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Virginia O'Connell
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En 1855, Harvey Peet, directeur de lInstitut des sourds et muets de New York, faisait remarquer que « chaque enfant capable dinstruction a le droit de réclamer de la collectivité le plus sûr moyen de cultiver son cur et son esprit» (Peet, 1855,2). Le commentaire de Peet a été fait au moment où léducation de lenfance en difficulté en Amérique du Nord entrait tout juste dans sa trentième année. En 1998, léducation de lenfance en difficulté célèbre son 173e anniversaire. Mais peut-on réellement parler de célébration? Les garderies et les écoles offrent-elles le «moyen le plus sûr» de se cultiver aux enfants ayant des besoins spéciaux reconnus? Les éducatrices noffrent-elles pas simplement laccessibilité (des modifications à lenvironnement, des programmes dapprentissage individuel) à ces enfants? Le personnel des garderies travaille-t-il avec tous les enfants et toutes les familles pour sassurer que les interactions se déroulent dans le respect mutuel et quune réelle communication a lieu?
Ce nest que dans un contexte de services de garde intégrés ou inclusifs où lon pose comme norme ou comme niveau acceptable lappréciation et la compréhension des capacités de chaque enfant quune approche non discriminatoire peut simplanter. Cet article traite des cinq A de linclusion tous des verbes daction susceptibles de favoriser et daccélérer linstauration dune approche antidiscriminatoire dans les garderies dites inclusives.
Accepter
Le premier A représente ladoption dune politique de rejet zéro en garderie pour les enfants qui ont des besoins spéciaux reconnus. Idéalement, le nombre denfants inscrits devrait correspondre à la proportion naturelle des gens qui ont des besoins spéciaux reconnus dans la société. Cest dire que si 10% de la population a des besoins spéciaux, 10% des places offertes en garderie devraient être réservées aux enfants ayant des besoins spéciaux.
Aux yeux de certains, ce premier A peut sembler visionnaire. Toutefois, au fur et à mesure que les conseils dadministration ou les comités consultatifs des garderies analysent les besoins actuels et futurs de la collectivité, lacceptation des enfants ayant des besoins spéciaux devient réalité. Cette acceptation initiale va de pair avec lidée sous-jacente selon laquelle, dans un milieu de services de garde inclusif, il est donné à chaque enfant de faire lexpérience du succès.
Agir
Une fois que les personnes associées aux services de garde à lenfance se sont engagées à admettre les enfants ayant des besoins spéciaux reconnus, il est vital qu,elles soccupent des questions de dotation, des besoins matériels et des ressources requises. Même si lon a déjà étudié ces questions à une étape précédente, il sagit maintenant de passer à laction. Cest le moment où les intervenantes, à titre de membres de léquipe, déterminent leur rôle dans le processus dintégration. Il se peut quelles en soient à différentes étapes de leur cheminement du point de vue de lacceptation, de laccueil et de laction. Tout dépend probablement de leur formation, de leurs connaissances et de leurs contacts antérieurs avec des enfants ayant des besoins spéciaux reconnus et leur famille, dans un cadre de relation amicale ou professionnelle.
Il est important, à ce stade, de forger des partenariats au centre et à lextérieur (avec des spécialistes et des thérapeutes) ainsi quavec les familles des enfants ayant des besoins spéciaux reconnus. Bien que ces premières démarches ne représentent que lamorce de ces partenariats, elles constituent une base propice au développement dimportantes relations.
Cest maintenant que des modification simposent sur le plan physique. Il peut sagir de prévoir des espaces de stationnement pour personnes handicapées, dinstaller des rampes daccès à lentrée ou à la sortie, délargir les cadres de portes, dinstaller des salles de bain et des terrains de jeux accessibles, de prévoir des tables et du matériel récréatif pour les enfants ayant une déficience visuelle et de créer des centres dapprentissage ou des aires spéciales pour les enfants ayant des difficultés dapprentissage ou accusant un retard de développement.
Il faut également songer à des ressources pour les enfants ayant une déficience visuelle, un trouble auditif ou des difficultés dapprentissage. Des aides techniques comme des écrans dordinateurs tactiles, des surfaces dapprentissage inclinées, des chants et des contes en braille et en langage gestuel sont des acquisitions essentielles si lon veut répondre aux besoins des enfants.
Adapter
Le moment est venu pour le personnel de mettre en uvre et doffrir un programme inclusif. Durant cette étape, vous vous demanderez peut-être si les stratégies de prestation du programme sont conformes aux principes étayant les programmes du centre. Quelles modifications faut-il y apporter? Il est impératif à ce stade dobserver et de noter soigneusement ce qui se passe et de maintenir une étroite communication avec la famille des enfants pour pouvoir fixer les paramètres qui permettront de juger du succès de votre entreprise.
Quen est-il des réaction du personnel est-il à laise? Toutes les intervenantes individuellement et collectivement sont-elles passées de létape de lacceptation à celle de ladaptation? Les installations physiques mises à part, le personnel veille-t-il à ce que tous les enfants prospèrent et soient remarqués et appréciés pour ce quils et elles sont?
