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Jacques Brodeur
Quand on parle de consommation responsable, on pense à léconomie des ressources de notre planète et de notre porte-monnaie. On veut aussi protéger nos enfants de la publicité qui les manipule et les pousse à la surconsommation. Or, enfants et adolescents passent plus de 25 heures par semaine devant le petit écran télévision, jeux vidéo, ordinateur, clavardage et internet compris. Chaque heure de télé comporte 12 minutes de publicité, toutes axées sur l'incitation à la consommation.
Nos cerveaux, bombardés par des messages sophistiqués qui tentent constamment de nous convaincre quil nous manque quelque chose sont affectés. Comme en font foi les études sur l'obésité, la publicité transmise par les médias électroniques proclame des valeurs de plus en plus toxiques pour la santé physique et mentale des jeunes. Quand on parle de la violence par la télévision, on pense aux images et aux paroles, mais le petit écran ne nuit pas seulement lorsqu'on y utilise des scènes violentes.
Peu importe le contenu, le temps passé devant le petit écran accroît les risques de devenir obèse. Le fauteuil dans lequel on sinstalle pour regarder nos émissions préférées permettrait de brûler plus de calories si on l'utilisait pour la lecture. Le temps passé à l'ordinateur pèse aussi dans la balance.
Le 18 juin 2008, Statistiques Canada rendait publics les résultats d'une étude démontrant que la télévision favorise le surplus de poids non seulement chez les enfants et les adolescents, mais aussi chez les adultes. Cette étude, réalisée auprès de 42 612 personnes, indique que les personnes passant plus de 21 heures par semaine devant la télé courent 80% plus de risques de devenir obèse que les personnes qui y passent moins de 5 heures. Qu'en est-il de l'ordinateur? Les hommes qui y consacrent plus de 6 heures de leur temps de loisir par semaine courent 20% plus de risques de devenir obèses. Ce risque passe à 30% pour les femmes.
Les chercheurs ont isolé les facteurs âge, état matrimonial, revenu et lieu de résidence. Les grands consommateurs de télévision ont des habitudes de vie moins saines, sont moins nombreux à manger leurs cinq portions quotidiennes de fruits et de légumes et font moins d'exercice. Le petit écran fait grignoter et la publicité y incite.
Quand on isole le nombre d'heures passées devant la télévision des autres facteurs associés à une moins bonne hygiène de vie, l'impact sur l'obésité demeure majeur. Le sommeil et la boîte à images demandent peu d'énergie au métabolisme.
Selon Julie Mandeville de Statistiques Canada, «du point de vue de la santé publique, il est plus payant de décourager l'écoute de la télévision que d'encourager la pratique d'activités physiques».
Les enfants qui passent moins de temps «scotchés» à la télévision neutralisent les risques de surpoids. Depuis avril 2003, plus d'une centaine d'écoles ont proposé aux enfants un arrêt concerté de consommation de petits écrans. Les résultats ont été impressionnants. Pour remplacer le petit écran, lactivité préférée des enfants et des adolescents sest avérée être le sport.
Certains ont cru qu'il s'agissait d'une forme de censure, d'autres ont pensé qu'on avait promis des récompenses pour faire «marcher» les enfants ou quon les avait privés de télé sans leur consentement. Le DÉFI 10 jours est tout sauf une punition. Ce n'est pas une privation imposée, mais un arrêt concerté, planifié, organisé et... volontaire!
L'exploit n'est suivi d'aucune récompense autre que la fierté d'avoir vaincu certains des adversaires les plus puissants au monde: les industries du divertissement, du marketing et des médias électroniques qui ont envahi le temps de loisir des enfants d'Amérique et d'Europe.
Pourquoi cibler les écrans? Parce que les enfants y passent entre 20 et 30 heures par semaine et qu'ils seront témoins de 100 000 actes d'agression et de 8000 meurtres avant l'âge de 14 ans. Leur cerveau encaisse plus 12 000 minutes de publicité par année.
Les parents, les enseignants et les élèves d'une école primaire de la Rive-Sud de Montréal ont évalué le DÉFI relevé en avril 2007.
La réduction des heures passées devant le petit écran permet:
Vous connaissez un produit qui crée un impact comparable? La réduction du temps passé devant les écrans aide à prévenir le surpoids mieux que n'importe quel remède miracle. Dans un monde où l'obésité fait des ravages qui coûteront très cher aux enfants et à la société, il faudrait que nos écoles organisent des arrêts concertés de petits écrans.
La loi québécoise qui interdit la publicité aux moins de 13 ans n'est pas et ne pourra jamais fournir une protection parfaitement étanche. Il faut que les citoyens simpliquent. L'école d'aujourd'hui doit aiguiser le sens critique des jeunes et renseigner les parents sur les dommages causés par certains médias. Les médias font partie de l'environnement et colorent notre perception du monde et de la vie, de même que celle des jeunes. Les effets néfastes de la télévision sur les jeunes d'âge scolaire sont réels et malheureusement durables, comme l'ont confirmé plus de mille études médicales et scientifiques.
L'utilisation de divertissements violents pour attirer et attraper des jeunes coûte déjà très cher à la société: les films qui valorisent la vengeance et les jeux vidéo où l'on gagne des points à tuer. La misogynie est même un thème utilisé par certains rappeurs qui ciblent un public jeune.
Mais comment peut-on protéger la jeunesse des techniques utilisées pour les divertir, au détriment de leur santé et de leur sécurité? Est-il possible de contrer l'influence du petit écran avec succès?
Au cours des 5 dernières années, plus d'une centaine d'écoles ont organisé des arrêts concertés de petits écrans. L'idée a enthousiasmé des milliers de parents, mobilisé des milliers de jeunes et fait la une des médias au Québec et en France. Pour favoriser une consommation plus responsable du petit écran, il faut faciliter la concertation des énergies de tous ceux et celles et ils sont nombreux qui cherchent à protéger les enfants de l'influence néfaste d'une sollicitation publicitaire. Éducateurs et parents ont plus que jamais raison de penser qu'en matière de consommation, il faut de toute urgence réduire l'emprise des médias sur les jeunes.