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Geneviève Doray
Au fil des années, l’image traditionnelle de la mère s’est modifiée de façon spectaculaire. Dans les années cinquante, on portait le nom de son époux, on ne pouvait pas faire d’emprunt à la banque et encore moins divorcer! Devenir mère n’était pas un choix; la famille moyenne comptait quatre enfants et la femme assurait le bien-être de la famille en comptant sur le salaire que le mari rapportait à la maison.
Aujourd’hui, plus du ¾ des mères ayant des enfants de moins de seize ans cumulent travail et famille. C’est le double d’il y a trente ans! De nos jours, les femmes ont majoritairement leurs enfants hors mariage (59% des enfants nés en 2003) et elles attendent davantage avant de fonder une famille; c’est ainsi que l’âge moyen des mères ne cessent de s’élever (29,1 en 2003). Conséquence: les familles comptent moins d’enfants (1,47 en moyenne au Québec).
La journée internationale des femmes est l’occasion de faire le point sur les progrès accomplis et de regarder vers l’avenir. Découvrez comment la situation des mères a évolué au cours des siècles.
La première loi sur le congé de maternité a été adoptée en Colombie-Britannique en 1921.
En 1971, le programme fédéral d’assurance-chômage accorde aux travailleuses salariées admissibles quinze semaines de prestations de maternité. Ce n’est qu’en 1978, que le gouvernement du Québec modifie sa Loi en instituant un congé de maternité de dix-huit semaines afin de protéger l’emploi de ces travailleuses.
À partir de 1981, la travailleuse enceinte ou qui allaite et dont les conditions de travail sont dangereuses peut bénéficier d’une réaffectation à un autre poste de travail ou, si c’est impossible, d’un retrait du travail avec prestations de la CSST. Un an plus tard, l’interdiction de discrimination fondée sur l’état de grossesse est amendée à la Charte des droits et libertés de la personne.
En 1990, le gouvernement fédéral modifie la Loi sur l’assurance-chômage. Aux quinze semaines de prestations de maternité accordées aux travailleuses salariées, on ajoute dix semaines de prestations parentales qui peuvent être versées à la mère ou au père ou partagées entre les deux parents.
En 1991, dans le cadre de sa politique familiale, le gouvernement du Québec crée un congé parental sans solde d’une durée maximale de trente-quatre semaines, accessibles autant au père qu’à la mère, à la suite d’une naissance ou d’une adoption et qui complète le congé de maternité sans solde de dix-huit semaines.
Sans annonce publique, le gouvernement du Québec retire en 1992, l’allocation de maternité aux travailleuses dont le revenu familial brut est de 55 000$ et plus. Cette allocation servait à combler le délai de carence de deux semaines subi par les salariées qui recevaient des prestations de maternité du régime d’assurance-chômage.
Installées dans les quartiers ouvriers de Montréal et dans les villes de Longueuil, Saint-jean, Québec, Saint-Jérôme et Saint-Hyacinthe, les Sœurs Grises créent, en 1858, les premières garderies appelées «salles d’asile» qui permettent aux mères de se livrer à une activité rémunérée ou aux familles de surmonter une période difficile.
La 2e guerre mondiale incite les gouvernements à faire appel aux femmes pour qu’elles viennent travailler en usine et c’est ainsi qu’à Montréal, six garderies sont créées afin de faciliter la chose. À la fin de la guerre, le gouvernement incite les femmes à retourner au foyer. Les garderies publiques sont fermées.
En 1979, l’Office des services de garde à l’enfance est créé lorsque Lise Payette devient ministre à la Condition féminine.
En 1997, la nouvelle politique familiale du gouvernement du Québec instaure la maternelle à plein temps ainsi que les services de garde éducatifs en milieu scolaire au coût de 5$ pour les enfants de la maternelle et du primaire; de plus, elle fixe à 5$ par jour les frais de garde pour les enfants de 4 ans (mesure qui a été étendue progressivement à tous les groupes d’âge en 2000). En janvier 2004, la contribution réduite pour la garde d’enfants de moins de 5 ans augmente à 7$ par jour; la même indexation est appliquée en septembre 2004 dans les services de garde en milieu scolaire.
