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Les Écoles vertes Brundtland: pour voir l'avenir en rose!

Éducation

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Isabelle Pauzé

Il vous arrive de penser que les jeunes d’aujourd’hui sont amorphes et désabusés, qu’ils ne rêvent pas et ne croient en rien? C’est que vous ne connaissez pas encore les Écoles vertes Brundtland, un mouvement écologiste et pacifiste fondé au Québec en 1992 et auquel adhèrent aujourd’hui les élèves, les professeurs et les directions de plus de 500 établissements d’enseignement. Des écoles qui militent au quotidien, avec humour et détermination, pour une planète plus juste et plus jolie. Voyage au cœur du meilleur des mondes, tel que vu par ceux qui le dirigeront demain.

Six «R» pour une plus belle Terre

Le mouvement des Écoles vertes Brundtland (ÉVB) tire son nom de l'ex-première ministre de Norvège, Gro Harlem Brundtland, qui a présidé la Commission mondiale des Nations Unies sur l'environnement, en 1983. Comme l’explique Monique Fitz-Back, conseillère à la Centrale des syndicats du Québec et initiatrice du mouvement: «Le projet origine d‘une coalition organisée, à l’époque, par la Centrale de l’enseignement du Québec, qui cherchait à sensibiliser le milieu scolaire aux problèmes environnementaux, mais aussi à des questions de droits humains. Le regroupement, qui s’appelait «Ensemble, récupérons la planète», a trouvé tellement de résonance dans les écoles qu’il a fallu concevoir des cahiers pédagogiques adaptés à ces thématiques et élargir les mandats de la coalition. C’est ainsi qu’est né le mouvement des Écoles vertes.»

Les institutions qui acquièrent le statut d’Écoles vertes ont le mandat de maintenir un engagement en faveur de six principes qui les régissent et qu’on appelle les six «R»: réduire, recycler, réutiliser, revoir les échelles de valeurs, restructurer les systèmes économiques et redistribuer les ressources. Les préoccupations des ÉVB dépassent donc les questions de protection de l’environnement et englobent des perspectives de non-violence, de coopération, de démocratie, de droits de la personne, de solidarité, de développement durable et d’ouverture sur sa communauté et sur le monde.

De petits David contre les Goliath de la planète

«Les jeunes sont les plus beaux instruments de transformation sociale qui soient, explique madame Fitz-Back. C’est pour cela qu’ils sont au cœur du mouvement des écoles vertes. Plus que des témoins, ils sont des acteurs qui mettent en œuvre des projets qu’ils choisissent et qui leur tiennent à cœur. Il en résulte des changements de comportements individuels et collectifs dans leur milieu et, ultimement, dans le monde.»

«Les exemples évocateurs de jeunes qui arrivent à modifier l’ordre établi sont nombreux. Je me souviens d’un groupe d’élèves d’une école primaire qui avait réussi à faire fléchir les autorités d’une municipalité qui ne jugeaient pas nécessaire l’instauration d’un réseau de collecte sélective. Les enfants, avec l’aide d’un enseignant inventif, ont eu l’idée de recueillir tous les restes de peinture et de produits décapants qu’ils pouvaient trouver. Un mois durant, ils en ont amassé une quantité industrielle! Un matin, ils sont allés déposer leur trésor dégoulinant avec une belle lettre et une pétition…sur le pas de la maison du maire! Ce dernier n’a pas eu le choix. Un an plus tard, la collecte de matières recyclables était implantée. Et le maire en rit encore!».

Commencer par changer SON monde

Pour la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), qui accrédite les établissements, reconnaître une École verte Bruntdland, c’est d’abord récompenser le travail d’un établissement, le rendre public et tenter d’en tirer des leçons. Dès les débuts du mouvement, la CSQ a souhaité que les écoles comprennent que devenir vert, ce n’est pas un ajout aux programmes pédagogiques existants, c’est un atout, un mode de vie, où tous les gestes, même les plus minimes, revêtent une importance.

