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Shaun Becker
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Ma position récente détudiant en éducation de la petite enfance (ÉPE) me donne un certain avantage dans le domaine. Au fil des stages pratiques sur le terrain, jai pu observer certaines des répercussions bonnes ou mauvaises de la présence dintervenants masculins dans les garderies. Les membres dun groupe de soutien et de réseautage constitué dhommes, avec qui jai communiqué par lentremise de la Manitoba Child Care Association (MCCA), mont éclairé sur certaines réalités bonnes ou mauvaises qui mattendent au cours de ma carrière. En Amérique du Nord, les hommes représentent moins de 5 p.100 des intervenants en garderie. De nombreux chercheurs ont tenté de cerner pourquoi ce chiffre ne fluctue pas au fil des ans et de trouver les moyens de laugmenter. Puisque je vois laugmentation du nombre dintervenants masculins dans les services pour lavenir, je voudrais proposer des moyens à prendre pour accueillir et retenir nos collègues masculins.
Instantané
Depuis les années 40, des chercheurs se penchent sur la question de la participation des hommes à lÉPE. Brian Robinson cite Tubbs et Kaplan qui relèguent nettement la garde denfants au domaine des tâches réservées aux femmes. Dans les années 60 et 70, cette attitude a été quelque peu remise en question. Selon Robinson (page 54) «il est maintenant de bon ton, pour les hommes et les femmes de sattaquer aux vieux stéréotypes, et on ma accueilli à bras ouverts lorsque jai obtenu un poste dintervenant dans une garderie en 1968».
Une grande partie de ces remous professionnels semblent résulter de lintrusion des femmes dans des champs professionnels depuis toujours réservés aux hommes. Reskin et Roos (cité dans Williams, 1992) «on pu énumérer 33 domaines professionnels dans lesquels la représentation des femmes sest accrue de plus de neuf points de pourcentage entre 1970 et 1980 alors que lintrusion des hommes dans les domaines réservés aux femmes nétait constatée que dans trois professions» (p.253).
Cela ne veut pas dire quil ny a eu, dans le champ de lÉPE, aucune augmentation de personnel masculin. En fait, il y en a eu une. Malheureusement, une grande partie de ces apports masculins a été neutralisée par «des années de publicité virulente sur les abus sexuels et la stagnation des salaires» au cours des années 80 (Neugebauer, P. 8).
Les deux études publiées par Robinson en 1979 abordaient la question des attitudes et des comportements stéréotypés selon les sexes et des traits de personnalité des intervenants masculins en garderie» (p. 555). Ces études examinaient les hypothèses selon lesquelles il était bon dutiliser des hommes dans cette profession pour lutter contre la «féminisation» des jeunes enfants, et plus particulièrement des garçons. Robinson a découvert que «les hommes ne se comportaient pas différemment des femmes et quils obtenaient les mêmes scores aux tests de personnalité» (P.558).
Les éducateurs hommes et femmes interrogés dans le cadre du sondage, préféraient rencontrer les comportements masculins chez les garçons (p. ex. succès, dominance, endurance, autonomie) et la coexistence de comportements masculins et féminins chez les filles (exemple de comportements féminins : écoute et compassion, solidarité, déférence). Toutefois, Robinson a conclu que ces attitudes ne se traduisaient pas en acte et que les deux ensembles dintervenants, hommes et femmes, renforçaient les comportements féminins au détriment des comportements masculins. Bref , les intervenants ne pratiquaient pas ce quils prêchaient.
«Il ne faut pas transformer les garçons en filles ni linverse. Ce nest pas ce quil faut faire. Il faut defforcer de leur donner le plus large éventail possible de pistes et accepter que tout être humain a des traits masculins et des traits féminins sans lesquels il ne serait pas complet» (P.24)
Le fait que les différences entre attitudes et les comportements des intervenants et des intervenantes pourraient bien nêtre pas aussi marquées quon lavait cru constitue une des plus importantes constatations chez Robinson. Au contraire, ces attitudes et comportements semblent davantage en harmonie quen contradiction. Sil en est vraiment ainsi, comment expliquer que les hommes ont tant de mal à demeurer en poste dans le secteur?
Faible rémunération
À notre première réunion portant sur la présence des hommes dans le réseau des garderies, nous avons tenté détablir les motifs qui empêchent certains hommes de rester dans le domaine, et nous avons parlé de nos craintes. Selon les participants, le premier facteur de désistement est la rémunération. Il nest pas réaliste de tenter de faire vivre une famille avec le salaire dune intervenante en services de garde denfants, de telle sorte quun certain nombre sont retournés à des professions plus lucratives (p.ex., menuiserie), tout en exprimant le désir de rester dans le réseau. Cela confirme les conclusions de Robinson dans son étude de suivi, étude dans laquelle il a examiné le taux des départs naturels des intervenants et intervenantes ayant participé à ses études antérieures. Sur léchantillon dorigine, 70p.100 des hommes avaient changé demploi et denvironnement en raison principalement de la faible rémunération. Par comparaison, seulement la moitié des femmes avaient quitté le domaine. Le faible niveau de rémunération a été cité par dautres chercheurs comme Jensen et Neugebauer .
