ou dit. En cherchant à trouver un équilibre entre ce qu’il convient de dire et de faire aux enfants aux prises avec ce genre d’événements, nous devons tenir compte de leur âge, de leur personnalité et de leur propre détresse.

  3. Lorsque les enfants éprouvent de vifs sentiments de peur, de tristesse ou d’inquiétude, il est important de les écouter et de leur faire part de notre compréhension et de noter acceptation. « On dirait que tu as vraiment peur que ça t’arrive à toi. » On peut les rassurer en leur disant qu’il est normal d’être bouleversé et inquiet. Il peut être utile de leur donner plus de réconfort et de soutien physique qu’à l’ordinaire, de les caresser et de les serrer contre soi ou de leur permettre de dormir avec d’autres membres de la famille. Lorsque l’on crée un environnement émotivement et physiquement sûr au sein duquel les enfants peuvent exprimer et explorer leur tristesse, il y a moins de risques qu’ils développent des problèmes physiques et émotifs à long terme, comme la peur de l’obscurité, la miction nocturne, les cauchemars, les maux d’estomac ou de tête ou une maladie grave causée par le stress.

  4. Certains enfants n’expriment pas immédiatement leurs émotions; nous devons respecter leurs limites et leur besoin de prendre leur temps. D’autres semblent figés, détachés de leurs émotions. Pour un groupe comme pour l’autre, il peut être utile de prendre ses distances par rapport aux émotions en discutant d’événements réels ou fictifs semblables. On peut entamer une conversation ou utiliser un livre d’histoires pour parler de la manière dont on se sent et de ce qu’on peut faire lorsque des choses terribles arrivent. « C’est l’historie d’une petite fille qui a dû quitter sa maison à cause de la guerre. Elle raconte combien sa maîtresse l’a aidée et combien elle aime sa nouvelle maison au Canada maintenant. » (From Far Away, 1995) Une autre façon d’aider les enfants à faire face à leurs émotions et à les résoudre consiste à les encourager à dessiner, à peindre ou à écrire. Les enfants peuvent mettre en scène des scénarios, soit avec des jouets ou en présence d’autres enfants et d’adultes, afin d’avoir l’impression de contrôler les événements et leurs émotions.

  5. Même s’il est important d’aider les enfants à faire face à leurs réactions, nous pouvons également les aider en limitant leur accès à des représentations graphiques et à des reportages sensationnalistes dans les médias. Il est bon de contrôler le plus possible la façon dont les enfants apprennent les événements et le moment où cela se produit (par exemple, pas immédiatement avant d’aller au lit). En outre, si nous sommes présents pour parler aux enfants de ce qu’ils voient ou entendent, nous pouvons réduire le risque de traumatisme. Une autre façon de réduire l’anxiété des enfants consiste à maintenir le plus possible les activités et les tâches routinières. Une telle attitude calme les enfants et rétablit un climat de confiance et de sécurité.

  6. Tous les enfants ont besoin de savoir qu’on va prendre soin d’eux et qu’on va tenter de les protéger du danger. On peut élaborer avec eux un plan d’action en prévision du danger. Par exemple, prévoir qui viendra les chercher à la garderie ou à l’école s’il vous est impossible de le faire ou l’endroit où pourrait se réfugier votre famille si elle devait quitter la maison. Dites bien que c’est votre travail comme parent (grand-parent, gardienne, enseignante, intervenante en service de garde, etc.) de prendre soin d’eux et d’assurer leur sécurité. Même si les enfants plus âgés ne croient pas au miracle, il est tout de même vrai que la plupart des situations dangereuses, les enfants obtiendront l’aide d’adultes au sein de leur famille ou de leur milieu.

  7. Même s’il est important de discuter des événements négatifs, il est également crucial d’attirer l’attention des enfants sur les progrès de la paix dans le monde. Les médias nous écrasent de leurs mauvaises nouvelles, en partie à cause de leur sensationnalisme et de leur habileté à hausser les côtes d’écoute. Nous devons travailler fort pour rétablir l’équilibre et découvrir comment, quand, où et pourquoi la paix règne et la société fonctionne. Quand on met l’accent sur le positif, les événements négatifs prennent une importance relative différente. Les conflits deviennent moins effrayants, atterrants et monumentaux, et sont plutôt perçus comme des problèmes encore non résolus, en instance d’une solution pacifique. Ce changement de perspective est profond. Il nous encourage tous à tenter de trouver une solution au conflit et à inciter les autres, y compris nos dirigeants à faire de même. À nos enfants donc, nous pouvons offrir un modèle de négociation et de résolution de conflit en parlant du processus de paix. Même si bon nombre d’entre nous aidons déjà les enfants à utiliser des techniques de résolutions de conflits avec leurs camarades et leur familles, nous omettons souvent d’établir un lien avec les activités de maintien de la paix dans le monde. « Lorsque les gens deviennent très fâchés et n’utilisent leur capacité verbale, ils ont parfois recours aux fusils et aux bombes pour se blesser les uns les autres. Tout le monde doit apprendre à résoudre ses problèmes sans blesser autrui. » Des phrases aussi simples que celle-ci aident à démystifier le conflit et la paix et à engendrer une vision optimiste des choses : les êtres humains sont capables de résoudre leurs problèmes. Lorsque les enfants font l’expérience de l’empathie, prennent soin des autres et utilisent des techniques de résolutions de conflits qui fonctionnent avec nous, ils sont davantage confiants que nous pouvons tous « donner à la paix une chance de triompher. »

