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Spyros Volonakis et Jason Ramsay
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Tous se rappellent d’avoir fait la sieste durant notre enfance. Pour certains, ce moment représentait un répit agréable, tandis que pour d’autres, il s’agissait d’une heure d’ennui. La sieste est devenue un sujet de débat au sein du secteur de la garde à l’enfance. Les services de garde, situés à la garderie au centre de la petite enfance ou en milieu familial, devraient-ils inviter les enfants d’âge préscolaire et ceux des petites classes à faire la sieste? Pour tenter de répondre à cette question de manière éclairée, il est important de présenter au moins trois points de vue: celui du sain neurodéveloppement de l’enfant, celui des parents et enfin celui des intervenantes en milieu de garde. Qui plus est, nous devons adopter un point de vue équilibré qui tienne compte des besoins des enfants dont le cerveau se développe et des parents qui se soucient d’établir un rythme de sommeil normal.
Sommeil et développement de l’enfant
Le sommeil est très important pour le développement du cerveau. Chez les tout-petits et les enfants d’âge préscolaire, le cerveau subit une grande réorganisation au niveau des groupes de nerfs. Ces changements comprennent un processus neurophysique nommé «élagage» au cours duquel le cerveau réduit considérablement le nombre de connexions entre chaque neurone1. Le cerveau en développement perd bon nombre de connexions alors qu’il en renforce d’autres. On croit que ce processus réduit la redondance dans le cerveau et construit des voies et des chemins qui optimisent les processus de perception, la mémoire et l’apprentissage. Bien des chercheurs sont d’avis que le sommeil compte pour une part importante de ces processus neuraux.
Le sommeil, y compris les siestes, constitue une composante importante de l’apprentissage2. Les enfants qui ne sont pas reposés ont davantage de difficultés à se concentrer et agissent de manière plus impulsive. Le cerveau endormi n’est pas au repos, mais plutôt engagé dans une activité utile3. Des chercheurs soutiennent également que le sommeil chez les poupons est un moyen important pour favoriser les liens d’affection4.
La recherche a montré que les enfants qui souffrent d’un manque chronique de sommeil ont plus de risque de développer des troubles de comportement que les enfants qui sont reposés. Une étude s’est penchée sur le sommeil et les caractéristiques du comportement de 500 enfants d’âge préscolaire et a remarqué que les poupons qui dormaient en moyenne trois heures par jour étaient moins irritables, pleuraient moins et avaient un champ d’attention supérieur aux enfants qui dormaient moins longtemps pendant le jour5.
Sieste en milieu de garde: point de vue des intervenantes
Il arrive souvent que les enfants fassent une sieste l’après-midi en milieu de garde. Ce moment dure environ une heure. Bien des services obligent les enfants à faire la sieste. Si l’un d’entre eux décide de ne pas dormir, on l’encourage tout de même à se reposer ou à se livrer à une activité tranquille. La sieste permet aux enfants de se détendre et de se rafraîchir. Comme le savent bon nombre d’intervenantes, il y a toujours des enfants qui ne font pas la sieste et qui rendent la vie difficile à ceux qui veulent dormir. En fait, le grand problème est que les enfants peuvent avoir des besoins de sommeil différents en fonction de leur âge. En conséquence, il faut des périodes de sieste décalées pour les jeunes enfants. Il faut aussi des activités et une supervision pour les enfants qui n’ont pas besoin de dormir ou qui ont de la difficulté à se reposer.
Le moment de la sieste permet par ailleurs au personnel de se reposer un peu ainsi que de préparer la prochaine activité ou de ranger sans trop de distraction.
Point de vue des parents
Certains parents allèguent que la sieste interfère avec le rythme de sommeil normal de leur enfant. Il se peut bien qu’un enfant qui a fait une sieste pendant la journée soit plus difficile à mettre au lit le soir parce qu’il est trop reposé pour s’endormir facilement. C’est parfois le cas des enfants plus âgés dont les besoins de sommeil sont passés à environ huit heures par nuit. Toutefois, les parents doivent se pencher sur cette question pour chacun de leur enfant. L’un d’entre eux pourrait avoir encore besoin de faire une sieste à quatre ans, tandis qu’un autre pourrait s’en passer dès l’âge de deux ans. Même si les enfants ne font pas la sieste, il est tout de même important qu’ils aient un moment de tranquillité.
Si un enfant a l’habitude de faire la sieste chaque après-midi au service de garde, mais qu’il ne le fait pas la fin de semaine parce que cela ne convient pas à ses parents ou que cela interfère avec ses activités, il peut en résulter une certaine confusion.
