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Emmanuelle Gril
Julie, 5 ans, s’amuse dans sa chambre avec Frédéric, un petit camarade du même âge. Soudain, sa mère ouvre la porte sans prévenir. Surprise! Les deux enfants sont en train de «jouer au docteur» et d’examiner attentivement leurs organes sexuels respectifs…
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Ce type de situation est extrêmement fréquent, et rares sont les parents d’enfants de six ans et plus qui ne l’ont pas déjà vécue. Faut-il s’inquiéter et s’alarmer devant l’intérêt de ses petits bouts de chou pour les choses de la sexualité?
Absolument pas, car tout cela fait partie du processus normal du développement sexuel, aussi bien sur les plans physiologique que psychologique. Voici un bref tour d’horizon de cette grande aventure, qui commence dès que l’enfant vient au monde.
À la découverte de son corps
Dès sa naissance, le nourrisson est prêt à téter et entre de plain-pied dans le «stade oral». C’est par la bouche qu’il va éprouver ses premières satisfactions et sensations, entrer en communication avec le monde qui l’entoure. Il suce tout ce qui passe à sa portée : doigts, orteils, objets, le sein de sa mère, etc., et cette activité lui procure un grand bien-être.
Progressivement, l’enfant va investir d’autres parties de son corps, se concentrant désormais sur sa région anale, vers l’âge de 15 mois. Avec l’apprentissage de la propreté, il prend conscience des sensations agréables liées à l’évacuation de ses selles. La rétention ou l’expulsion de celles-ci lui permet également de découvrir le pouvoir qu’il a sur sa mère. Pouvoir de lui faire plaisir en laissant un «cadeau» dans le pot, ou de la contrarier en n’y laissant rien du tout!
Finalement, de deux ans et demi à six ans environ, c’est le moment où l’intérêt de l’enfant se déplace de ses fonctions anales vers ses organes génitaux. Il explore cette partie de son corps, intrigué par tout ce qui concerne la génitalité. C’est le stade phallique.
«Si on jouait au docteur?»
Comme le souligne Jocelyne Robert, sexologue, pédagogue et auteure de nombreux ouvrages sur la question: «Le développement psychosexuel à cet âge se caractérise par une multitude de manifestations. Fasciné de grandir, de connaître, d’expérimenter, l’enfant se préoccupe de sa naissance, est heureux d’enrichir son vocabulaire, se renforce dans son identité sexuelle en adoptant des rôles et des jeux qui l’épanouissent.»
C’est donc la période privilégiée pour aller à la découverte du corps de l’autre, car pour se conforter dans son identité sexuelle, l’enfant a besoin de voir, d’observer et de toucher. Ces jeux se pratiquent indifféremment entre frères et sœurs, cousins, cousines, copains, copines.
S’ils sont témoins d’une séance de «docteur», les parents n’ont aucune raison de s’inquiéter ou de projeter leurs angoisses d’adultes en imaginant les pires choses… En fait, il faut surtout éviter de laisser une impression d’interdit aux acteurs de ces petits jeux, qui pourraient alors développer le sentiment d’avoir fait quelque chose de mal et de «sale».
En outre c’est également l’âge où, fille ou garçon, les enfants prennent plaisir à toucher leurs propres organes génitaux. Ces caresses éveillent chez eux trouble et curiosité, et peuvent servir à évacuer tensions et angoisses. Là encore, pas de panique, car c’est un processus normal qui dure plus ou moins longtemps.
Six à neuf ans : le clan unisexe!
C’est la fameuse phase des «gars avec les gars et les filles avec les filles». Cette étape du développement semble un peu primaire aux yeux des adultes, mais elle permet à l’enfant de consolider son identité.