3. Vrai ou faux. Une femme qui se faisait avorter a déjà été passible d’emprisonnement à perpétuité.
Vrai. En 1892, toute diffusion d’information sur la régulation des naissances et les produits contraceptifs ou abortifs devient illégale. Déjà en 1869, l’État avait fait de la limitation des naissances et de la contraception une affaire publique. L’avortement était alors sévèrement réprimé: la personne pratiquant l’avortement ou l’avortée était passible d’emprisonnement à perpétuité. Il faudra attendre 1969 pour que la promotion des produits contraceptifs ne soit plus illégale. Les avortements peuvent maintenant être pratiqués en milieu hospitalier, seulement si la santé physique ou mentale de la femme est en danger et s’ils sont autorisés par un comité thérapeutique, sans quoi ils sont considérés comme illégaux.
À l’occasion du 8 mars 1971, le Front de libération des femmes lance une campagne nationale en faveur de l’avortement libre et gratuit. En 1972, le Centre des femmes est créé à Montréal. Il organise une clinique d’avortement et publie, avec d’autres groupes, un manifeste pour une politique de planification des naissances. Quelques années plus tard, des cliniques de planning familial commencent progressivement à être mises en place dans les CLSC.
En 1988, la Cour suprême du Canada déclare que l’article 251 du Code criminel rendant l’avortement illégal est inconstitutionnel. En 1997, le plus haut tribunal du pays refuse, pour la troisième fois, de reconnaître le foetus comme une personne ayant des droits juridiques.
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (1945), le gouvernement fédéral crée les premières allocations familiales universelles pour les enfants de moins de 16 ans. Au Québec, Thérèse Casgrain s’est battu pour que les chèques soient versés aux femmes.
En 1968, le gouvernement du Québec adopte à son tour une politique d’allocations familiales.
En 1973, les allocations familiales fédérales couvrent désormais les enfants de moins de 18 ans et deviennent imposables. Le provincial suit l’exemple et, à compter de 1974, les allocations familiales provinciales s’appliquent aussi aux enfants de moins de 18 ans.
À partir de janvier 1993, seules les familles à faible revenu ont droit maintenant à un soutien financier puisque le gouvernement fédéral a décidé d’abolir l’universalité du programme d’allocations familiales.
À partir de 1847, la formation des sages-femmes est contrôlée par le Collège des médecins et des chirurgiens; c’est ainsi qu’une ordonnance interdit à quiconque n’est pas médecin diplômé d’une université d’exercer la profession d’accoucheur.
Il faudra attendre 1990, pour que Québec autorise la pratique des sages-femmes dans le cadre de projets pilotes en milieu hospitalier ou dans des lieux rattachés à un établissement de santé. Quatre ans plus tard, les premières maisons de naissances – où les sages-femmes pratiquent leur profession à titre expérimental – ouvrent leurs portes. Et en 1998, la profession de sage-femme était enfin reconnue au Québec.
Saviez-vous que…
En conclusion, on peut voir que la situation des mères a évolué. La mortalité infantile est à son plus bas niveau. Les femmes ont maintenant accès librement à des méthodes contraceptives variées. Les mères ne sont pas tenues de poursuivre leur relation avec le père si elles ne le désirent pas et ne doivent plus systématiquement donner leur enfant en adoption si elles sont célibataires. Les mères peuvent maintenant élever leurs enfants seules sans que la société les juge. Les programmes de congé de maternité et de retraits préventifs se sont beaucoup améliorés. Mais, il n’en reste pas moins que la lutte contre la pauvreté, la parité salariale, l’équité en matière d’emploi, l’accès aux garderies et le logement social sont encore des grands thèmes de la lutte des femmes québécoises.