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Richard Langevin, psychologue
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Lorsqu’on aborde la question de l’intervention psychologique auprès de l’enfant, on ne peut faire l’économie de soulever une problématique plus générale qui est celle de la famille actuelle dite en crise. Voici un portrait de la famille d’hier à aujourd’hui.
L’enfant dans une famille moderne en crise
Afin de bien comprendre les difficultés que les enfants éprouvent, il importe de situer dans quel type de famille on vit à notre époque. Les dynamiques familiales d’aujourd’hui n’ont pas toujours existées. À travers les siècles, la famille a évolué d’un statut dit traditionnel à celui de famille dite post-moderne.
Au moyen âge, l’enfant faisait partie d’une famille avec un père, une mère et une fratrie qui elle-même faisait partie d’une famille élargie régie par des traditions et des valeurs spécifiques donnant un ensemble de codes comportementaux dictant quoi faire pour chacune des situations de la vie. Tous faisaient partie d’une lignée faisant leur fierté et leurs malheurs parce que leur liberté d’agir en était d’autant plus affectée. En résumé, le code d’éthique de la famille était censuré ou véhiculé par les anciens de la famille, du village, des autorités religieuses et politiques d’appartenance.
Puis historiquement, nous sommes passés à la famille dite moderne nommée également nucléaire. Durant cette période, cette cohésion autour des valeurs ancestrales s’effrite. Avec l’avènement de l’industrialisation, du relâchement des différentes autorités institutionnelles (politique, religieuse et sociale) et plus particulièrement ici au Québec par la Révolution tranquille, les relations d’autorité entre les enfants et les parents évoluent jusqu’à basculer vers la confrontation des générations des années soixante.
Tout est remis en question. Les gens deviennent individualistes et imposent leurs choix de vie. Ce mouvement est si fort qu’il aboutit à une nouvelle évolution de la famille dite post-moderne. Elle se caractérise par l’éclatement des fondements mêmes de la famille traditionnelle et de la famille nucléaire centrée autour d’une fratrie et d’un couple mère-père qui lui-même relève d’une famille qui cimente le devenir de chacun sur trois générations (grands-parents – parents - enfants).
La famille post-moderne, au contraire, est éclatée. Les parents se séparent et réorganisent les liens entre leurs enfants et eux de multiples façons. Et, qui plus est, avec les avancés de la médecine et de la tolérance sociale, on assiste récemment à la possibilité que des couples homosexuels puissent fonder une famille. On peut donc constater que la famille d’aujourd’hui se caractérise par un ensemble de liens changeants et complexes qui demandent une capacité d’adaptation et de tolérance au changement peu commune, et ce, avec un minimum de points de référence communs pour s’ajuster à chacun.
Cette longue explication sur l’évolution de la famille est d’une grande importance parce qu’à mon sens, la plupart des difficultés psychologiques des enfants dans nos familles sont attribuables à cette évolution trop rapide et changeante de la famille. Vous ne pouvez plus vous appuyer sur cette sagesse populaire des ancêtres. Vous devez faire preuve de plus de créativité, être plus conscient de qui vous êtes, de vos forces et de vos limites et consulter plus souvent des aides extérieures afin de mieux comprendre le devenir de chacun des membres de votre famille.
Il y en a pour qui cela réussit mieux que d’autres. Nous voyons alors surgir de la souffrance et un mal-être qui demande une aide de la part d’un intervenant auprès de la famille et des enfants. On appelle cette demande d’aide une psychothérapie pour enfant et ou familiale.
La difficulté d’être enfant dans la famille post-moderne actuelle
Cette famille post-moderne pose plus d’un défi à l’enfant. Afin de bien prendre toute la mesure de ce dernier, il importe de savoir comment se développe un enfant ?
À la naissance : la fusion
Succinctement, le développement de l’enfant se caractérise par le fait que l’enfant dans le ventre de sa mère est en fusion avec elle - biologie oblige! À la suite de sa naissance, ce dernier et la mère maintiennent ce lien fusionnel tout au long de leur vie bien qu’il évolue et s’atténue au fil des ans. Après quelques mois de vie, l’enfant prend conscience qu’en plus de sa mère, il y a une autre personne qui existe soit, son père. Cette présence est perçue comme dérangeante parce qu’elle signifie que la mère aime une autre personne que lui. Cela est profondément blessant pour son amour propre, particulier à cet âge (narcissisme).