Parmi les autres obstacles notés par les chercheurs, on peut citer le sentiment disolement, et lattitude des autres protagonistes tels que les parents, le personnel, la population étudiante en ÉPE et la société en général, par rapport à ce choix de carrière. Ces autres personnes consultées avaient tendance à considérer les hommes comme inférieurs à leurs collègues de sexe féminin, comme à la recherche dune carrière ou en transition, dans lattente de jours meilleurs.
La peur
omniprésente
La plupart des hommes participant à la réunion du groupe de soutien ont dit quils vivaient dans la hantise dêtre accusés de méfait ou dagression. Un des professeurs du programme dÉPE a déclaré à Cohen que «cest le nouveau motif invoqué pour éviter la présence des hommes en ÉPE. Auparavant, cétait la peur de lhomosexualité» (par.8). Au cours de ma jeune carrière, jai assisté à deux incidents à loccasions desquels la directrice a laissé entendre quil fallait protéger les intervenants contre les allégations de violence envers des enfants. La volonté dassurer cette protection ressort de manière implicite ou explicite des politiques de dotation en vigueur (p. ex., les membres du personnel masculin doivent toujours être accompagnés dune femme lorsquils travaillent avec les enfants). Bien que je respecte la volonté de ces directrices de répondre aux préoccupations des membres du personnel et des parents qui craignent dexposer les enfants à des comportements violents, ce genre de règles ne contribue nullement à éliminer les idées préconçues voulant quil faut se méfier des hommes et ne jamais leur confier denfants sans témoin.
À mes yeux, létude exploratoire menée par Kathleen Faller est extrêmement intéressante. Elle a étudié les victimes et les auteurs de 48 cas dagression sexuelle perpétrée dans des garderies accréditées et non accréditées et dans des services de garde familiale. «Dans 50 p.100 des cas dagression par plus dun délinquant, au moins un employé mâle était impliqué avec une ou plusieurs femmes» (p.287). Dans les cas dagresseur unique, 47.9 p.100 des délinquants étaient des hommes. Néanmoins, la plupart (20 sur 23), nétaient pas des intervenants, mais des hommes assumant un rôle périphérique dans la garderie : bénévole, concierge, mari, fils, petit ami ou ami des intervenantes.
Faller, dans ses conclusions préliminaires, laisse entendre que les hommes qui font carrière dans le domaine de la garde denfants ne représentent pas une grande menace pour les enfants. Bien quil sagisse dune étude préliminaire, Kathleen Faller précise que la plupart de ses conclusions sont compatibles avec celles de Finkelhor et coll. (1987), lesquels ont mené un sondage téléphonique national sur les abus sexuels en garderie auprès dun échantillon de plus grande taille sélectionné de manière systématique (p.285). Ces données peuvent nous aider à modifier nos perceptions sur lidentité des agresseurs sexuels dans les garderies et les services de garde en milieu familial.
Changement dattitude
La connaissance des obstacles à la participation des hommes dans le domaine de la garde denfants est la première étape sur la voie du changement. Mais le véritable changement commence en soi-même. Comme Neugebauer a écrit : « Nous avons tous tendance à nous voir comme des gens ouverts et accueillants. Mais si vous, à titre de directrice ou dintervenante, croyez que les hommes ne sont pas généreux par nature ou quils sont plus susceptibles de devenir des agresseurs que les femmes, les efforts que vous ferez pour employer des hommes - ou les accepter comme pairs - seront mitigés.» Les membres du personnel qui reconnaissent leurs propres attitudes envers un intervenant de sexe masculin peuvent travailler de concert à créer un environnement sain et positif où les deux sexes se sentent accueillis. Bon nombre des hommes faisant partie du groupe de réseautage et de soutien ont le sentiment davoir fait partie de léquipe de leur garderie un bon indice de la disparition possible de la présence purement symbolique des hommes et de leur impression disolement signalées par les chercheurs. Le fait que les intervenants se soucient des préoccupations des parents par rapport à la présence de personnel masculin à la garderie témoigne également dune attitude positive.
Politiques favorables à linclusion de personnes des deux sexes
Si vous faites partie dune équipe qui a encore des réticences envers lattribution de rôles « féminins » aux hommes par exemple, changer les enfants, les accompagner à la salle de bain ou dans la salle réservée à la sieste vous devriez élaborer des politiques favorables à linclusion des deux sexes afin daider vos collègues masculins à ne pas se sentir rejetés. Par exemple, exigez quil y ait toujours deux personnes dans la salle réservée à la sieste, hommes ou femmes, et assurez une rotation des équipes et des tâches. Le fait davoir deux personnes dans une salle assure la sécurité du personnel et la rotation empêche la formation déquipes dagresseurs.
