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Reine de la Durantaye
Le syndrome Asperger a été décrit en détail dès 1944 par le psychiatre autrichien Hans Asperger. Le syndrome Asperger est une forme légère d'autisme qui fait partie des troubles envahissants du développement. On estime qu'il touche 26 personnes sur 10 000, les garçons étant beaucoup plus frappés que les filles (Gillberg & Gillberg, 1989). Le syndrome Asperger toucherait donc environ 65 000 personnes dans tout le Canada et environ 15 000 au Québec seulement.
L'autisme est un syndrome qu'on qualifiait de relativement rare il y a encore pas si longtemps mais, depuis quelques années, on remarque une très forte augmentation de cas. En Californie, le Department of Developmental Services rapporte une augmentation de 263% de personnes diagnostiquées au cours des dix dernières années; on commence à parler d'épidémie. À Autisme et troubles envahissants du développement Montréal (ATEDM), nous observons une incidence similaire sans qu'il soit possible d'obtenir des statistiques québécoises.
Caractéristiques
Causes
Histoire de cas
Besoins des parents
Recommandations
Histoire de Jacques
Histoire de Hugo
Histoire de Gérald
Ouvrages de références
De façon générale, les personnes qui en souffrent présentent un des symptômes suivants :
Leurs symptômes se manifestent de façons différentes. Chaque enfant a des besoins éducatifs différents et il n'existe pas de méthode miracle fonctionnant avec tous ces enfants.
Voici sept caractéristiques du syndrome Asperger:
Ce syndrome résulte de lésions à la partie droite du cerveau, l'hémisphère qui contrôle les émotions et qui est responsable du traitement de l'information. C'est pourquoi on pourrait dire que ces personnes sont des handicapés émotionnels. C'est donc un trouble d'origine neuro-biochimique associé à un problème génétique qui se manifeste dans les premières années de la vie. Les messages que les sens transmettent au cerveau sont mal reçus. Il en résulte une interprétation confuse de l'environnement et de la réalité. Ces problèmes peuvent être d'intensité variable et différente selon les atteintes. Le DSM IV mentionne que le syndrome se caractérise par une altération qualitative des interactions sociales et par des comportements répétitifs et stéréotypés. De façon générale, l'enfant souffrant de ce syndrome n'a pas, comme le bébé et le trottineur normal, le désir intense de communiquer par le babillage, les gestes, les mouvements, les sourires, le rire et plus tard le langage. Parfois, les jeux de stimulation ne se produisent pas chez les enfants atteints du syndrome. Parfois, ces jeux sont présents mais ils sont limités à un ou deux thèmes répétés sans variation d'une fois à l'autre. Par exemple, quand Jean-Christophe était tout petit, on avait remarqué qu'il jouait seul avec le même objet pendant des heures. Ces jeux peuvent être très élaborés mais ils sont repris de façon répétitive et n'impliquent pas d'autres enfants sauf si ceux-ci acceptent de suivre exactement le même schéma.
Les causes exactes de l'autisme et des troubles envahissants du développement ne sont pas connues. Mais les recherches s'orientent vers le fait que l'autisme serait relié à un défaut biochimique du cerveau. Les données plus récentes révèlent des lésions cérébrales spécifiques et localisées, dont l'origine peut être génétique ou plus vraisemblablement physiologique. Cette découverte soulève une question: est-ce que ce sont les lésions cérébrales qui provoquent le déséquilibre biochimique ou bien est-ce l'inverse? Ces mêmes recherches démontrent que des suppléments nutritionnels, en particulier de fortes doses de vitamine B6 et de magnésium, ainsi qu'une diète sans sucre, additifs et sans gluten améliorent l'état des enfants autistes de façon significative. Une étude réalisée en Angleterre révélait que chez plus de 90% des enfants autistes, le foie n'éliminait pas normalement les substances chimiques présentes dans l'organisme. Tout cela peut permettre de poser l'hypothèse que l'autisme est causé par l'incapacité du foie d'éliminer efficacement les toxines qui par la suite causent des dommages au cerveau. La personne Asperger aurait donc un système immunitaire plus sensible à l'environnement. Dans cette optique, les vaccins et l'administration prolongée d'antibiotiques sont aussi pointés du doigt.
