Le marché du cédérom pour enfants au Québec
Vie de famille
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Guylaine Fortin
Selon des sondages effectués l'automne dernier, les familles québécoises possèdent en moyenne 11 cédéroms. De ce nombre, on relève 4,2 produits en français dont seulement 1,6 de conception québécoise. Si le prix moyen d'un cédérom est de 40$, cela représente un marché de près de 100 millions de dollars, que pourraient s'approprier les producteurs d'ici. Encourageant, non?
Mais les chiffres ne disent pas tout. Parmi ces onze titres, combien ont réellement été achetés? La plupart des ordinateurs sont maintenant livrés avec quelques cédéroms au moment de l'achat. De nombreuses publications spécialisées insèrent des produits en promotion dans leurs pages. Et puis, quelle est la nature de ces cédéroms que les familles québécoises acquièrent? S'agit-il d'utilitaires, d'outils de référence, de jeux, d'applications pédagogiques?
La réponse de Samuel Rosenberg, des magasins Future, est catégorique: «les cédéroms de jeux sont les plus populaires». Loin derrière, viennent ensuite les utilitaires (antivirus, mises à niveau, etc.), puis les outils de référence...
Les études approfondies sur le marché du multimédia au Québec demeurent toutefois inexistantes et les éditeurs ont pris l'habitude de se fier à leur intuition. Les best-sellers québécois sont rarissimes et le nombre de copies vendues dépassent rarement 500 pour chaque titre. Résultat: les magasins débordent de titres qui ne trouveront jamais preneurs. Des ouvrages souvent magnifiques, qui ont coûté une petite fortune à produire, mais dont personne ne veut se porter acquéreur.
Mais il y a des exceptions. Prenons, par exemple, le cas d'Adibou, (maternelle 4-5 ans); un grand succès de l'édition multimédia en France. L'excellente adaptation québécoise, réalisée par I.C.E. Multimédia, et disponible sur le marché depuis 2 mois, s'est déjà écoulée à 22 000 exemplaires. Il s'agit de données préliminaires, mais selon Bernard Rollin, «les ventes devraient se poursuivre pour atteindre un chiffre record de 40 000 copies, car Adibou vient de se classer en deuxième position dans la liste des 10 meilleurs titres à acheter selon les commissions scolaires du Québec». Juste devant? L'encyclopédie Encarta, un outil de référence produit par Microsoft, qui a connu une large diffusion au Québec comme ailleurs.
Outre le montant annuel alloué par le ministère de l'Éducation pour l'achat des appareils, les écoles primaires du Québec disposent d'un budget informatique moyen d'environ 5000$. Ce montant, puisé à même le budget de fonctionnement, est établi à la discrétion de chaque école. Cependant, 3% de cette somme doit être alloué à la formation des enseignants, 7% au REAPO (ressource enseignante en application pédagogique à l'ordinateur), et 10% à l'achat de logiciels éducatifs. Enfin, moins du tiers des titres achetés par les écoles sont produits au Québec.
Du côté du ministère de l'Éducation, on reconnaît qu'il y a une certaine urgence à produire davantage de matériel québécois. Un budget annuel de 400 000$ sera consacré, pour les cinq prochaines années, au soutien à la création de matériel didactique informatisé. On entend par là aussi bien les didacticiels que le matériel multimédia, les contenus pédagogiques et didactiques élaborés pour l'autoroute de l'information. Mais le problème avec le milieu scolaire, c'est que les conditions pour bien intégrer ces nouveaux outils pédagogiques à l'enseignement ne sont pas souvent réunies.
Martine Rolland, animatrice du CEMIS (Centre d'enrichissement en micro-informatique scolaire) de l'école Horizon-Soleil à Saint-Eustache, déclare, pour sa part, que la situation est très différente d'une école à l'autre. «Chez nous, les conditions sont très favorables à l'utilisation de l'ordinateur avec les enfants, mais dans d'autres écoles, c'est encore très difficile. Nous avons acheté une bonne trentaine de titres cette année. Nous utilisons aussi Internet, mais davantage au deuxième cycle du primaire».
Si l'achat des titres demeurent à la discrétion de chaque école, le ministère propose néanmoins une banque de titres évalués pour guider les responsables de la sélection. Petit à petit, l'ordinateur gagne du terrain et des adeptes dans le milieu scolaire. Les enfants qui ont la chance d'expérimenter ces nouvelles formes d'apprentissage, eux, adorent et en redemandent! Cédéroms, didacticiels, Internet, ce sont là des voies d'avenir vers de nouvelles pratiques pédagogiques. Le défi des prochaines années sera de généraliser l'utilisation de ces nouveaux outils et surtout, d'apprendre à les exploiter efficacement en classe. Et puis, plus économique que les cédéroms, Internet s'emparera-t-il du marché en offrant de plus en plus de contenus ludo-éducatifs adaptés aux besoins des jeunes du préscolaire et du primaire? Rien ne laisse croire que le cédérom perdra du terrain, bien au contraire. Au rythme où les classes et les familles québécoises s'informatisent, il y a fort à parier que le marché du cédérom connaîtra bientôt ses plus importantes poussées de croissance.