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Le style d'intervention démocratique

Service de garde

Parents : Documentation : Service de garde : Le style d'intervention démocratique

Guylaine Laforte

photo Jocelyne H.Guérin

Avec l’environnement organisé et l’horaire des activités, le style d’intervention démocratique représente l’une des trois composantes de la pédagogie ouverte.

Mettre en place une pédagogie ouverte, c’est favoriser l’appren-
tissage actif

En pédagogie ouverte, l’objectif fondamental de toutes les énergies investies, que ce soit sur le plan de l’aménagement, de l’horaire ou du style d’intervention, vise à permettre l’apprentissage actif. Selon cette conception, on considère que l’enfant possède en lui le potentiel nécessaire à ses apprentissages et que pour les réaliser, il doit y prendre une part active, principalement, en manipulant et en explorant le matériel de son environnement. Pour les jeunes enfants, le jeu constitue le moteur de leurs apprentissages.

En tant qu’éducatrice, comprendre et intégrer le concept d’apprentissage actif dans son quotidien est essentiel pour arriver à la pratique d’un style d’intervention démocratique puisqu’il sert de moteur à toutes les interventions. En fait, il implique une conception originale du rôle de l’éducatrice : celui de metteure en scène d’un environnement riche, stimulant et chaleureux, dans lequel l’enfant peut réaliser, à son rythme et selon ses goûts, ses propres apprentissages.

La liberté de choisir

Dans un tel contexte, la contribution de l’éducatrice est très élevée, contrairement à ce que plusieurs peuvent penser. En fait, sa contribution est proportionnelle à celle demandée à l’enfant. On dit que son rôle est interventionniste, ce qui signifie qu’elle consacre une grande partie de ses énergies à concevoir le matériel pédagogique, à organiser l’environnement, à observer les enfants dans leurs jeux, à être à l’écoute de leurs besoins et à les soutenir dans leurs apprentissages. En leur offrant la liberté de choisir plusieurs fois pendant la journée, notamment pendant les routines et les activités, elle partage le pouvoir avec les enfants et démontre ainsi non seulement sa capacité de pratiquer un style d’intervention démocratique mais aussi une grande sensibilité à soutenir la formation de leur estime de soi.

En pédagogie ouverte, l’aménagement des lieux et l’horaire sont donc intimement liés à la pratique d’un style d’intervention, l’aménagement doit être réalisé, le plus possible, en collaboration avec les enfants. Ainsi, à chaque fois que cela est nécessaire, les enfants seront invités à donner leurs idées quant à la disposition des meubles et du matériel, à formuler ensemble, avec le soutien de l’éducatrice, un projet d’aménagement et à mettre la main à la pâte pour sa concrétisation. Le résultat de cette façon de procéder : un environnement ouvert et chaleureux dans lequel l’enfant aura le goût de vivre et d’apprendre.

Il en va de même pour l’établissement de l’horaire quotidien qui, pour refléter un style d’intervention démocratique, doit présenter un équilibre entre les activités où l’éducatrice détient le pouvoir (les activités en petit groupe, les routines, etc.) et celles où elle le partage avec les enfants (période des ateliers, jeux libres, etc.). La traditionnelle causerie matinale représente un moment privilégié pour décider ensemble, à partir des moments de vie comme les collations et le dîner, quand auront lieu les autres activités : les ateliers, les jeux à l’extérieur, l’activité en petit groupe, notamment. Bien sûr, pour être véritablement démocratique, il importe que l’éducatrice soit sensible au changement d’intérêt suscité par une activité ou un événement extraordinaire et accepte de modifier l’horaire en conséquence.

Des expériences stimulantes

Ces pratiques démocratiques font vivre aux enfants des quantités impressionnantes de nouvelles expériences reliées à toutes les sphères de leur développement. Elles favorisent le développement du langage, la coopération, la résolution de problèmes, les habiletés psychomotrices, les capacités à s’orienter dans le temps et l’espace, etc. De plus, parce qu’elles partent des intérêts des enfants, elles garantissent la qualité de leur participation.