Selon Monique Fitz-Back, «l’École verte est un projet mobilisateur, qui rassemble les gens pour la poursuite d’un objectif commun et louable: un univers plus équitable et plus harmonieux. Les projets que les jeunes mènent à terme dans le cadre de leur engagement d’ÉVB sont concrets. Ils regardent leurs arbres pousser, constatent les changements de mentalités chez leurs aînés. Ils travaillent à quelque chose de tangible. Au bout du compte, une implication de la sorte peut véritablement contribuer, à mon avis, à contrer le décrochage scolaire. Les enfants se sentent partie prenante d’une initiative qui est valorisée. Ils réalisent qu’ils peuvent changer des choses. Et ça, c’est important.»

Des projets qui fleurissent aux quatre coins du Québec

Les initiatives menées par les établissements verts diffèrent selon qu’ils sont réalisés en ville ou dans des milieux ruraux, près d’une forêt ou aux abords d’une rivière. Chaque école tient compte de ses réalités propres et de ses préoccupations, et adopte une approche qui lui ressemble.

À Charlesbourg, les élèves organisent chaque année une dégustation d’insectes dont les profits sont versés aux projets de l’école nicaraguayenne avec laquelle ils sont jumelés. À Causapscal, les jeunes vendent, au marché de la municipalité, des roses qu’ils ont fait pousser avec du compost de l’école. À Repentigny, un groupe organise annuellement un «cyclo-solidarité» pour une région du Honduras. Les projets sont infinis, comme l’imagination des enfants, comme leur volonté de bâtir, avec la force de leurs huit ans, un monde meilleur.


À La Malbaie: une course de canards connue dans toute la région

L’école secondaire du Plateau, à La Malbaie, est une École verte Brundtland depuis 1995. Elle est membre du groupe ENvironnement JEUnesse et a son propre comité environnemental, joliment dénommé «Les Ailes vertes». Au cours des ans, l’institution a reçu plusieurs prix et distinctions dont le «Mérite Environnemental» du Ministère de l'Environnement et de la Faune du Québec et le «Méritas» de la Réserve mondiale de la biosphère.

Les activités organisées par le comité environnemental à l’école sont nombreuses et diversifiées: recyclage du papier, récupération de piles alcalines usagées, aménagement d'un parc, pressions pour que cesse l'utilisation de la vaisselle jetable à la cafétéria, etc.

Le point culminant de l’année des «Ailes vertes» a lieu le troisième samedi de juin: c’est la course de canards sur la rivière Malbaie, au cours de laquelle 1000 palmipèdes sont lancés à l’eau. La population est invitée à commanditer une petite créature de bois. Les profits recueillis sont versés aux activités du comité environnemental et servent à financer un voyage à caractère technologique.


L’école primaire Sacré-Cœur: fabriquer du compost dès la maternelle

Reconnue ÉVB depuis 1996, l’école primaire Sacré-Cœur, à Princeville, est engagée dans de nombreuses activités environnementales et de solidarité d’envergure nationale. Certaines de ses classes font partie des 400 groupes participant à l’Opération Crocus, organisée annuellement, qui propose aux écoles québécoises de voir apparaître le printemps sur une carte géographique en ligne. Pour ce faire, les participants doivent planter des bulbes de crocus sur le terrain de leur école à l’automne et attendre patiemment la floraison printanière pour transmettre leurs observations par le biais d’Internet. En 2000-2001, c'est près de 200 crocus qui ont été plantés par les petites mains des enfants de Sacré-Cœur. De quoi embaumer tout Princeville! L’école participe aussi à la campagne d’Oxfam-Québec «Un crayon, un don», qui vise à dénoncer le travail forcé des enfants dans certains pays en voie de développement.

