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Duane Seibel
Lorsque j'enseigne aux intervenantes auprès des enfants d'âge scolaire, je commence par leur demander de réfléchir à ce qu'elles trouvaient amusant quand elles avaient elles-mêmes cet âge. Certains d'entre nous ont plus de difficulté que d'autres à se souvenir de leurs aventures de jeunesse. Toutefois, si on la laisse agir, la mémoire nous revient. Qui ne se souvient pas de la joie causée par la magie du jeu lorsque nous laissions libre cours à notre imagination. Je me souviens, lorsque j'étais enfant, des longues heures passées à jouer sans surveillance où inévitablement j'assumais différents rôles et où je changeais de nom et d'occupation. Tantôt j'étais chef cuisinier, et j'inventais des recettes extraordinaires à partir de boue et de condiments, tantôt j'étais chasseur et je traquais des animaux sauvages et tantôt, au volant d'un bélier mécanique, je déplaçais des montagnes de saleté. Toutes ces aventures me faisaient vivre des moments sublimes d'émotion sans autre effort que de jouer dans ma cour ou de m'asseoir sur un siège de tondeuse à gazon.
Les enfants dont nous avons la garde ont le même besoin que nous d'explorer leur univers en jouant différents rôles. Malheureusement, l'extraordinaire instinct théâtral de nos enfants est aujourd'hui muselé par la télévision, les jeux vidéo et, jusqu'à un certain point, les ordinateurs. Les enfants sont aussi bombardés de messages qui leur disent ce qui est «cool» ou ce qui est acceptable. Ces messages leur sont transmis par les médias et par leurs camarades. Contrairement à leurs premières années d'existence, les enfants d'âge scolaire sont très sensibles aux indices qu'ils perçoivent chez leurs camarades et ils commencent à élaborer des normes d'acceptation et de rejet qu'ils conserveront jusqu'à l'adolescence (Bee, 1995). Les enfants sont de plus en plus aux aguets des normes régissant l'usage de la langue, des vêtements et du jeu. C'est à nous, les intervenantes, qu'il revient de donner à ces enfants l'occasion de faire leurs propres mises en scène et de laisser de côté certaines des images qui leur sont imposées. Nous devons créer un environnement permissif dans lequel chaque enfant peut s'adonner librement à l'art de la mise en scène.
Nous savons que durant cette période (de 6 à 12 ans), les enfants grandissent plus lentement, mais aussi qu'ils deviennent plus adroits dans les tâches physiques. Ils se développent aussi rapidement sur le plan cognitif et émotif. Par conséquent, il leur faut des activités stimulantes, adaptées à leur âge.
Le développement cognitif et social revêt une grande importance dans le contexte de l'expression théâtrale. Sur le plan cognitif, à l'âge de sept ou huit ans, les enfants développent la capacité de comprendre les principes de la logique. Cette découverte a une incidence profonde sur leur compréhension du monde, des rôles sociaux et de leur place dans la société. Les signes de leur croissance se manifestent par une capacité accrue de conceptualiser des situations abstraites, de comprendre comment le monde fonctionne et l'effet de leur comportement sur les autres et, surtout, d'utiliser la langue pour faire part de leurs apprentissages. Durant cette période, les enfants commencent à s'intéresser aux mots, aux jeux de mots, aux calembours et aux devinettes. De telles compétences linguistiques se développeront grâce au jeu théâtral.
Socialement, les enfants d'âge scolaire sont aux prises avec ce qu'Erkison décrit comme la crise du savoir et de l'infériorité. À ce stade, ils sentent soit qu'ils sont capables d'agir ou qu'ils sont impuissants à accomplir diverses tâches. Le système scolaire peut avoir un effet sur le développement d'une image de soi positive ou négative. La personne qui s'occupe de ces enfants peut renforcer les concepts positifs et lutter contre les concepts négatifs imprégnés dans le système.