L'éducation est très importante pour ces enfants qui ont le syndrome Asperger. Elle leur permet de se développer et d'acquérir les qualifications nécessaires à une vie adulte indépendante. Ces enfants possèdent des forces et des difficultés, des valeurs et des intérêts ainsi qu'une personnalité propre. Mais ils représentent un défi de taille pour les professionnels travaillant en milieux scolaires.
Plusieurs suggestions peuvent être faites pour adapter un enfant en milieu scolaire, en voici quelques-unes:
Ce sont là quelques suggestions de ce qui peut être fait pour améliorer l'intégration scolaire de ces enfants. Il faut retenir que cette intégration est possible.
En conclusion, il doit y avoir un soutien organisationnel venant de l'école afin que, entre autres, ces enfants échappent aux taquineries et aux mauvais traitements que lui attire son handicap et qu'ils puissent développer leur plein potentiel. Les progrès de ces enfants dépendent de la gravité de leurs handicaps mais aussi de la compréhension et de l'habileté de leurs professeurs.
Le diagnostic du syndrome Asperger n'est pas facile à établir. En effet, ces symptômes peuvent souvent être confondus avec ceux de différentes maladies psychiatriques. Il n'est pas rare que des diagnostics erronés soient posés, entraînant des traitements inadéquats et même nocifs. Le cas de Kim est un exemple frappant. Entre 4 et 14 ans, différents diagnostics ont plu sur sa tête. Psychiatre, psychologue et éducateur l'ont cru sourde, hyperactive et même surdouée.
Il ne faut pas sous-estimer la souffrance des Asperger. Ceux-ci sont conscients de leur handicap. Ils veulent communiquer mais ne savent pas comment. Lorsqu'ils approchent de l'adolescence, ils en souffrent énormément. Si on s'occupe de leur éducation en utilisant un programme approprié et en faisant preuve de persévérance, on peut obtenir des résultats remarquables qui leur permettront de mener une vie indépendante grâce à un emploi qui leur convient.
Chez les autistes, la psychothérapie n'est d'aucun secours. Il faut plutôt avoir recours à des techniques de rééducation qui apprennent aux Asperger à communiquer. La plupart d'entre eux sont aptes à gagner leur vie et à vivre une vie autonome à condition d'être dans un environnement stable et d'avoir près d'eux une personne de confiance qui puisse leur expliquer en tout temps ce qu'ils ne comprennent pas. Une vie régulière, même routinière, convient bien à ces personnes.
Suite à un article paru qui vantait les mérites de la psychoéducation pour les sujets Asperger, les parents de Simon décident de prendre contact avec une psychoéducatrice qui entreprend de mettre un plan de travail adapté aux besoins particuliers de l'enfant. En concertation avec les parents et le milieu scolaire, la psychoéducatrice a mis au point un «plan d'intervention personnalisé» dont voici les grandes lignes:
Pour plusieurs raisons, l'intervention a dû se limiter à deux mois. Pourtant son rapport final indique déjà des progrès importants. Certes, l'enfant a toujours de la difficulté à regarder les gens dans les yeux et à saisir vraiment ce que ressentent les autres. Mais il est infiniment plus détendu qu'avant, il prend des initiatives en matière de contacts avec les autres, il fait des blagues et rit de bon coeur avec ses pairs. Les parents ont constaté aussi la disparition totale des idées suicidaires et l'apparition de projets concernant sa vie familiale future. Il semble que la psychoéducation ait aidé au développement global de cet adolescent et ait facilité ses progrès cognitifs et socio-émotifs. Selon toutes probabilités, le travail de psychoéducation se poursuivra et, comme le recommande la psychoéducatrice, l'enfant sera aussi référé à une orthophoniste et à une ergothérapeute.