Comme l’explique Nicole Robitaille, responsable du projet École verte Brundtland à Sacré-Cœur: «L’an dernier, nous avons choisi d’investir nos énergies à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Nous avons donc décidé de bâtir notre propre composteur. Actuellement, ce sont deux équipes d’élèves de troisième année qui gèrent quotidiennement la récupération des déchets alimentaires de la cafétéria. Les classes de maternelle fabriquent du compost avec les restes de nourriture, selon un système de «lombricompostage» (compostage avec des vers rouges). Avec l’engrais obtenu, nous faisons pousser des glands de chênes rouges et nous organisons une plantation tous les printemps.» 

Les activités de solidarité sont également très populaires à l’école Sacré-Cœur. Après l’Halloween 2000, les enfants ont divisé la quantité de bonbons qu’ils avaient recueillis en deux: une partie qu’ils ont gardée pour eux et l’autre qui a servi à remplir les bonbonnières qu’ils avaient fabriquées (avec des matériaux recyclés, évidemment!) et offertes à des enfants plus démunis de la ville. Tous les ans, les jeunes s’impliquent aussi dans des cueillettes de jouets et d'aliments non-périssables qu’ils aident à redistribuer ensuite chez les familles moins favorisées du milieu, en collaboration avec un organisme communautaire.

«Les enfants sont francs et directs. Ce sont eux qui enseignent à leurs parents et à certains professeurs les principes des thématiques environnementales et sociales véhiculées par les Écoles vertes. Et les adultes, sensibilisés et fiers des réalisations des petits, ne peuvent que se sentir interpellés par nos projets», conclut fièrement madame Robitaille.


L’école secondaire Frentette: des gestes concrets pour protéger la rivière du Nord

Sise au cœur de Saint-Jérôme, l’école secondaire Frenette est un partenaire du Réseau d’observation active de la Biosphère. En plus de son statut d’École verte Bruntdland, qu’elle a obtenu en 1996, l’école a également été nommée, deux ans plus tard, «École bleue» par la Fédération canadienne de la faune.

L‘école participe, depuis 1997, à l’initiative «J’adopte un cours d’eau», mise sur pied par la Biosphère. Celle-ci qui permet aux jeunes de mieux connaître et prendre soin de leur cours d’eau. Le projet scolaire intitulé «Rivière du Nord» est mené par une vingtaine d’élèves chaque année. Comme l’explique Éric Thibodeau, enseignant en écologie et coordonnateur du projet à l’école: «Les étudiants qui participent à «Rivière du Nord» ont une chance unique: celle de comprendre, avec un point de vue privilégié, le fonctionnement de l'écosystème de leur rivière. Pour ce faire, ils ont accès à des ressources efficaces et utilisent des méthodes qui se rapprochent de celles qui ont cours dans les entreprises de recherche, mais dans une optique et un langage s’adressant spécifiquement à eux.»

Les biologistes en herbe tiennent un site Internet dans lequel ils notent régulièrement leurs découvertes et l’évolution de leur projet. Les actions des élèves de l’école secondaire Frenette envers la belle rivière de leur coin de pays ont également été saluées en mai dernier par le gouvernement du Québec qui leur a décerné le prestigieux Phénix de l’environnement 2001, dans la catégorie éducation et sensibilisation.


Pour des lendemains qui chanteront plus juste

Commencer à faire un citoyen critique et responsable d’un bout de chou qui a fêté autant de printemps que les doigts d’une main, ce n’est pas une mince tâche. Pourtant, c’est à ce beau défi que se mesurent quotidiennement les enseignants et les animateurs pédagogiques des centaines d’écoles officiellement inscrites au mouvement des Écoles vertes Brundtland. Convaincus qu’ils sont que c’est en semant tôt le souci de la terre et des gens qu’on récoltera, dans 20 ans, les fruits d’une génération conscientisée, pour qui un monde écologique, pacifique, solidaire et démocratique ne sera peut-être pas qu’une utopie.


Pour en savoir plus:
Les Écoles vertes Brundtland
Le comité environnemental de l’école secondaire du Plateau
L’école primaire Sacré-Cœur
Le projet «Rivière du Nord» de l’école secondaire Frenette

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