Une éducatrice démocratique répond aux besoins socio-affectifs des jeunes enfants et soutient le développement de leur estime de soi.

photo Louise Condrain

Plusieurs auteurs contemporains, dont Mia Kellmer Pringle, situent les besoins de base des jeunes enfants du côté socio-affectif, d’où l’importance d’accorder une attention particulière à tout ce qui touche le développement de l’estime de soi. Par surcroît, il semblerait que la volonté d’apprendre soit fortement reliée à la qualité des rapports humains qui sont établis avec lui dès le début de sa vie. Ainsi donc, l’éducatrice qui veille, dans tous les moments vécus avec les enfants, à tisser des liens affectifs avec eux démontre non seulement la pratique d’un style d’intervention démocratique mais favorise aussi leur attention et leur intérêt à respecter les consignes.

Or, pour tisser des liens affectifs et favoriser le développement de l’estime de soi, la mise en place de conditions permettant à l’éducatrice de vivre des relations d’intimité avec les enfants, malgré le contexte de vie collective, est essentielle. Pour ce faire, il importe d’identifier clairement dans le programme de la journée les moments où elle pourra établir une relation un à un avec chacun des enfants. La présence quotidienne de ces moments en dyade crée l’intimité nécessaire à l’établissement de liens affectifs avec les enfants : un bonjour chaleureux à l’accueil, une caresse sur la tête lors de la collation, un encouragement lors d’une activité. Pour s’assurer de cette présence quotidienne, l’utilisation d’un tableau sur lequel l’éducatrice note rapidement les dyades vécues avec chacun des enfants constitue un outil aussi indispensable que pratique.

Être démocratique, c’est répondre aux besoins des enfants

Veiller à répondre aux besoins socio-affectifs des jeunes enfants et développer avec eux des liens affectifs sincères, c’est faire preuve d’une grande implication chaleureuse. Pour l’éducatrice, cela implique de démontrer un amour inconditionnel envers tous les enfants. Jamais ne doit-elle faire sentir à un enfant qu’elle ne l’aime pas. Si, à la suite d’un surplus de fatigue ou autre - après tout, les éducatrices sont humaines et heureusement imparfaites – celle-ci s’échappe à formuler des paroles blessantes, elle doit alors récupérer la situation et utiliser ce merveilleux outil que représentent les excuses et recréer avec lui une communication harmonieuse.

Il faut savoir que refuser d’accueillir un enfant tel qu’il est, c’est l’entraîner vers la frustration et la non-coopération. D’ailleurs, pour Thomas Gordon, auteur de la célèbre méthode Parents-efficaces, l’acceptation inconditionnelle de la personnalité d’un enfant constitue l’attitude aidante fondamentale, la seule qui puisse l’amener à changer, à être capable de résoudre ses problèmes, à se fortifier psychologiquement et à augmenter sa capacité d’apprendre. Pour lui, il s’agit là d’un des magnifiques paradoxes de la nature humaine : à partir du moment où une personne sait qu’elle est acceptée telle qu’elle est, elle se sent libérée et disposée à penser à ce qu’elle souhaite devenir et à développer toutes ses potentialités.

Dans les faits, l’acceptation peut se vivre dans l’établissement de limites et le respect d’un certain nombre de consignes, dont la sécurité et l’harmonie du groupe. Selon Gordon, il existe trois types d’intervention qui servent à montrer aux enfants qu’on les accepte : la non-intervention, l’écoute passive et attentive et l’écoute active. À la base, pour refléter réellement les valeurs qu’elles sous-entendent ces interventions doivent être motivées par un désir sincère de mieux comprendre l’enfant et se traduire par des attitudes d’accueil et d’ouverture face à ses messages.