Le besoin de solitude, les petites manies ou leur très grande naïveté, si elles ne sont pas trop accentuées, peuvent donner l'impression qu'ils sont capricieux ou des originaux et que, par conséquent, les parents d'enfants Asperger n'ont pas de besoins spéciaux pour les éduquer et les intégrer. Or, cette déficience entraîne réellement une surcharge pour les parents car ce sont des personnes qui auront toujours besoin d'être rassurées sur les événements et les changements qui surviendront dans leur vie. Donc, au contraire les enfants et les parents ont des besoins spécifiques énormes en rapport à cet handicap. Pour n'en nommer que quelques-uns: ces personnes ne connaissent pas le danger, elles peuvent faire des fugues, avoir des comportements sexuels inadéquats, des enfants peuvent aller seuls dans la rue, etc. Elles ont constamment besoin d'encadrement dans leur quotidien. Avec les résultats des recherches actuelles, certains parents font suivre une diète spéciale à leur enfant pour tenter d'améliorer leur état. Les parents doivent également entreprendre des démarches pour leur intégration scolaire et pour obtenir le moindre services. Les gardiennes compétentes et fiables sont difficiles à trouver, etc. Cette déficience a vraiment un impact sur la vie familiale.
Symptômes
Ses goûts bizarres se sont manifestés très jeune. À 5 ans, par exemple, une attitude d'attraction vers des objets inusités comme les pylônes, les pédales et les tableaux de bord automobiles l'attirent sans cesse. Il développe la phobie des hauteurs, des animaux qui rampent et de tout changement à sa routine, la crainte d'aller en voiture et de connaître une panne d'essence, en même temps que des capacités exceptionnelles de mémoire pour tout ce qui se comptabilise, l'orthographe, le dessin de détails, la météo et la géographie.
Il a des intérêts inusités comme le nombre d'étages du plus haut immeuble de chaque ville, l'emplacement des établissements de chaque chaîne d'hôtels, la hauteur (en pouces, cm, pieds et mètres) des plus hautes montagnes de chaque pays, à quelle rue à Montréal on arrive à 46 degrés de latitude nord, etc. Dans ses dessins, il mettait en évidence les pylônes de télésièges. Il dessinait des plans d'écoles, d'hôtels ou de centres commerciaux qu'il créait lui-même.
Difficultés rencontrées
Il poursuit ses études primaires et secondaires en étant conscient de sa différence. Il avait de la difficulté à planifier son travail scolaire, sa mère faisait donc avec lui tout le travail qui devait être fait à la maison. Les professeurs de son école décident un jour (à l'insu de ses parents) de lui faire passer des tests de Q.I. Résultat : un Q.I. près du génie. Mais on refuse de l'aider sous prétexte que ce serait faire de " l'élitisme " à l'école. Les résultats scolaires ne sont pas trop mal mais l'énorme problème est sur le plan social. Il est toujours seul aux récréations, ne cherche pas à s'amuser avec les autres enfants et souvent les élèves se moquent de lui. Puis il développe de nombreux tics : il se passe une feuille de papier dans la figure, touche les surfaces avec la paume et le revers des mains, se touche les chevilles et porte ses genoux à son menton tout en marchant. Il a aussi l'habitude de rire tout seul en pensant à des objets banals comme un bouton de tourne-disque. Le moindre changement à sa routine le contrarie et le fait parfois même paniquer.
Services reçus
Le personnel de l'école ne comprenait pas les causes de son comportement et ne cherchait pas à lui venir en aide. Ses parents ont consulté de nombreux médecins, pédiatres et quelques «psys» qui n'ont jamais porté un diagnostic autre que «votre enfant est différent, il faut l'accepter comme il est». Ce qu'ils ont fait en respectant cette différence qu'ils n'arrivaient pas à s'expliquer. Mais ils n'ont jamais cessé de chercher.
À force d'encouragements et de patience de la part de ceux qui l'aimaient, et surtout des efforts déployés par Hugo, il termine son cégep en sciences pures et obtient un Bac en architecture. Il fait même un an d'études à l'Université de Montpellier en France puis remporte un prix d'architecture d'un concours à Paris.
Intégration sur le marché du travail
Il fait un stage de 6 semaines dans un bureau d'architecture puis un autre de 2 mois qu'il vient tout juste de terminer. L'employeur prétend qu'il doit mettre fin à son travail par manque de contrat. Il est donc présentement en recherche d'emploi, ce qui n'est pas facile non plus. Il vit en appartement, conduit sa propre voiture.
