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France Paquin
Pourquoi parler de s’approprier la deuxième phase de l’accouchement, c’est-à-dire la poussée? La femme en travail n’a-t-elle pas déjà pleine emprise, avec les soins actuels, sur ce moment de l'accouchement? Existe-t-il différentes façons de vivre et d’effectuer la poussée pour mettre son enfant au monde?
Au Québec, on a assisté dans les dernières années a des changements importants en obstétrique en milieu hospitalier pour ce qui touche la première phase de travail.
En effet, pendant que la dilatation du col utérin passe de 0 à 10 centimètres, la cliente est maintenant plus libre de se mouvoir et d’adopter les positions qui lui conviennent et qui lui semblent les plus efficaces pour faire avancer le travail. Elle est aussi encouragée à s'hydrater et même à s’alimenter Iégèrement dans certains milieux hospitaliers.
L’hydrothérapie est un outil que l’on utilise de plus en plus en cours de travail. Les besoins psychologiques de la femme en travail sont de plus en plus reconnus. On tente d’assurer un bien-être psychologique qui se trouve aussi important que le bien-être physique et que les paramètres biophysiologiques de l’enfant in-utéro afin d’assurer un déroulement sain et sécuritaire de la naissance. On reconnaît donc l’autonomie de la femme en travail et on incorpore cet élément dans la planification des soins.
Au moment de la dilatation complète, l’approche redevient alors plus conventionnelle. On revient à un «coaching» plus «dirigé». La parturiente est alors encouragée à pousser son bébé dans une position spécifique et d’une manière active, vigoureuse et contrôlée. Mais, contrôlée par les professionnels de la santé qui l’entourent et non par la cliente elle-même. La femme perd souvent cette autonomie qu’on lui avait accordée en première étape de travail. Son corps ne lui fournirait plus les indices et les éléments nécessaires pour poursuivre et identifier le meilleur chemin à suivre à ce moment précis de l’accouchement. C’est ici qu'il devient important de parler d’approches différentes pour guider la femme qui en est arrivée à la phase d’expulsion.
On a commencé à parler d’approches distinctives au cours des années 1980. C’est alors que l’on distingua la poussée physiologique de la poussée obstétricale. Bien sûr, les bienfaits d’une position verticale durant la poussée plutôt qu'horizontale ont bel et bien été démontrés au cours des années 50 avec les travaux célèbres du Dr Roberto Barcia.
Constance Benyon, une obstétricienne qui desservait un grand pourcentage de patientes
cardiaques devait les faire accoucher avec le minimum d’effort. Elle constata que ses patientes
cardiaques accouchaient aussi facilement sinon plus que les patientes à qui l’on demandait des
efforts soutenus et ce, sans plus de recours aux forceps. Elle découvrira ce qu’on appelle aujourd’hui la poussée spontanée ou physiologique.
Pour comparer les deux approches, cliquez ici.
Selon la théorie de Simkin & Kitzinger, lors de la conduite obstétricale de la poussée, les interventions posées par les donneurs de soins visent à accélérer Ie processus de la naissance. Dans le déroulement physiologique, le processus naturel de la naissance est maintenu et encouragé en supportant et promouvant la capacité normale du corps à donner naissance.
Dans la poussée obstétricale, les donneurs de soins sont les experts qui savent mieux, de par leur expérience, comment et quand la femme doit pousser. Dans la poussée physiologique, c’est la femme qui accouche qui est I’experte. Le donneur de soins devient un guide qui observe avec la cliente les signes que le corps communique. Il n’existe pas de recette miracle, de «coaching» typique. La poussée peut s’avérer différente d’une cliente à I’autre et l’intervenant doit s’ajuster à chaque nouvelle naissance.
La poussée obstétricale s’est beaucoup développée avec I’utilisation de I’épidurale et elle est d’ailleurs très appropriée dans ce cas. La femme, ayant perdu toute sensation du bas des seins jusqu’aux bouts des orteils, aura besoin qu’on lui dise quand pousser et elle devra pousser fortement. D’autant plus que I’épidurale oblige à une position horizontale qui, contrairement aux positions verticales, faciliterait moins la descente du bébé dans le bassin obstétrical.
Pour ce qui est de la mère qui a vécu la première phase du travail en identifiant et utilisant ses propres ressources, elle aura, la plupart du temps, les outils nécessaires (et ce encore plus si elle a reçu l’éducation prénatale appropriée) pour initier et diriger sa propre poussée.
Quand et comment pousser
La question de savoir quand pousser devient simple. Vers la fin de la dilatation, votre respiration commence à s’entrecouper et plus tard, à s’interrompe involontairement. Vous pouvez même commencer à émettre des sons bruyants à I’expiration. Vous poussez pousser lorsque I’envie devient irrésistible et qu’elle vous entraîne avec elle. Vous aurez I’impression que votre corps pousse et ce de façon involontaire, c’est que vous êtes rendue à la poussée.
