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Lecture et langage vont de pair

Éducation

Parents : Documentation : Éducation : Lecture et langage vont de pair

Geneviève Lemieux, orthophoniste

Peu de sujets font autant jaser que l'apprentissage de la lecture. Normal, car la lecture, c'est aussi du langage!

On croit souvent que le langage, c'est une affaire de parole. Pourtant, le langage n'existe pas seulement dans la modalité auditive; il peut également se transmettre au moyen d'un code visuel. Le langage signé des malentendants en est un exemple, ainsi que les tableaux de communication utilisés par certaines personnes handicapées. Il en va de même pour la lecture et l'écriture qui consistent également en une représentation visuelle de la langue parlée. Lire c'est comprendre, et écrire s'exprimer, sauf qu'au lieu de le faire au moyen de sons, on utilise des symboles graphiques, soit les 26 lettres de notre alphabet.

Nous avons vu précédemment que la langue française est constituée de 36 sons distinctifs, ou phonèmes. Mais comme notre alphabet ne comporte que 26 lettres, cela nous oblige à être créatifs! Il faut alors soit utiliser des symboles supplémentaires (les accents) ou encore effectuer des regroupements de lettres afin de pouvoir représenter adéquatement tous les sons de la langue parlée. Quand on parle du décodage en lecture, c'est à cette situation que l'on réfère. En effet, la correspondance entre les phonèmes (les sons) et les graphèmes (les lettres ou groupes de lettres) a parfois l'allure d'un véritable code secret!

L'apprentissage de la lecture, tout comme celui du langage oral, se fait suivant certaines étapes et revêt donc un caractère développemental. On n'apprend pas à lire du jour au lendemain! Et en fait, l'apprentissage de la lecture commence habituellement bien avant l'entrée à l'école.

Grandir avec les livres

C'est souvent à la maison que l'enfant aura son premier contact avec les livres. Même si, chez le bébé, cet objet sert davantage à faire ses dents ou à jouer dans le bain, petit à petit le jeune enfant saisira la relation entre cet objet et l'histoire entendue. Il développera ainsi sa conscience de l'écrit, ou le fait de comprendre que des symboles visuels peuvent supporter du langage.

Le contact répété avec les livres familiarisera également le jeune enfant avec les formes du langage écrit. En effet, l'écrit possède des structures de phrases ainsi qu'un choix de vocabulaire qui lui est propre. Pourquoi en est-il ainsi? On peut identifier deux raisons principales. Premièrement, le langage écrit ne peut pas s'appuyer autant sur le contexte que le langage oral. Entre l'auteur et le lecteur, le savoir partagé, c'est-à-dire les connaissances communes qu'ont des interlocuteurs du contexte et de la situation, est pratiquement absent. Cela oblige à utiliser une forme beaucoup plus explicite de langage. Deuxièmement, le langage est davantage fixé dans sa forme écrite que dans sa forme orale puisque comme le dit si bien le dicton: «Les paroles s'envolent, les écrits restent». Autrement dit, le langage oral évolue beaucoup plus rapidement que l'écrit, ce qui fait qu'au cours des siècles, la distance entre les deux s'est constamment accrue.

Enfin, nous savons tous que les modèles reçus à la maison influencent les comportements. Il en va de même pour l'acte de lire. Le jeune enfant qui voit ses parents ou ses aînés en compagnie d'un livre, d'une revue ou d'un journal voudra éventuellement les imiter et développera ainsi une motivation à apprendre à lire lui aussi.

Les compétences langagières

Comme nous venons de voir, la lecture, c'est aussi du langage et comme telle, elle est utilisée dans un but de communication. En effet, l'objectif premier du lecteur est de comprendre un message. De bonnes habiletés de compréhension du langage sont donc essentielles à l'acte de lire. Il est évident que lorsque l'enfant en est à ses premières armes en lecture, le contenu linguistique des énoncés qu'on lui présentera sera d'un niveau inférieur à celui du langage parlé auquel il est habituellement exposé. Mais cette tendance se renversera alors que l'enfant avancera dans sa scolarisation. Au niveau du troisième cycle du primaire par exemple, les textes à lire seront plus complexes que le langage oral normalement utilisé par l'élève, autant en termes de structures de phrases que de vocabulaire. De plus, ces textes feront habituellement appel à des mécanismes de compréhension plus sophistiqués tels l'inférence (la capacité de lire entre les lignes), le sens figuré ou la déduction, ce qui complique d'autant la tâche sur le plan de la compréhension. De bonnes habiletés langagières deviennent alors essentielles à la compréhension du texte écrit.

