Bienvenue sur PetitMonde.com. Aller directement à la navigation, au contenu ou à la recherche.

Note importante : Si vous voyez ce message, c'est que votre fureteur ne supporte pas la nouvelle feuille de style (CSS) de PetitMonde.com ou qu'il n'est pas conforme aux normes du World Wide Web Consortium (W3C). Ses menus et tout son contenu demeurent accessibles mais la présentation visuelle se trouve affectée. Voir dans « À propos du site » pour plus d'information sur l'accessibilité.

La méthode Bonapace: un accouchement tout en douceur

Grossesse

Parents : Documentation : Grossesse : La méthode Bonapace: un accouchement tout en douceur

Pascale Pontoreau

Photo : Frédéric Odinet Photo : Frédéric Odinet

J’ai eu l’accouchement dont je rêvais. Je sais de quoi je parle… c’est mon troisième! On s’entend : cela reste un accouchement et la douleur ne s’est pas volatilisée grâce à l’opération du Saint-Esprit. Mais l’événement est un modèle du genre pour le calme et la sérénité dans lequel il s’est déroulé, pour les franches rigolades qui l’ont ponctué, pour la chaleur humaine qui l’a entouré et pour le profond respect dont il a été empreint, de la première contraction au premier regard.

Aucune grossesse ne ressemble aux précédentes, aucun accouchement ne s’apparente à ceux que l’on raconte. Chacun est unique, et c’est probablement ce qui le rend exceptionnel. Enceinte de mon troisième bébé, 10 ans après la naissance de ma fille, j’ai voulu avoir une approche différente de la maternité. En 1990, mon premier accouchement s’est terminé par une césarienne sous anesthésie générale après 17 heures de travail. En 1992, ma seconde fille est née par voie naturelle après 10 heures d’efforts soutenus sous épidurale. Cette fois-ci, je me suis préparée physiquement et mentalement. J’ai utilisé une méthode originale de traitement de la douleur et je suis restée en pleine possession de mon accouchement.

Une préparation tous azimuts
Parce que j’avais accouché par césarienne, la Maison des naissances de Montréal – submergée de demandes – a refusé de m’accueillir. Je me suis donc tournée vers l’Hôpital Ste-Justine où j’avais eu mes deux filles. La réputation de l’hôpital suggère une forte propension à surmédicaliser les accouchements. En accord avec mon conjoint, nous avons décidé de trouver une «accompagnante» (je n’ai toujours pas compris pourquoi on ne dit pas accompagnatrice!), histoire d’humaniser l’événement.

Avec son impressionnante expérience en obstétrique à titre d’infirmière, notre accompagnante - elle fait partie de la première promotion qui obtiendra ses diplômes de sage-femme l’an prochain - s’est révélée une militante hors pair prête à manger tout cru le moindre médecin. Peu enclins à partager ses propos souvent excessifs, nous avons préféré conserver notre sage-femme pour ses cours prénatals.

Troisième accouchement peut-être, j’avais tout de même oublié pas mal de détails quant à la mise au monde. J’ai donc révisé, avec mon joyeux mari, ce qui se passait le jour J. Notre sage-femme nous mettait en garde: «Ne vous laissez pas faire, vous devez être respectée dans votre corps et dans vos choix.» Et de nous révéler, anecdotes à l’appui, les pratiques parfois douteuses des milieux hospitaliers où le rendement prime sur le bien-être. Elle nous a tellement donné confiance que nous étions prêts à accoucher… à la maison!

Photo : Frédéric Odinet Photo : Frédéric Odinet

Une méthode inattendue
Parallèlement, l’obstétricienne qui suivait ma grossesse répondait aux questions dont je la bombardais durant les quelques minutes mensuelles qu’elle m’accordait. Elle savait que la perspective d’une césarienne me hantait. Elle savait aussi que j’étais suivie par un ostéopathe spécialisé en suivi prénatal et un acupuncteur. Enfin, elle savait que, malgré une fatigue très prononcée, j’espérais vivre un accouchement le plus naturel possible. C’est elle qui, la première, a abordé la méthode Bonapace; elle m’a donné les coordonnées d’une infirmière de l’Hôpital Ste-Justine qui l’enseignait. Nous avons découvert un traitement alternatif particulièrement efficace, mais surtout un moyen d’impliquer le père à 110% dans la naissance de son enfant.

Maître en éducation et médiatrice familiale en Abitibi, particulièrement curieuse et ouverte d’esprit, Julie Bonapace a mis au point une méthode de gestion de la douleur inspirée de diverses approches thérapeutiques. Le principe est simple et s’articule autour de trois éléments. D’une part, le contrôle respiratoire, d’autre part, la visualisation et enfin, le «détournement» de la douleur.

On sait que lors d’accidents violents, le corps du blessé sécrète de l’endomorphine (ou endorphine). Cette hormone, quand elle est produite en grande quantité, permet d’endurer une douleur inacceptable autrement. Un accouchement est douloureux, certes, mais pas tout à fait assez pour que l’endorphine fasse complètement effet. Mais en stimulant certains points du corps pendant les contractions, on provoque une douleur telle que là, l’endorphine est secrétée de façon abondante et crée son propre effet antalgique.