Tant que vous respirez, vous ne poussez pas. Alors respirez aussi longtemps que vous le pouvez entre vos contractions. En choisissant d’attendre la puissante impulsion de votre corps, vous vous protégez contre une poussée trop précoce (car de pousser de façon active avant dilatation complète peut provoquer un œdème du col et prolonger le travail). Mais si des sensations de poussée commencent à s’installer et qu’on vous dit que vous n’êtes pas complètement dilatée, vous n’avez pas à fuir cette sensation involontaire de pousser. Rappelez-vous que tant que vous respirez, vous ne poussez pas et de ce fait, vous n’ajoutez aucune force volontaire de la poussée. Demeurez toutefois dans une attitude d’ouverture, de détente et de flexibilité face à la poussée plutôt que d’interdire à votre corps de pousser. Si le col est souple et que vous êtes dilatée à 7, 8 ou 9 centimètres, la poussée involontaire peut atteindre la dilatation complète et ce, en peu de temps.
En suivant les signaux que votre corps vous donne, vous vous protégez également d'une poussée trop tardive. Vous devenez maître à bord et s'il n'y a pas d'intervenant présent au moment précis de la dilatation complète pour vous informer, vous pouvez entamer votre poussée de façon autonome.
C’est le moment de pousser?
Premièrement, tant que vous sentirez une sensation douloureuse d'étirement au bas-ventre juste au-dessus du pubis (telle une bande élastique qui veut s'étirer), cela signifie probablement que vous n'avez pas atteint la dilatation complète, que le col n'a pas fini de passer par-dessus la tête du bébé et qu'il est préférable d'attendre pour pousser activement.
Deuxièmement, sachez qu'il existe un repos physiologique bien mérité après la transition de la première phase du travail juste avant la poussée. Selon Friedman, la poussée serait divisée en trois étapes tout comme la première partie du travail et comporterait une phase de latence et une phase active. Durant cette phase de latence où les contractions s'estompent, la mère bénéficierait d'une période de répit de 20 à 30 minutes. Ce repos physiologique donnerait la chance au corps de collecter les dernières énergies dont il a besoin pour effectuer la poussée. Alors méfiez-vous d'une poussée hâtive sous simple prétexte que vous êtes complètement dilatée.
Attendez plutôt les signaux que votre corps vous transmettra. Il est important de garder ce contact précieux avec vos sensations intérieures qui seront toujours votre guide premier. Après la transition (la période la plus difficile mais la plus courte de l'accouchement), il y a vraiment un regain d'énergie surtout si la période de repos physiologique a été respectée. Les contractions de la poussée deviennent plus espacées aux 3 à 5 minutes environ et la mère peut enfin aider activement au processus de la naissance.
Conclusion
Les croyances face à la poussée sont si solidement ancrées que les approches nouvelles ou différentes sont fortement questionnées. Les croyances, qui façonnent notre façon de penser, viennent de bases théoriques. C'est cette théorie sur la poussée qu'il faut vérifier. Car la poussée obstétricale ne s'appuie sur aucune base théorique solide prouvant son efficacité ou sa supériorité. Bien au contraire, la poussée obstétricale a été prouvée, à maintes reprises, désavantageuse physiologiquement pour la mère et son bébé. La poussée obstétricale est plutôt une façon de faire qui s'est développée au cours des années 20, avec l'arrivée de l'obstétrique moderne, et qui s'est perpétuée dans le temps.
De plus en plus d'études viennent appuyer les nombreux avantages physiologiques, biochimiques et psychologiques de la poussée physiologique. Il est difficile de savoir dans quelle mesure la poussée physiologique est efficace puisque présentement, au Québec, la patiente reçoit des directions formelles dès le début de la poussée. Il est toujours plus facile de demeurer dans ses vieilles habitudes que d'aller vers le changement. Mais cet article a pour but de susciter la réflexion et vous invite à la découverte et à l'apprentissage d'une nouvelle façon de faire au moment de la poussée… Cette nouvelle façon de faire est peut-être la plus ancienne... Je crois réellement à la poussée physiologique pour l'avoir accompli moi-même à la naissance de mes trois enfants et pour l'avoir vu exécuter à plusieurs reprises par des clientes à qui on en avait laissé la chance. Alors, bonne poussée…
France Paquin est infirmière (B.Sc) et sage-femme. Elle a produit ce document pour le Centre de rencontres prénatales de Montréal, avril 1995.
Pour commander une copie du document intégral, écrire au:
Centre de rencontres prénatales de Montréal
a/s France Paquin
3220 rue Sicotte, St-Hubert. Québec. J3Y 5V7
(514) 656-9066
Références
Brabant, Isabelle (1991) Une naissance heureuse. Éditions St-Martin.
Caldeyro-Barcia R. (1979) The influence -of maternal position on time of spontaneous rupture of the membranes, progress of labor and fetal head compression. Birth and Familv Journal 6 (1) 7- 15.
Friedman, E.A. Labor: Clinical Evaluation and Management, 2nd Edition, New-York, Appleton-Century-CroAs,1978.
Kitzinger, S. (I 98 1) The experience of chilbirth. Penguin books.
McKay, S, Robert, J. (1985) Second Stage labor : What is normal? Journal of Obstetrics. Gvnaecologv and Neonatal Nursing (14) 2 101-106.