À un niveau plus spécifique, le jeune lecteur doit également posséder une bonne conscience phonologique, ce qui lui permet de comprendre que la chaîne parlée se découpe en sons distincts. Lors de l'acte de lecture, l'enfant devra également reconnaître les symboles graphiques que sont les lettres, les regrouper de façon efficace (le an de banane ne fait pas le même son que le an de ruban) et en conserver la séquence afin de décoder le mot écrit. Ce décodage doit également s'accompagner d'une vérification constante dans le lexique interne de l'enfant, afin de repérer les possibles erreurs qui auraient pu se produire. Par exemple, l'enfant qui lit ban-ane pour banane devrait se rendre compte que ce mot n'existe pas, revenir en arrière pour décoder à nouveau et confronter son décodage aux mots présents dans son lexique. L'enfant doit donc constamment accéder au sens de ce qu'il lit, premièrement dans un but d'autocorrection tel qu'expliqué plus haut, mais également dans un but d'anticipation. En effet, l'enfant qui lit la phrase: «Le singe mange une ba…» n'aura probablement pas besoin de lire le dernier mot au complet, puisque les indices fournis par la syllabe initiale et le contexte lui permettent de déduire sans tout lire. Il ne faut pas pour autant tomber dans l'excès inverse et tenter de deviner le mot à lire à partir d'une ou deux lettres, car ce n'est que lorsque les conditions idéales sont réunies que cette anticipation est possible.

Lire: une activité complexe

La lecture est donc un acte extrêmement complexe qui exige l'activation de plusieurs fonctions linguistiques et cognitives de façon harmonieuse et coordonnée. Comme toute activité complexe, elle prend donc du temps à se développer et nécessite pour ce faire des investissements réguliers et constants. C'est un peu comme apprendre à rouler en bicyclette. Au début, même si l'enfant est placé dans une situation facilitante (roues d'entraînement), il a tout de même besoin d'un support constant de l'adulte et d'un environnement adapté (la cour d'école, par exemple). Peu à peu, l'enfant arrivera à maîtriser cette activité alors qu'il saura intégrer de façon harmonieuse sa motricité globale, sa vision ainsi que son équilibre, sans oublier son sens du jugement et de l'anticipation qui lui permettront de freiner ou de tourner au moment opportun. Mais pour passer de cet environnement protégé à une situation réelle (rouler dans la circulation), bien d'autres étapes seront nécessaires. Il en va de même pour la lecture. Cette activité nécessite l'intégrité de plusieurs habiletés, dont plusieurs seront toujours en développement au moment où l'enfant commencera à apprendre à lire. La lecture exige tout d'abord une bonne dose d'attention et de concentration, une capacité à reconnaître des symboles visuels, de bonnes habiletés de conscience phonologique ainsi que des connaissances adéquates au plan du langage. Tout un programme!

Une partie très importante du premier cycle du primaire est consacrée à l'apprentissage de la lecture. Deux années pivots que les enfants traverseront chacun à leur rythme. En effet, chaque enfant se présente au départ avec des habiletés, des expériences et des motivations différentes. L'appropriation du code écrit nécessitera beaucoup d'investissement, autant de la part de l'enfant, de l'enseignant que des parents.

Même si pour certains, ces mécanismes semblent se mettre en place presque tout seuls, ce n'est certainement pas le cas pour la majorité des enfants. L'apprentissage de la lecture demande de l'effort, de l'attention, de l'énergie et surtout, de la pratique! Pour devenir bon, il faut s'entraîner!

Et en attendant qu'il devienne un lecteur autonome, il demeure très important de continuer de lire à l'enfant. Puis, graduellement, on pourra l'intégrer dans cette lecture partagée, lui faisant lire quelques mots connus dans une page, puis une phrase, et ensuite en alternant la lecture de phrases et de paragraphes jusqu'à ce que l'enfant puisse lire tout seul. Et même à ce point, je vous suggère de lire en parallèle les lectures de votre enfant. C'est une idée qui m'a été transmise par un parent: cela permet ainsi de pouvoir discuter avec votre enfant de ce qu'il lit, de le questionner pour vérifier sa compréhension, mais surtout de développer son sens du jugement et de l'appréciation, des habiletés qui lui seront très utiles lors de son cheminement scolaire.

Il faut également garder en tête que la lecture n'est pas qu'un simple acte de décodage. Il s'agit véritablement d'une activité de communication mettant en jeu le langage dans sa forme écrite. La lecture sert différentes fonctions dans notre société et elle peut être véhiculée par différents médias dont le livre n'est qu'un exemple. Ainsi, il est souhaitable de multiplier les occasions de lire chez le lecteur débutant. Un livre ou un magazine peut de prime abord apparaître rébarbatif, mais un petit mot doux glissé dans la boîte à lunch, un message affiché sur le frigo, un courriel de grand-maman ou la responsabilité de la liste d'épicerie sont autant d'occasions d'exercer ses habiletés naissantes dans un but réel de communication, tout en proposant un défi à la mesure de l'enfant. Il faut enfin que la lecture demeure une activité amusante, puisque le plaisir, c'est bien connu, est à la base de tous les apprentissages.


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