«En apparence, il perd tout intérêt pour les choses sexuelles. Il devient solidaire des membres de son propre clan qui, d’ailleurs, est «contre» le clan opposé, explique Jocelyne Robert. Cependant ce désintérêt n’est qu’une façade, car en sourdine, la sexualité au sens large du terme est toujours présente. Elle s’exprime de façon différente.» Ainsi, on peut très bien être amoureux d’un copain ou d’une camarade, mais on va le camoufler pour éviter de s’attirer les sarcasmes et les moqueries des membres de sa caste!
C’est également la période où les enfants ont besoin de préciser leur compréhension de la différence sexuelle. Ils veulent saisir clairement le processus de la conception, de la gestation et de la naissance. La physiologie des organes sexuels internes et externes devra être élucidée progressivement avec eux.
En route vers la puberté
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Plus le temps passe et plus la force d’attraction du clan unisexe s’effrite. Premiers baisers et premiers émois ouvrent des brèches de plus en plus grandes dans le mur qui sépare les deux sexes.
De 9 à 12 ans, l’enfant doit aussi commencer à apprivoiser l’idée de sa puberté prochaine, et l’anticipation de ces bouleversements peut causer bien des angoisses. La perspective des premières menstruations et de la naissance des seins pour les filles; des premières éjaculations et de la pilosité pour les garçons, ne les plongent pas toujours dans la gaieté…
«C’est une phase charnière, souligne Jocelyne Robert. L’enfant devient pudique et semble dégoûté par les choses sexuelles. C’est aussi la période où il a besoin, plus que jamais, de références masculines et féminines auxquelles s’identifier. Les jeunes de cet âge ont des idoles – acteurs, chanteurs, etc. – qu’ils vénèrent et à qui ils veulent par-dessus tout ressembler. C’est une façon de se reconnaître et de se faire reconnaître, en tant que garçon ou fille.»
Cette phase d’adhésion à des stéréotypes sexués joue un peu le même rôle que lorsque l’enfant est entré dans son clan unisexe. Il a besoin de développer son sentiment d’appartenance pour mieux s’affirmer et en quelque sorte s’affranchir…
Comment accompagner?
Il n’y a pas de recette miracle pour aider les enfants à traverser harmonieusement les différentes phases de développement de leur sexualité. Jocelyne Robert précise toutefois que l’on met toutes les chances de son côté si l’on fait preuve de bon sens et que l’on demeure attentif.
«À mon avis, il faut avant tout effectuer un examen de conscience honnête. On doit faire le point sur l’éducation sexuelle que nous avons nous-même reçue, sur ce qui nous met mal à l’aise, sur les idées fausses que l’on a apprises, etc. Il faut être franc et tenter d’élucider pourquoi telle ou telle attitude de notre enfant nous gêne.» En effet, bien souvent, on accepte les choses «intellectuellement» - c’est-à-dire qu’on les comprend - mais elles continuent de nous déranger «émotivement». C’est pourquoi il est essentiel d’identifier et d’exprimer nos propres limites, pour ne pas en poser à notre enfant sans le vouloir…
«Il faut être très présent, et surtout avoir une oreille «en forme de cœur!», ajoute madame Robert. Tout se joue dans la façon dont s’effectue l’intervention des parents, qui doivent veiller à ne pas transmettre leurs propres angoisses. On doit également profiter des moments propices qui se présentent pour créer un dialogue sur la sexualité. Il est très important de ne pas l’extraire de la vie courante et de l’intégrer dans le cours naturel de l’existence.» Il y a en effet beaucoup d’occasions à saisir pour parler de sexualité avec ses enfants, mais on ne les voit pas toujours : une voisine enceinte, un film où un couple s’embrasse, etc. Aux parents de s’en servir pour faire passer le message, et ce avant l’adolescence, car alors, il sera un peu tard pour amorcer la communication.
«Bien souvent, les parents parlent de sexualité à leurs enfants pour la première fois en les prévenant des dangers des MTS, du SIDA, des abus sexuels, etc. C’est devenu notre prétexte pour parler de sexualité, parce qu’au fond, ça nous fait un peu peur», conclut Jocelyne Robert.
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