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Nadine Descheneaux
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Vous vous êtes promenés dehors ces derniers jours? Moi, oui. Le nez en l’air, défiant le vent, la neige (elle est partie pour de bon cette saison, enfin je l’espère!) et les petits rhumes du printemps. Il faisait trop doux, trop frais, trop beau pour ne pas en profiter un peu.
J’aime le printemps, en fait j’aime les «entre» saisons. Le printemps et l’automne me font rêver. L’automne pour le calme et la beauté des couleurs mirobolantes et le printemps parce que tout revit. Dès le mois d’avril, je piétine dans la maison, je tourne en rond et tape du pied pour que fonde la neige et grimpent les températures. J’ai hâte d’aller dehors pour jouer dans mon jardin. Chaque jour, je pousse les rideaux et j’observe la poussée de croissance nocturne de mes tulipes et mes jacinthes.
J’aime l’odeur du printemps. Comme Julia dans le livre de Christiane Duchesne, Julia et la fougère bleue, au printemps flotte «une odeur de vert». L’herbe qui pousse, la neige qui fond, les bourgeons qui explosent, les feuilles qui frétillent, les fleurs qui naissent. «Ça sent le vert» et j’adore cela. Il faut être fou pour attendre une saison avec notre nez.
Et le printemps rime avec fleurs, légumes et jardins. En fin de semaine, j’ai sorti ma vieille salopette, mon manteau de nylon et mes souliers de course élimés et j’ai bêché un peu, ramassé les feuilles mortes de la dernière saison pour donner la chance à mes dizaines de plantes vivaces de profiter un peu du soleil. Elles doivent, comme moi, avoir le goût de se faire réchauffer par les rayons tendres d’avril. Bientôt je sortirai les frêles semis qui envahissent une pièce chez moi. D’abord, près d’une fenêtre pour ne pas qu’ils frissonnent et qu’ils perdent vigueur en les changeant brusquement d’environnement, puis sur la galerie et enfin dans quelques semaines, quand tout risque de gel sera écarté, je les planterai dans le jardin. Ce sera un grand moment.
Avant cet hiver, je n’avais jamais fait de semis. Quel plaisir ce fut, par contre. Il faut commander les catalogues de semences, feuilleter pendant des jours les pages attrayantes remplies de fleurs, prendre des notes, envoyer le bon de commande et puis attendre. Un jardinier doit être patient, je l’ai remarqué. Un tantinet impatiente et toujours pressée, en jardinant je cultive ma patience. Elle grandit tranquillement comme un fleur fragile, mais jolie. Puis, un matin, une grosse enveloppe rembourrée annonce que bientôt je rêverai en pousses vertes, tel un pouce vert averti. Les semences arrivées, je fignole les plans de mon futur jardin pendant que la neige le recouvre encore et j’attends (eh oui, encore!) le moment de faire les semis.
Pendant des mois, mon jardin n’aura eu de tangibilité que par les revues, les catalogues, les enveloppes de semence et les plans gribouillés et n’avait vie que dans ma tête nourri par ma mémoire et mon imagination. Bientôt il deviendra couleurs, odeurs et sensations de bonheur ressentis les deux mains, sales et gelées, enfoncées dans la terre noire. Un bonheur que j’aurai attendu patiemment, un bonheur que j’aurai soigné avec la tendresse d’une jardinière débutante, un bonheur que j’aurai moi-même vu croître, un bonheur auquel j’aurai participé. Un bonheur à moi de moi. Un bonheur vert qui met des couleurs dans ma vie.
Le jardinage est paraît-il un excellent exutoire aux idées sombres. Les deux mains dans la terre, on creuse, on brasse, on secoue, on fait de la place, on arrache les mauvaises herbes, on aide, on enlève quelques feuilles, on chasse les bestioles nuisibles, on enterre, on soigne, on bichonne, on place un tuteur, on replante un peu plus loin, on réaménage et on classe. Ne fait-on pas la même chose avec différents aspects de notre vie, nos problèmes, nos ennuis, nos idées mêlées et nos peines. En les prenant en mains, on finit toujours par voir le soleil au bout du chemin et la vie sourit encore. Même chose dans le jardin. En y réfléchissant, c’est peut-être pour cela que j’aime tant le jardinage. Il me permet à la fois de tout oublier, de faire le point, de puiser l’inspiration pour d’autres projets et d’emmagasiner de l’énergie. Je suis bien dans mon jardin, au milieu de mes fleurs. Quand j’y suis, je ne voudrais jamais être ailleurs. Je suis MOI, je suis bien et surtout je suis heureuse.
Alors, je vous souhaite d’être secoué par la fièvre du printemps. Que le vent donne un élan à vos rêves et que fleurissent maintenant toutes vos passions.