Aider
Cest létape où lon instille un sentiment de bien-être et de fierté chez les enfants ayant des besoins spéciaux et où lon détermine si le service de garde à lenfance a réussi à adopter une approche non discriminatoire dans son intégration des enfants ayant des besoins spéciaux. Les intervenantes sont essentielles au succès de la planification des programmes et de leur prestation. Celles qui adoptent une approche non discriminatoire veillent à ce que tous les enfants soient aimés et sachent apprécier la valeur dautrui. Pour atteindre les buts dun tel programme, il faut quà lengagement et à la planification sajoute une attitude qui met à lhonneur tous les enfants et qui célèbre les capacités de chacun et de chacune. Le personnel doit être activement et constamment engagé dans le maintien dune approche antidiscriminatoire pour atteindre ses buts.
En outre, latmosphère doit être caractérisée par des échanges ouverts, vrais, honnêtes et attentifs aux autres. La qualité de la communication sera fonction du niveau daise et dintrospection de lenseignante travaillant auprès des enfants ayant des enfants spéciaux. Le personnel doit surveiller tous les échanges des enfants afin de veiller à ce que personne ne soit blessé ou exploité. Son rôle consiste à intervenir et à faciliter la communication entre tous les enfants. Que lintervenante explique les besoins de lenfant aux autres enfants, aux parents ou à ses collègues, ce rôle daide ou dintervention est crucial dans la manière dont lenfant est perçu. Lenvironnement doit promouvoir lautonomie de chaque enfant et mettre en valeur toutes les interactions qui ont pour effet daugmenter lestime de soi,
En encourageant les enfants dans leur désir et leur capacité de communiquer les uns avec les autres, il est important que le personnel parle de la spécificité de chaque enfant avec le groupe. Il est souvent bon dinviter les parents et les frères et surs de lenfant, des spécialistes ou des enseignantes spécialisées à venir sadresser au personnel. Il nest pas mauvais non plus dinviter des adultes qui ont dû adapter leur vie en raison dun handicap à venir parler aux enfants. Le fait dencourager tous les enfants à poser des questions et à se familiariser avec le matériel conçu pour lenfant qui a des besoins spéciaux contribue à les sensibiliser à sa cause.
Le personnel devrait vérifier ce qui constitue une aire de jeux agréable pour tous les enfants. Les aires de jeux doivent être accessibles physiquement et stimulantes, peu importe les capacités de chacun. Si les jeux offerts sont suffisamment alléchants, les handicaps physiques des enfants nauront aucune importance. Le personnel devra peut-être au début aider les enfants à imaginer des scénarios de jeux, quoique lidéal serait que tous les enfants jouent dune manière intégrée.
Dans une approche non discriminatoire, lenvironnement doit faire place aux enfants qui ont des besoins spéciaux reconnus. Ceux-ci et celles-ci doivent pouvoir se reconnaître dans les livres, sur les affiches, dans les jouets comme les poupées ou le matériel de théâtre, dans les vidéos, etc. Incorporer dans les activités et la routine quotidienne les besoins spéciaux et les besoins particuliers des enfants en matière de santé, cest reconnaître leur importance. Dans la mesure du possible, les enfants devraient participer à la mise su r pied de ces activités de routine inclusives.
On doit aussi amener tous les enfants dans les sorties de groupe au point où cela devienne une manière dagir habituelle, qui fait partie des tâches de planification et de préparation des enseignantes.
On doit respecter les idées et les préférences des parents dans la planification de programmes individuels pour les enfants. On peut ajouter aux besoins de la famille et du programme le point de vue des professionnels et des spécialistes afin de consolider la création de partenariats. La possibilité pour le personnel de rendre visite à lenfant en thérapie et détablir un lien avec les professionnels qui sen occupent lui permet de mieux connaître lenfant et dêtre plus habile à en prendre soin, en plus dêtre en mesure doffrir un meilleur programme. Si le personnel peut observer lenfant dans divers contextes, il comprendra mieux son rôle et peut-être aura-t-il davantage le désir dintégrer lenfant. Un tel désir rassurera les parents sur lefficacité du programme et les poussera à chercher de nouvelles sources daide pour leur enfant. Ce sont là autant de facteurs qui contribuent à la réussite de lenfant.
Même si cela fait 173 ans que Peet a proclamé la nécessité dune éducation de lenfance en difficulté, linstauration dune approche antidiscriminatoire dans un programme inclusif pour la petite enfance continue à être un processus long et exigeant, qui prend même à loccasion des allures turbulentes. Pourtant, avec de la patience et de la persévérance, les enfants qui ont des besoins spéciaux, leur famille et le personnel qui travaille auprès deux ou auprès delles recueilleront les fruits dûment mûris de leur labeur et se donneront sans hésitation des A bien mérités!
Virginia OConnell, M.Éd., est la directrice du Child Study Centre, le centre de formation des enseignantes en éducation de la petite enfance et de services de garde à lenfance de la Mount Saint Vincent University, Halifax (Nouvelle-Écosse).
Cet article a dabord été publié dans Interaction, la publication de la Fédération canadienne des services de garde à lenfance à lété 1998.