En grandissant : le complexe d’OEdipe
La réaction de votre enfant à cette blessure première déterminera tout son développement futur. Il importe donc de bien comprendre ce qui se passe à cet âge. Ou bien, il refuse cette présence paternelle en développant des mécanismes de défense (dits narcissiques ou borderlines) contre cette blessure d’amour propre ou bien il l’accepte en développant un comportement d’identification au parent du même sexe que lui. Ceci afin de devenir à l’âge adulte à l’image de ses parents en fondant une famille (complexe d’Œdipe).
Le défi de l’enfant
Ce passage de l’état fusionnelle ou l’enfant se sent tout-puissant dans la satisfaction de ses besoins et de ses désirs à celui d’adulte capable de reporter dans le temps la satisfaction de ses désirs dans l’acceptation de ses limites humaines est un long processus. Il demande une collaboration étroite et intime des parents. C’est ici, précisément, que prend toute la mesure du défi de l’enfant de vivre dans une famille post-moderne : Il n’existe plus de définition claire de ce que sont une mère et un père auprès de l’enfant.
Qui est qui, qui fait quoi
Il n’y a pas si longtemps, la mère demeurait à la maison et le père travaillait. Les enfants savaient lequel des parents détenait telle autorité sur eux et les parents n’empiétaient pas sur les responsabilités de l’autre parent. Plus encore, chaque parent possédait une idée claire de qui il était en tant que femme et en tant qu’homme. Or l’enfant apprend à connaître qui il est et comment il est différent de ses parents à partir de comment ses parents se perçoivent eux-mêmes et comment ils se savent différents comme personne et comme parent par rapport à l’autre parent.
On peut dès lors se demander comment votre enfant peut se développer harmonieusement auprès de vous comme parent alors que vous vous connaissez personnellement plus ou moins bien en tant que femme et homme et dans vos rôles de parent sans cesse remis en question par notre univers culturel et social en constante ébullition.
La difficulté d’être parent
En plus de l’absence de points de repères ancestraux appuyant notre devenir parent, l’une des plus grandes difficultés d’être parent est le passage de statut de conjoint à celui de parent. Plusieurs historiens et démographes de la famille affirment qu’il n’y pas si longtemps le couple se choisissait dans le but de fonder une famille. On se voyait d’emblée comme parent et en second lieu comme conjoint.
Aujourd’hui, c’est l’inverse. On se choisit par affinités sexuelles. On dit Il me plaît au lieu de Oh oui, il fera un bon père! C’est un homme responsable et dévoué bien qu’il ne soit pas aussi beau que j’aimerais qu’il le soit et cela est vrai à l’inverse pour le futur père. Un grand-père m’avouait avoir choisi la mère de ses enfants avec les critères suivants Ah, c’est une femme propre, dévouée et travaillante! Sa beauté venait après.
Ce type de choix des conjoints influe lourdement sur le devenir de la famille post-moderne. Les liens entre conjoints fondés sur les affinités sexuelles sont si instables dans le temps qu’ils résistent fort mal à la tourmente du devenir parent. Actuellement, le passage du statut de conjoint à celui de parent donne lieu à de si fortes impasses que l’on ne peut que constater que la durée de vie des couples est courte, que les familles se séparent bien souvent après le premier enfant ou le deuxième. Ruptures qui donnent lieu trop souvent à un ensemble de blessures, de conflits les plus acrimonieux les uns que les autres. Il est difficile alors de voir la rupture comme une occasion de grandir et de reconstruire sa vie en maintenant des liens féconds pour soi et nos enfants.
Nous vous invitons à réagir par vos questions à cet article qui situe votre famille dans l’histoire de l’évolution de la famille occidentale et précise comment il est difficile aujourd’hui pour tous d’être enfant et parent.
Pour en connaître davantage sur notre collègue.