  8. Pratiquez le militantisme avec les enfants. Lorsque de mauvaises choses se produisent, nous pouvons apporter concrètement notre aide de multiples façons : en donnant de la nourriture, des vêtements, de l’argent ou son sang, en invitant les familles à demeurer chez nous ou en allant aider les gens là où ils vivent après qu’un désastre ait eu lieu. Nous pouvons agir seuls ou avec d’autres afin de promouvoir un changement social et politique, réduire la souffrance actuelle et prévenir l’apparition de maux et d’injustices encore plus graves. En voyant les adultes agir et en faisant eux-mêmes du militantisme, les enfants se sentent rassurés face à une situation de crise. Nous pouvons aussi établir un parallèle en leur disant que les autres feront probablement la même chose pour nous si nous avons un jour besoin d’aide.

  9. Avec les enfants plus âgés et les adolescents, on peut mettre en valeur les techniques de résolution de problèmes et la réflexion critique qui mènent à une meilleure compréhension des causes profondes de la violence. On peut par exemple parler du rôle que jouent le racisme, la pauvreté et l’oppression politique en temps de guerre. Les enfants apprendront dès lors à dépasser le manichéisme simpliste qui divise les gens en les plaçant soit du coté des bons ou des méchants. On peut demander, par exemple, aux enfants : « Pourquoi penses-tu que quelqu’un pourrait décider de prendre des gens en otage ? Peux-tu penser à quelque chose qui te mettrait dans un état de désespoir tel que tu voudrais agir ainsi ? Y-a-t-il autre chose que tu pourrais essayer à la place ? » En abordant ces questions difficiles avec les enfants, nous leur montrons comment affirmer leurs propres croyances tout en respectant celles des autres. Nous leur montrons aussi qu’exprimer leur opinion peut parfois être impopulaire, voire dangereux, mais qu’il est important de faire acte de courage face à l’opposition.

  10. Demeurez confiant que le temps efface les choses et que les craintes et les préoccupations des enfants vont s’atténuer grâce à votre patience et à votre soutien. Toutefois, si la tristesse, l’anxiété ou la crainte profonde persiste chez un enfant, songez à obtenir l’opinion d’un spécialiste en réaction traumatique afin de savoir s’il y a lieu d’avoir recours à une intervention plus poussée. Chez les enfants qui ont eu une expérience traumatisante eux-mêmes ou qui ont déjà vu leur sécurité mise en péril, la récupération risque de prendre plus de temps que chez les autres enfants. Peu importe la cause d’une réaction prolongée, les enfants ne devraient pas avoir à la subir inutilement alors que des professionnels pourraient apporter un baume à leur souffrance.

Lorsque les manchettes quotidiennes font état d’événements bouleversants ou effrayants, beaucoup d’entre nous pouvons être tentés de protéger les enfants en leur évitant tout contact avec ce genre d’informations. Toutefois, c’est là une tentative irréaliste puisque nous ne pouvons que rarement contrôler les nombreuses avenues par lesquelles les enfants sont exposés aux nouvelles et entendent parler des tragédies humaines et de souffrances. Par contre, nous pouvons guider l’apprentissage des enfants d’une façon compatible avec nos valeurs et avec leur niveau de développement et leur capacité d’éprouver de l’empathie et de comprendre les enjeux.

Lorsque des malheurs frappent d’autres personnes, qu’il s’agisse de nos voisins immédiats ou de gens qui habitent à l’autre bout du monde, nous sommes tous affectés – les enfants au même titre que les adultes. Il arrive souvent que de tels événements se produisent alors que nous sommes très mal préparés à y réagir. Pourtant, les problèmes difficiles et pénibles représentent une occasion sans précédent d’aider les enfants à développer davantage leur empathie et à apprivoiser la réalité de la souffrance humaine et du conflit. Lorsque nous établissons un équilibre entre l’importance que nous accordons à la souffrance et au conflit, d’une part, et à l’éducation pour la paix et au militantisme, d’autre part, nous mettons les enfants en contact avec leur courage et leur optimisme et nous leur donnons le pouvoir de contribuer à rendre le monde plus juste, plus sûr et plsu vivable pour tout le monde. Grâce à ces gestes, nous rendons hommage aux personnes qui ont souffert et veillons à faire en sorte qu’elles n’aient pas souffert en vain.

Ruth Fahlman occupe le poste de coordonnatrice du perfectionnement professionnel au Westcoast Multicultural & Diversity Services à Vancouver. Elle est membre fondatrice du Early Childhood Diversity Network Canada et coauteur de plusieurs ouvrages dans le domaine.

Cet article a d'abord été publié dans Interaction, la publication de la Fédération canadienne des services de garde à l'enfance à l'hiver 2002 (vol. 15 no 4)


Article – Dernière mise à jour le 8/4/2005

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