Dans la mesure du possible, il est important que les parents et les intervenantes travaillent ensemble pour coordonner l’horaire des siestes de chaque enfant. Si un père ou une mère trouve que la sieste au service de garde interfère avec le sommeil de son enfant le soir, il est important de communiquer avec l’intervenante pour trouver ensemble des activités de rechange que l’enfant pourra faire durant la période de repos.
Selon l’âge de l’enfant, il se peut que d’autres facteurs entrent en jeu dans le fait que celui-ci n’arrive pas à s’endormir le soir. La sieste quotidienne pourrait n’y être pour rien. Si l’enfant a des difficultés à s’endormir le soir, les intervenantes peuvent conseiller aux parents une liste de livres et d’autres ressources à consulter.
Un guide pratique concernant la sieste chez les enfants
Si l’on ne perd pas de vue que les besoins de sommeil varient d’un enfant à l’autre, on peut se fier aux lignes directrices générales ci-dessous pour déterminer la durée de la sieste selon l’âge6 :
Nouveau-né : A besoin d’environ 16,5 heures de sommeil par jour, habituellement réparties en quelques périodes de quatre heures chacune.
Tout-petit : Commence à faire la transition entre une sieste le matin et une autre l’après-midi, puis une seule après l’heure du midi pendant environ deux heures. C’est le moment d’établir une bonne routine pour le sommeil, tant pour la sieste que pour la nuit.
Jeune enfant d’âge préscolaire : N’a plus besoin d’une sieste le matin.
Enfant d’âge préscolaire plus âgé : Ressent moins le besoin de faire la sieste tous les jours et cesse éventuellement d’en faire.
Cinq façons d’inculquer de bonnes habitudes de sommeil
Il est important de dormir pour que le cerveau puisse se développer. De plus, des recherches indiquent que le sommeil, que ce soit la nuit ou durant les siestes, est important pour que les enfants tissent des liens d’affection, règlent leur comportement et aient la meilleure attention et la meilleure mémoire possible. Les besoins en sommeil de chaque enfant varient. Le besoin de faire la sieste décroît à mesure que l’enfant s’approche de l’âge scolaire. L’environnement et la routine jouent un rôle important pour établir de bonnes habitudes de sommeil.
Références
1. Kolb, B. et Wishaw, I.Q. (1990). Fundamentals of Human Neuropsychology. New York, W.H. Freeman and Company.
2. Weissbluth, M. (1999). Healthy Sleep Habits, Healthy Child. New York, Fawcett Books.
3. Ibid.
4. McNamara, P., Andresen, J., Clark, J., Zborowski, M. et Duffy, C.A. (2001). « Impact of attachment styles on dream recall and dream content: a test of the attachment hypothesis of REM sleep » dans Journal of Sleep Research, juin, 10(2), p. 117-127.
5. Lavigne, J.V., Arend, R., Rosenbaum, D., Smith, A., Weissbluth, M., Binns, H.J. et Christoffel, K.K. (1999). Journal of Developmental and Behavioral Pediatrics. 20, p. 28-33.
6. Adapté de Weissbluth, 1999.
Ressources en ligne
American Academy of Child and Adolescent Psychiatry http://www.aacap.org/index.ww
Vaste gamme de feuillets d’information pour les familles
Département de l’éducation de l’Iowa
www.extension.iastate.edu/Publications/PM1784.pdf
Feuillet d’information sur le sommeil du point de vue du développement de l’enfant
Sleepnet.com
www.sleepnet.com/links.htm#sleep7
Feuillets d’information pour les parents et les éducatrices sur le sommeil
Affections du sommeil/Éveil Canada
http://swdca.org
Site éducatif qui porte sur tous les aspects du sommeil et les troubles du réveil. Rédigé par ou pour des profanes
National Institutes of Health (U.S.A.)www.nhlbi.nih.gov/about/ncsdr/index.htm
Recherche et éducation sur le sommeil chez les enfants. Articles pédagogiques rédigés par des professionnels
Spyros Volonakis, M. Ed., travaille aux Network Child Care Services de Toronto, un organisme de garde à l’enfance en milieu familial. Il siège au Conseil des membres de la Fédération canadienne des services de garde à l’enfance.
Jason T. Ramsay, M. A., est aspirant au doctorat et travaille aussi aux Network Child Care Services de Toronto.
Cet article a d’abord été publié dans Interaction, la publication de la Fédération canadienne des services de garde à l’enfance à l’été 2002.