Identification du syndrome
Il vient d'apprendre, à 25 ans qu'il a le syndrome Asperger suite à la lecture par sa mère d'un article intitulé «le syndrome du petit génie» et qui portait sur Georges Huard dans la revue l'Actualité de mai 1999. Elle a reconnu son fils dans ce portrait qu'on y faisait. Cela ne règle pas les inconvénients liés à ce syndrome mais au moins Hugo peut maintenant mettre un nom sur sa différence.
C'est une triste évidence que dans son cas aussi le syndrome Asperger n'a pas été identifié. Aucun professionnel, qu'il soit pédiatre, médecin ou psychologue, n'avait jusqu'ici réussi à identifier formellement les causes du comportement particulier du jeune homme dû au fait qu'aucun ne connaît vraiment l'autisme et les troubles envahissants du développement au Québec. Le milieu médical, entre autres, doit comprendre que les services adéquats, spécifiques et les interventions appropriées découlent d'un diagnostic juste et précis. Il y a eu aussi des lacunes sur le plan scolaire. Aucun support du personnel enseignant, aucun service, aucune intervention. De plus, on constate bien que l'intégration sur le marché du travail est difficile. Ils n'ont que des emplois précaires et ont de la difficulté à se maintenir en emploi.
Je suis interné, pour quelques mois, au Centre Prévost (un centre pour jeunes en difficultés) où je suis suivi par un psychiatre qui me donne des médicaments pour l'anxiété. Mais le traitement ne fonctionne pas. À la sortie du centre, je fais deux années d'études dans une école de rattrapage scolaire mais je me fais expulser dû à mes nombreux retards. À 20 ans, je prends un appartement. À 21 ans, je décide de cesser d'aller à l'école.
Depuis 1992, sur une période de 3 ans et demie, je passe d'un spécialiste à un autre : travailleurs sociaux, psychologues, psychiatres et chacun y va de son commentaire : marginal, difficultés relationnelles et autres choses du genre. En 1996, un psychiatre me prescrit des antidépresseurs, le traitement s'avère encore inefficace. En 1997, je fais une gastro-entérite. Plus tard, on me prescrit d'autres antidépresseurs, le traitement fonctionne mieux car il diminue mes obsessions et mes tendances dépressives et augmente ma concentration. Ce même psychiatre trouve par la suite, par hasard, des articles sur le syndrome Asperger. À l'automne 1997, après 7 mois de consultation auprès de ce psychiatre, j'obtiens le diagnostic du syndrome Asperger.
Par la suite, à la suggestion de mon psychiatre, je fais une demande à la Sécurité du revenu. Mais là encore, les procédures ne sont pas simples. Selon leurs critères, toutes personnes ayant des limitations fonctionnelles peuvent bénéficier d'une compensation. Les personnes vivant avec le syndrome Asperger doivent prouver, diagnostic à l'appui, qu'elles sont limitées dans ce sens. Or, le syndrome Asperger n'étant pas connu et reconnu et, étant donné le peu de spécialistes existants pour établir le diagnostic, beaucoup de personnes Asperger ne bénéficient pas de cette compensation. J'ai pu, par le diagnostic de mon psychiatre, l'obtenir.
Je trouve que je fais depuis des progrès à plusieurs niveaux. En janvier 2000, je prévois reprendre mes études pour compléter mon secondaire.
Les lacunes à ressortir concernant l'histoire de Gérald se situent d'abord au niveau de l'évaluation. Dès sa tendre enfance, il vit des difficultés dont la source n'a pas été identifiée. Conséquemment, il a eu des problèmes scolaires où aucune prévention ou approche n'a été faite. Le milieu médical n'a pas su non plus reconnaître ses traits autistes tout en le bourrant de médicaments. Aucune prise en charge n'a été faite à son égard. Par conséquent, son état se détériorait. Ce qu'on doit retenir ici, c'est qu'il peut y avoir de graves conséquences sur la qualité de vie d'un jeune si le syndrome Asperger n'est pas identifié. D'où l'importance de promouvoir de l'information et de la sensibilisation sur le sujet.
Reine de la Durantaye est agente de liaison pour ATEDM. La supervision de ce texte a été confiée à Carmen Lahaie. Les histoires de cas proviennent de cas vécu de membres participants aux rencontres de groupe Asperger à ATEDM à l'exception de l'histoire de Simon qui est un témoignage de parents. L’auteure a interviewé ces personnes à l'automne 1999.