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Natacha Veilleux
Tout produit animal (viande, lait, uf) dans lassiette dune femme qui allaite peut contenir des résidus de substances chimiques susceptibles dêtre transmis au nourrisson. «Les animaux délevage reçoivent des anabolisants et des antibiotiques qui se retrouvent ensuite dans le lait maternel mais en très faibles quantités. Ce ne sont que des traces», dit Thierry Le Bricon, étudiant de deuxième cycle en santé environnementale et santé au travail. Il sest penché sur les risques de contamination du lait maternel par des substances chimiques provenant dengrais, de polluants industriels ou encore dantibiotiques présents dans des aliments dorigine animale.
Depuis plusieurs années, des règlementations ont été mises en place pour protéger la santé des consommateurs canadiens. Santé Canada a ainsi fixé un délai dattente obligatoire entre le moment où lanimal de boucherie reçoit un traitement médicamenteux et celui où il est emmené à labattoir, ce qui permet de limiter la présence de résidus potentiellement toxiques dans les aliments. LAgence canadienne dinspection des aliments effectue également des contrôles périodiques sur les aliments. Ceux qui ne respectent pas les normes établies ne se rendent pas jusquaux marchés dalimentation.
Le lait maternel des mères végétariennes semble moins contaminé par des substances chimiques que celui des autres femmes. «La concentration de produits chimiques dans le lait maternel des végétariennes est plus faible que dans celui des femmes qui mangent de la viande, commente létudiant. En effet, les fruits et les légumes (notamment sils sont biologiques ou sils sont lavés) sont en général moins contaminés par les substances chimiques que les produits animaux et leurs dérivés.»
Le spécialiste préconise déviter les cuissons au barbecue, car les viandes brulées contiennent des substances toxiques de combustion comme les hydrocarbures aromatiques polycycliques, qui peuvent se retrouver par la suite dans le lait maternel.
Les effets bénéfiques de lallaitement maternel surpassent largement les effets néfastes, soutient le pharmacien dorigine française. «Les avantages de lallaitement maternel sont nombreux, autant pour lenfant, moins sujet à contracter des otites et à avoir la diarrhée ou encore à présenter des allergies, que pour la mère (reminéralisation osseuse, diminution du risque de cancer de lovaire). Alors, pourquoi sen priver?»
Sur le territoire québécois, les populations les plus exposées aux substances toxiques sont les Inuits du Grand Nord ainsi que les familles vivant en milieu agricole. Le lait des femmes inuites peut être contaminé par divers produits toxiques comme les biphényles polychlorés ou le méthylmercure, présents dans lenvironnement et dans la chaine alimentaire traditionnelle de ce peuple. «Même dans les populations les plus exposées, tous les scientifiques recommandent de maintenir lallaitement maternel.»
Reconnaissant les bienfaits de lallaitement, le gouvernement du Québec a mis en uvre plusieurs stratégies dont une semaine de lallaitement, qui se tient en octobre. Le ministère de la Santé et des Services sociaux sest donné comme objectif pour 2007 que 85% des femmes allaitent durant les premiers jours après laccouchement, 60% après quatre mois et 50% six mois après larrivée du bébé. Lobjectif est aujourdhui presque atteint, mais, lallaitement exclusif (nourrir son enfant uniquement au sein) étant très contraignant, il faut spécifier que ces chiffres concernent lallaitement mixte (cest-à-dire combiné avec lallaitement au biberon). À ce sujet, M. Le Bricon signale que seulement 7% des femmes québécoises nourrissent encore leur bébé exclusivement au sein six mois après laccouchement (données de 2005-2006).
Afin de déterminer le degré dexposition à certaines substances chimiques, les spécialistes utilisent le lait maternel comme marqueur dexposition, car il est à la fois facile à obtenir et peu couteux. Toutefois, il ne faut pas confondre la présence dun contaminant et ses éventuelles répercussions sur notre santé. «Ce nest pas parce quune substance est dangereuse quil y a un risque pour vous ou pour votre enfant. Ce qui compte, cest la dose à laquelle vous êtes exposés», fait remarquer le chercheur.
Les enfants de familles installées en milieu rural qui sont nourris avec des substituts du lait reconstitués à partir de leau dun puits restent toujours à risque dintoxication par des nitrates. Cependant, les nourrissons allaités sont protégés, car les nitrites (produits toxiques des nitrates) ne passent pas la barrière de protection naturelle entre la mère et lenfant. Par contre, un bébé nourri au biberon avec de leau contaminée risque de tomber malade.
Source: Forum, Université de Montréal