La non-intervention

La non-intervention est utile dans certaines situations où il vaut mieux laisser les enfants trouver leurs propres solutions; les tout-petits reçoivent ainsi un message de confiance en leurs capacités et une volonté de respecter leurs préférences. Elle est utile dans le cas d’un enfant qui réalise une construction originale avec des matériaux inusités.

L’écoute passive et attentive

L’écoute passive et attentive représente la deuxième manière d’intervenir. Elle consiste à se montrer attentive à l’expression des sentiments de l’enfant, à maintenir un contact visuel et une proximité physique avec lui tout en demeurant silencieuse et en refrénant les sentiments que ses propos suscitent en nous. Elle peut être fort appropriée dans les situations de petits conflits entre enfants où l’éducatrice demeure attentive aux discussions tout en leur laissant la possibilité de régler d’abord leurs problèmes par eux-mêmes. D’ailleurs, selon Lilian G. Katz, présidente de la National Association for the Education of Young Children (NAEYC), lors de conflit, la non-intervention demeure la première – et très souvent la dernière – étape de l’intervention : «il vaut mieux commencer par laisser les enfants régler eux-mêmes leurs différends, ce qui développe leur autonomie et leur permet d’acquérir les outils et les habiletés nécessaires pour résoudre les situations conflictuelles », affirme-t-elle.

L’écoute active

Enfin, l’écoute active est une technique qui a fait ses preuves dans le domaine de la relation d’aide. Elle implique que l’éducatrice cherche avant tout à comprendre ce que l’enfant veut lui communiquer, en l’écoutant attentivement d’abord et en reformulant son message ensuite, dans ses propres mots, afin de vérifier sa compréhension. En employant cette méthode sans critique et sans jugement, l’éducatrice communique à l’enfant qu’elle le comprend et l’accepte. Ainsi, elle augmente ses capacités de développer de l’empathie pour les autres. Dans ce sens, chaque conflit vécu par l’enfant doit être considéré comme une occasion nouvelle de développer ses habiletés sociales.

Des guides de fonctionnement

photo Raymond Morin

Dans un centre de la petite enfance où les besoins socio-affectifs sont prédominants, on cherche à maintenir la plus grande stabilité possible chez le personnel et dans les groupes d’enfants. Les enfants changent donc le moins possible de groupe en cours d’année et les éducatrice demeurent dans leurs groupes. Cependant, comme il existe de plus en plus de CPE où les éducatrices profitent de l’horaire de quatre jours, et parce que celles-ci présentent un fort taux de natalité, il est devenu impératif de structurer le travail du personnel remplaçant. Pour ce faire, la production de guides de fonctionnement et l’intégration des nouvelles personnes auprès des enfants et de l’équipe s’avèrent essentielles. Il s’agit là, pour le centre de la petite enfance, d’un gage de cohérence pédagogique qui contribue à rendre le quotidien plus harmonieux. En conservant leurs points de repère, les enfants expriment moins de colère et de frustration, tandis que les éducatrices peuvent travailler en s’appuyant sur un cadre solide.

Le style d’intervention démocratique décrit jusqu’à maintenant traduit donc une double volonté: répondre aux besoins socio-affectifs des enfants et favoriser le développement de leur estime de soi. C’est ce qu’on appelle l’implication chaleureuse de l’éducatrice. Cependant, selon Sonia Cloutier, qui a étudié le sujet dans un mémoire de maîtrise déposé à l’Université Laval en 1996, pour toute essentielle qu’elle soit, l’implication chaleureuse ne suffit pas à refléter un style d’intervention démocratique. En effet, une relation affective de qualité doit toujours se vivre en ayant en tête d’offrir aux enfants toutes les chances de développer leur autonomie. Voilà pourquoi l’implication chaleureuse, pour permettre un développement global harmonieux, doit s’accompagner de trois autres façons d’intervenir : la clarté de communication, le contrôle et les demandes de maturité. Toutes présentes à de hauts niveaux, ces quatre façons d’intervenir sont nécessaires pour signaler la présence d’un véritable style d’intervention démocratique.

