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Les bébés pauvres devraient tous fréquenter la garderie

Service de garde

Parents : Documentation : Service de garde : Les bébés pauvres devraient tous fréquenter la garderie

Mathieu-Robert Sauvé

Les enfants de milieux défavorisés qui fréquentent la garderie avant l’âge de un an acquièrent des habiletés langagières extrêmement précieuses pour la réussite scolaire.

Les bébés issus de milieux défavorisés ont tout à gagner à fréquenter un service de garde à temps plein avant l’âge de un an.

«Nous avons constaté que les enfants de milieux défavorisés avaient un vocabulaire équivalant à celui des enfants de milieux favorisés s’ils avaient fréquenté une garderie de façon précoce», indique Marie-Claude Geoffroy, qui vient de publier ses résultats de recherche dans le Journal of Child Psychology and Psychiatry avec cinq autres auteurs dont ses directeurs de thèse, Sylvana Côté et Jean Séguin, respectivement professeure au Département de médecine sociale et préventive et chercheur au Département de psychiatrie.

La pauvreté infantile n’est pas uniquement une question financière. Elle se manifeste par un environnement qui entrave le développement mental, social et cognitif des enfants. Dans le processus d’acquisition du langage, les lacunes observées en bas âge chez les enfants pauvres peuvent avoir une influence directe sur la réussite scolaire puisque le retard peut être irrécupérable dès l’entrée à la maternelle. «Une étude récente a démontré que les enfants de milieux aisés entendaient 45 millions de mots entre leur naissance et l’âge de quatre ans, relate la doctorante. Dans les milieux défavorisés, ce total ne dépasse guère 13 millions de mots. Il y a donc un écart de 30 millions de mots… que peuvent venir combler les services de garde.»

Ces travaux jettent un éclairage nouveau sur les recherches qui explorent le développement de l’enfant. Grâce à l’Enquête longitudinale nationale sur les enfants et les jeunes, de Statistique Canada, Mme Geoffroy et ses collègues ont suivi pendant quatre ans plus de 2000 enfants canadiens afin de comparer leurs compétences langagières selon la fréquentation d’un service de garde dans leur première année de vie. Ils ont pu juger de leurs habiletés de façon objective au moyen de l’échelle de vocabulaire Peabody Picture Vocabulary Test. Ce test éprouvé consiste à présenter des dessins aux enfants, qui doivent nommer ce qu’ils voient: un cheval, une pomme, une voiture, etc.

«Les résultats montrent que la garderie avant un an n’a aucun effet, ni positif ni négatif, sur les habiletés langagières des enfants de milieux favorisés. Toutefois, la garderie peut être extrêmement bénéfique pour les enfants issus de milieux défavorisés», résume la chercheuse.

Un cerveau avide de connaissances
Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène, estime Mme Geoffroy. Parmi eux, la stimulation intellectuelle forte, qu’un foyer démuni aurait plus de difficulté à exercer. Les chercheurs américains Hart et Risley ont démontré en 1995 que les mères de milieux défavorisés passaient environ 7 minutes par heure à interagir avec leur enfant, comparativement à 42 minutes par heure chez les mieux nantis.

Dans les milieux plus pauvres, les occasions d’apprentissage sont souvent limitées. Les parents démunis n’ont souvent pas accès aux ressources (matériel éducatif pertinent, nourriture adéquate, quartier sécuritaire; vocabulaire riche et varié) permettant aux enfants de se développer dans un environnement stimulant. Dans les services de garde, les éducatrices passent la majeure partie de leur journée à interagir avec les enfants. «Nous commençons tout juste à mesurer la complexité du cerveau humain. Il est de plus en plus reconnu que les premières années, sinon les premiers mois de la vie, sont déterminantes dans l’acquisition du langage, reprend la chercheuse. Le bébé enregistre beaucoup plus d’informations qu’il en a l’air. Son cerveau est avide de connaissances.»

Dans un second volet de son étude, qui a fait récemment l’objet d’une présentation par affiches au congrès de la société Jean-Piaget à Amsterdam, une expérience semblable a été menée auprès de 1506 enfants nés au Québec en 1997 et 1998. La chercheuse a cette fois étudié les résultats aux tests de quotient intellectuel de jeunes qui ont fréquenté les services de garde dans leur petite enfance et de jeunes qui n’y ont pas été. Sa conclusion: «L’usage des services de garde atténue le fossé entre les enfants de milieux socioéconomiques favorisés et défavorisés en matière d’intelligence verbale et de préparation à l’école.»

Le problème, c’est que les familles à revenu modeste sont encore très nombreuses à garder leurs enfants à la maison, faute de ressources. Au Canada, moins de 20 % des familles pauvres envoient leur bébé de zéro à un an à la garderie à temps plein. «Les services de garde ont parfois mauvaise réputation, commente la chercheuse au cours d’un entretien téléphonique de Paris, où elle effectue un stage à l’INSERM. Notre étude établit clairement qu’ils peuvent rendre de précieux services. Il faut favoriser l’accès aux services de garde de haute qualité de façon beaucoup plus marquée dans les quartiers défavorisés.»

Parcours sans fautes
Bien entendu, le nombre de mots entendus par un bébé et le temps qu’il passe avec un adulte ne sont pas les seuls facteurs susceptibles d’avoir une influence sur l’acquisition des habiletés langagières, souligne la chercheuse. D’autres éléments, qui caractérisent les milieux socioéconomiquement faibles comme la malnutrition, les problèmes de santé, le stress familial et le tabagisme pendant la grossesse peuvent perturber profondément le développement du langage. Il semblait pourtant essentiel aux chercheurs d’approfondir cette question de façon originale. L’étude du vocabulaire réceptif leur a paru être la voie la plus appropriée.


Source: Forum, Université de Montréal

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