Et ça marche! En ce qui me concerne, au bout de 20 minutes de traitement, j’étais tellement «partie» sur l’endorphine que je m’endormais… entre les poussées. Celles qui ont déjà accouché peuvent imaginer quel plaisir cela procure. Et pourtant, j’ai eu un accouchement express durant lequel mon col s’est dilaté de 6 cm à 10 cm après 22 contractions en 22 minutes. Juste avant, j’étais chez moi, j’ai déjeuné en famille, j’ai éclaté de rire aux blagues des aînées gloussant devant mon énorme ventre, tout en ayant une contraction chaque cinq minutes. Le rythme a changé en deux temps trois mouvements!

Cela dit, pour fonctionner, la méthode Bonapace doit être comprise et surtout pratiquée à l’avance. Les points de pression ne sont pas évidents à trouver du premier coup, a fortiori dans la panique d’un accouchement. Disons que les adeptes d’acupuncture sauront plus facilement se débrouiller. Aussi, cette approche, en impliquant entièrement le père, crée une intimité «totale» que tous les couples ne sont pas forcément prêts à vivre.

Photo : Frédéric Odinet Photo : Frédéric Odinet

Un respect partagé
Quant je suis arrivée à l’hôpital, après 35 minutes épouvantablement longues passées dans la voiture à regarder tous les feux (systématiquement rouges!) sur notre parcours, je n’étais déjà qu’un ventre ambulant. Le bas du dos me torturait, les contractions s’immisçaient au plus profond de mon être. Mon mari, serein, m’a conduite à la chambre sans que je m’en aperçoive vraiment. C’est alors qu’est intervenue l’infirmière – oh! merveilleuse infirmière – qui a vu naître le bébé.

Elle a commencé par nous demander de remplir un dossier administratif. Refus catégorique de ma part. Elle a alors demandé à mon conjoint de remplir le dossier. Ah non, mon conjoint faisait de l’acupression prononcée, Bonapace oblige! Pas question qu’il me laisse. Puis, elle a voulu me mettre un moniteur fixe. Nouveau refus de ma part, je voulais pouvoir bouger. Après un premier examen, je n’en pouvais plus, la douleur était terrible, alors j’ai réclamé une épidurale. Cette fois, c’est l’infirmière qui, d’un sourire radieux, m’a indiqué que j’allais pouvoir commencer à pousser. Quoi… déjà ?

Super nurse nous indique alors qu’il va falloir me poser un soluté (explication fournie: un troisième accouchement provoque d’importants saignements, en cas de problème, il faut un soluté). Pour le coup, je refuse avec véhémence, j’ai assez mal comme ça, pas besoin d’un soluté en prime. Et hop, les poussées démarrent. Et moi, je décolle!

Plusieurs jours après la naissance, mon mari me racontera qu’il m’a massée entre les poussées. Ah bon! Aucun souvenir. Je suis totalement concentrée sur mon ventre et sur l’effort qu’il fournit. La puissance de mes entrailles. Je parle à mon bébé, mon mari appuie de toutes ses forces sur les points «magiques» (en temps normal, à peine les effleure-t-il que je hurle). Nous avons fait le bébé à deux, nous vivons la naissance à trois! C’est incroyable. Je ne sens plus la douleur, je suis dans un état «extraordinaire». Je suis absente – exclusivement centrée sur l’action - et pourtant j’entends encore tout ce qu’on me dit. Jamais je n’aurais pensé avoir l’impression de pousser le bébé… de l’intérieur.

Arrive le moment fatidique. L’infirmière nous signale que je vais devoir arrêter de pousser. Par risque de déchirement ? Non, non, pour laisser le temps au médecin d’arriver. Eh! bien, il arrivera cinq minutes plus tôt mais je ne ralentirai pas. Quand l’obstétricien de garde se pointe, il émet un commentaire désobligeant: je ne suis pas assez «prête» à son goût, et en plus, je suis repliée sur le côté. Tant pis pour lui, l’infirmière prend ma défense. Ainsi soit-il ! Lumi est née les yeux grand ouverts, le bout de la langue lapant le vide.


Mais qu’est-ce que cette méthode? 
La méthode Bonapace est le fruit de plusieurs années de recherche universitaire et d’applications pratiques en milieu communautaire. L’expérience clinique combinée à des recherches sur l’éveil de la famille et sur le rôle de la gestion de la douleur obstétricale ont fait de cette méthode un programme novateur modelé sur les besoins des familles d’aujourd’hui.

Complémentaire aux nombreuses approches de préparation à la naissance, ce programme est enseigné dans plusieurs centres locaux de services communautaires (CLSC) ainsi que dans un bon nombre de centres hospitaliers du Québec. Une série d’ouvrages didactiques a été conçue afin de répondre à vos besoins de formation à distance. Une équipe de formateurs accrédités assurent l’enseignement de la méthode Bonapace dans plusieurs régions du Québec.

L’objectif général du programme est d’augmenter les compétences et les habiletés du couple à vivre la période périnatale et plus précisément :

  1. de réduire les interventions médicales par une gestion efficace de la douleur;
  2. de réduire le stress vécu par le couple en favorisant la participation du père pendant la grossesse et l’accouchement.

La Méthode Bonapace est expliquée dans un livre et un cédérom. Le tout est disponible à partir de la Boutique PetitMonde.

À l’hôpital Ste-Justine, Lyne Beaucage est la seule infirmière qui enseigne la méthode aux futurs parents.

Haut de page
Hit-Parade
©1998-2009 PetitMonde.com | Tous droits réservés | Conditions d'utilisation