Ladoption de politiques favorables à linclusion des deux sexes peut également entraîner le partage de toutes les responsabilités, notamment laffectation dhommes et de femmes à des tâches telles que les réparations mineures à effectuer à la garderie. Ladoption de ces mesures pourrait aider les garderies à recruter et à garder des intervenants de sexe masculin. En outre, Neugebauer précise que « dans une garderie, il est plus beaucoup plus facile de convaincre un homme à travailler comme intervenant quand il nest pas le premier » (p. 8 ).
Recrutement dune masse critique
Quoiquil en soit, ces initiatives ne peuvent pas tout résoudre. Laugmentation du nombre dhommes ayant une formation en service de garde peut entraîner des changement plus permanents. « Latteinte dune masse critique la proportion du groupe sous-représenté susceptible de garantir des changements permanents dans un milieu de travail où règne une ségrégation en fonction des sexes » (Jensen, p. 21) se situe généralement aux alentours de 20 p.100. Les récentes estimations, qui sont de moins de 5 p.100 en sont loin.
Partout dans le monde, des campagnes de recrutement ont été organisées pour augmenter cette proportion. Dans le comté de Viburg au Danemark, un projet conjoint a été mis sur pied par le bureau de lemploi, un collège professionnel et deux syndicats (Jensen). Cette campagne, intitulée «les enfants ont aussi besoin des hommes », a utilisé les médias, des brochures et des affiches et fait appel aux 32 collèges du Danemark pour recruter des hommes de manière active. Dès lété de lannée 1995, un contingent dhommes représentant 20 p.100 des intervenants en garderie étaient inscrits à un programme de formation en ÉPE.
Une campagne similaire lancée au Canada pour attirer lattention des étudiants sur cette carrière pourrait contribuer au recrutement dans le domaine de lÉPE pas seulement des hommes, mais des femmes. La garde denfants est une carrière viable et passionnante. Les campagnes qui sont axées sur les forces, la croissance et lavenir de ce secteur dactivités contribueront à faire accepter lidée que la garde denfants est une profession digne de ce nom.
Une surveillante de Gothenburg, en Suède, résume bien les enjeux de la présence dintervenants de sexe masculin : « Quand on décrit notre garderie, cest la présence des hommes qui attire le plus lattention. Pourtant les femmes sont tout aussi importantes. Cest grâce aux relations entre le personnel masculin et féminin quon aboutit à des résultats intéressants (p. 4). »
Groupe de soutien
Notre groupe de soutien et de réseautage sur la présence des hommes en milieu de garde sest réuni à plusieurs reprises depuis sa mise sur pied. Lors dune de nos dernières réunions, nous avons tenté détablir les mesures à prendre pour promouvoir le rôle des intervenants. Quelques-uns dentre nous ont offert de prendre la parole à des colloques sur les carrières; dautres ont offert leurs services à titre de porte-parole à des colloques sur les carrières; dautres ont offert leurs services à titre de porte-parole de la MCCA à loccasion de divers événements médiatiques. En outre, une liste téléphonique a été dressée pour que les personnes concernées puissent rester en communication. Grâce à une campagne de sensibilisation ayant pour cible les particuliers et les organismes (p. ex., la MCCA, la FCSGE), nous espérons faire admettre que les hommes peuvent avoir une influences positive sur les familles, ainsi que sur les collectivités et les garderies au sein desquelles nous intervenons et faire comprendre en outre que la garde denfants est une carrière valable pour les hommes.
Comme Brody la laissé entendre : « Les jeunes enfants ont sans doute besoin de relations suivies et chaleureuses avec des représentants des deux sexes pour acquérir une identité sexuelle solide, (et) faire lexpérience dune gamme de comportements faisant appel à des rôles sexuels variés. » (p.33). Accueillir les membres des deux sexes dans un environnement de travail positif et dynamique sera avantageux pour tous, quil sagisse des enfants, des parents ou du personnel. En remettant en question les mythes entourant la présence dintervenants, nous pouvons toutes et tous nous faire les ambassadeurs du changement en acceptant le bien-fondé du choix que font les hommes qui sengagent dans cette carrière.
Shan Becker vient de terminer avec succès le programme Developmental Studies Stream C à lUniversité de Winnipeg. Vous pouvez lui communiquer vos questions et vos commentaires à ladresse pokey_ b_ca@yahoo.com
Cet article a d'abord été publié dans Interaction, la publication de la Fédération canadienne des services de garde à l'enfance à l'hiver 2001 (vol. 14 no 4)