Les camarades jouent un rôle important dans la socialisation des enfants d'âge scolaire. Les pairs ont des intérêts communs et sont une source d'aide et de loyauté. Inversement, les parents prennent de moins en moins de place dans la vie des enfants qui commencent à se distancier de la maison et à se tourner vers l'extérieur. La socialisation se produit dans des milieux sociaux comme l'école ou durant des activités organisées (p. ex., le base-ball et la gymnastique) et, de plus en plus, dans des centres d'accueil pour enfants d'âge scolaire.
Plus l'enfant grandit, et plus se développent ses aptitudes cognitives et sociales. Le théâtre fournit aux enfants d'excellentes occasions d'expérimentation et de croissance. Il est aisé, à ce stade, de tenir compte de la croissance physique des enfants et de leur donner l'occasion de pratiquer des sports de plus en plus exigeants à l'extérieur. Mais il nous faut aussi créer des programmes adaptés à l'âge des enfants dans les milieux où on les accueille, comme le reconnaissent les auteurs qui se penchent sur la question (Albrecht, 1990; Bender, Schuyler-Hass Elder & Flatter, 1984; McDonell, 1993; Musson, 1993).
Steve Musson (1994) laisse entendre qu'il nous faut créer des espaces séparés dans les centres d'accueil pour les enfants d'âge scolaire en vue d'encourager différents genres d'activités. Il cite des recherches qui montrent que les enfants qui évoluent «dans une grande pièce subdivisée en petits secteurs d'activité affichent un pourcentage beaucoup plus élevé d'interaction avec leurs camarades et s'engagent beaucoup plus dans des jeux fantaisistes et des jeux coopératifs que ceux qui sont placés dans une salle de même taille, mais sans partitions.» (Field, 1980).
La fin de semaine dernière, mon fils de huit ans, Josh, avait invité son ami Jonah à la maison. Le temps d'une soirée et d'une matinée, et ils avaient construit un détecteur de fantômes avec des fils de fer, une batterie et un petit moteur électrique; ils étaient allés faire de la spéléologie avec une lampe de poche dans la penderie au sous-sol; ils s'étaient habillés comme des super héros et ils avaient inventé un jeu de requin auquel participait la petite sœur de trois ans de Josh (elle était la victime).
Toutes ces activités étaient spontanées, mues de l'intérieur, et elles illustraient un usage créatif du temps. Comme parent, mon seul rôle était de veiller au respect des normes de sécurité. C'est une fin de semaine dont Josh parlera tout le mois parce qu'elle lui a offert l'occasion de créer des mises en scène théâtrales.
Une fois les espaces aménagés, les intervenants doivent déterminer le genre de matériel à disposer à l'endroit où il est le plus probable que s'organise un jeu théâtral. Selon Sisson (1990), «les mises en scène se produisent presque toujours spontanément chez les enfants. Le personnel n'a d'autre tâche que de leur fournir quelques accessoires de base, et l'imagination fait le reste.» En un mot, donnez-leur les outils, et ils joueront.
Bender, Schuyler-Hass Elder et Flatter (1984) proposent une liste de matériaux et d'accessoires qui favorisent ce genre de jeu: accessoires de danse (foulards, capes, souliers de danse et pompons), colifichets (morceaux de tissu, rideaux, bijoux et costumes) et objets d'usage courant (trousse médicale, outils et pièces mécaniques, perruques, poupées, vaisselle et contenants alimentaires). Plus votre collection d'accessoires sera éclectique, et plus les enfants auront tendance à faire preuve d'autonomie et de créativité. En établissant votre collection, veillez à ce que les objets représentent une multitude d'occupations, de cultures et de rôles sociaux. Sisson (1990) laisse également entendre qu'il est bon de fournir, une fois par mois, des accessoires spéciaux représentant un secteur donné (p. ex., l'école, l'hôpital ou le bureau).
Occasionnellement, les enfants voudront monter une production théâtrale, un spectacle de marionnettes, par exemple, ou une courte pièce. Les enfants plus âgés seront prêts à consacrer plus de temps à une production qu'ils raffineront et présenteront à un groupe d'enfants ou de parents.
Source: Cet article a été publié par la Fédération canadienne des services de garde à l'enfance, été 1997.