La clarté de la communication

La clarté de la communication vient soutenir l’implication chaleureuse. Elle implique que l’éducatrice soit capable autant de s’exprimer en employant le message JE que de pratiquer l’écoute active et la résolution de problèmes avec les enfants. Ainsi, une éducatrice qui présente une haute clarté de communication explique les raisons des consignes à l’enfant, sollicite son opinion lorsqu’elle prend une décision et s’informe de ses sentiments. Elle ne prend jamais pour acquis que l’enfant comprend automatiquement pourquoi elle lui demande de fonctionner selon certaines normes. De plus, elle choisit toujours de s’assurer de bien comprendre ses motivations, même dans les cas d’enfants plus difficiles.

S’enquérir de leurs sentiments, renforcer ceux qui sont positifs, connaître leurs intérêts et voir avec quels enfants du groupe ils pourraient les partager constituent autant de moyens qui permettent à l’éducatrice d’établir une relation de confiance avec eux. Une intervention qui part de l’enfant, douce mais ferme, a beaucoup plus de chances d’amener un enfant récalcitrant à adopter un modèle de comportement positif qu’une intervention répressive.

Un contrôle démocratique

En veillant à établir une haute clarté de communication avec l’enfant, elle tente de l’amener à ajuster ses comportements à certains standards nécessaires à la sécurité et l’harmonie dans le groupe, elle assure un contrôle sur lui. Non pas un contrôle qui consiste à tout décider à sa place en employant le pouvoir que lui confère son statut d’adulte, mais un contrôle démocratique qui fait appel à ses capacités à apprendre et à comprendre pourquoi elle lui demande d’agir d’une telle façon. Cette forme de contrôle est basée sur la volonté d’influencer plutôt que sur le désir d’exercer son pouvoir autoritaire. En nommant et en expliquant les règles, en demandant à l’enfant s’il a répondu à la consigne, l’éducatrice s’assure de pratiquer cette forme de contrôle.

Les demandes de maturité

Les demandes de maturité constituent la quatrième et dernière façon d’intervenir démocratiquement. Elles misent non seulement sur les capacités de l’enfant à concrétiser ses idées et à résoudre ses problèmes mais visent également l’acquisition de nouveaux apprentissages. Pour ce faire, l’éducatrice veillera le plus possible à remettre aux enfants la responsabilité de mener à bien leur désir. Elle leur donnera des responsabilités et les encouragera à développer leur autonomie. Combinées avec l’implication chaleureuse, la clarté de la communication et le contrôle, les demandes de maturité complètent le cercle illustrant le style d’intervention démocratique. Parce qu’elles stimulent l’enfant à mener de lui-même ses propres entreprises, elles sont essentielles à son développement global.

Le style d’intervention démocratique constitue le cœur de l’application d’une pédagogie ouverte. Il favorise l’installation d’un climat harmonieux, propice aux échanges positifs et permet un développement global aussi gratifiant pour l’enfant que pour l’éducatrice. C’est ce qui lui vaut aujourd’hui d’être considéré comme le modèle à suivre et, pourquoi pas, l’idéal à atteindre! Et cela, même s’il demeure difficile à mettre en pratique dans tous les contextes de vie avec les enfants.

L’auteure est coordonnatrice de formation et pédagogie au Regroupement des centres de la petite enfance de l’île de Montréal (RCPEÎM).

Ce texte est tiré de la revue «Zéro six» publiée par le Regroupement des centres de la petite enfance de l'île de Montréal, Hiver 1998, volume 13, numéro 1

Le contenu de ce texte a été inspiré par les travaux de Sonia Cloutier, professeure au Cégep Notre-Dame-de-Foy. Le style d'intervention démocratique faisant l'objet de son mémoire de maîtrise en éducation.

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