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Pascale Martel
Ces temps-ci, à peu près tous les parents du Québec ont à se farcir – en plus de cette détestable campagne électorale – la remise du premier bulletin de l’année scolaire et l’inévitable rencontre parents/professeur. Pour les chanceux qui ont mis au monde des petits «bollés», c’est un party. Mais pour les nombreux parents qui constatent, soir après soir, que leur chérubin bûche, se «désâme» et patauge à en perdre haleine sans grand résultat, ce genre de rencontre ressemble davantage à un lendemain de veille.
Moi qui suis extrêmement choyée, j’ai mis au monde deux garçons: le plus jeune correspond au premier modèle, et le deuxième, au second... Pour vous aider à cheminer dans les sombres corridors de la réussite scolaire, je vous tends une main non pas experte, mais plutôt écornée par les batailles, les menaces, les récompenses, les punitions, le découragement, le lâcher-prise, et la lumière au bout du... corridor! Courage!
Mon grand a maintenant 19 ans. C’est donc dire que j’ai passé à travers tous les déboires qu’un garçon et un ado peuvent causer à sa maman adorée (hum!), goûté à toutes les joies, déceptions et espoirs.... De véritables montagnes russes pour lesquelles, nous, les pauvres parents, ne sommes guère préparés.
Après nous être extasiés devant ses extraordinaires premiers pas, puis ses premiers mots, ses premiers dessins, son premier «poupou» dans le petit pot, on dirait qu’on fait un bond dans le futur s’opère et qu’on se retrouve sans s’en rendre compte, face à une évidence cruelle: notre petit chéri est rendu au primaire et n’affiche plus autant ses prédispositions génétiques à devenir le futur Einstein.
Et c’est là la toute première douleur pour un parent, un petit mal tout plein d’orgueil. Et ce même orgueil empire: «Diantre, chérie, comment cela se fait-il que notre enfant ne soit pas à la hauteur de nos rêves de grandeur? Comment cela se fait-il qu’on ne puisse réaliser à travers lui, la réussite de tous nos propres échecs? Il a dû hériter de tes gênes...» (Bien sûr, je plaisante, parce que dans la réalité, ces choses-là on ne les dit pas. On se contente de les penser...)
Quand la balloune dégonfle
Pour ma part, quand j’ai compris que mon grand – qui, avant même de parler, me dessinait un ballon avec une dextérité sans nom – était un élève moyen, constamment dans la lune et affichant une volonté ferme de manquer de concentration – eh oui – je me suis gratté
Lentement mais sûrement, mon gars s’est embourbé dans un manque de confiance chronique mêlé à de l’anxiété. Au secondaire, je l’ai inscrit au programme sports-études en hockey. On s’est dit, mon chum et moi, que ça allait le «replacer». Mais non. Après un an de ce régime de fer qui ne lui convenait pas, il a baissé les bras. Nous aussi.
Direction école publique, séchage de cours et abonnement aux services d’appels téléphoniques de la direction: «Madame Martel, votre fils n’est pas en classe, avez-vous une idée d’où il peut se trouver en ce moment?» Ben oui, je l’ai débarqué de ma voiture à 8STRONG5 ce matin, en face de la porte de l’école, je l’ai vu rentré, puis je suis partie travailler et c’est à moi qu’on demande où se cache mon fils? C’est pire que de jouer à «Où est Charlie» dans le fond de l’eau, ça! Y’a-tu quelqu’un dans nos écoles qui pourraient surveiller nos ados? (Ben non: ils sont tous en dépression ou au bord de la crise de nerfs parce qu’ils doivent composer avec des définitions de tâche qui dépassent largement leur formation et capacité, et pour lesquelles ils sont sous-payés, et le tout, dans des classes bourrées à craquer de cas comme mon fils. Pas des cas lourds, juste des cas de petits gars un peu perdus et légèrement dysfonctionnels.)
Semer la graine
Ce fut
C’est effectivement ce qui est arrivé. Après sa période que j’appelle désormais son «flou artistique», il a été admis dans un programme en modélisation 3-D. Son talent en dessin lui sert, enfin.
De mon côté, ce que j’ai appris de tout ça, c’est que notre devoir de parent est de ne jamais briser le lien de communication avec notre enfant, aussi enrageant soit-il. Aussi dérangeant soit-il. Un ado se donne toujours l’air de ne pas avoir besoin de ses parents, mais c’est tout le contraire. Restez là!
Et à 19 ans, mon grand a toujours besoin de sa maman. Il sait qu’en tout temps, je suis là pour l’écouter, pour le conseiller et pour l’aider à voir plus clair quand il manque de confiance en lui.
L’autre fils
Quant à mon petit dernier, dès sa première année, j’ai pressenti que la «game» allait être beaucoup plus relaxe avec lui! Il apprend vite, termine ses devoirs et leçons en 30 minutes, il intègre tout comme une éponge. J’ai rencontré sa prof, la semaine dernière et elle n’avait rien à dire de négatif. Que des éloges. Ça me faisait tout drôle. D’un côté, j’étais contente pour lui – et pour moi! – mais d’un autre, je ne pouvais m’empêcher de faire le parallèle avec son grand frère et d’en éprouver un pincement au cœur.
Quand le grand a su que le petit était un «bollé», il m’a glissé, un peu penaud, «il est chanceux, lui, hein, maman?»
Ben oui, il a en quelque sorte gagné le gros lot à la loterie du gène. S’il continue sur cette lancée, il pourra exercer le métier qu’il désire. Il aura l’embarras du choix. «Tu pourras aussi bien être vidangeur que médecin», lui a philosophiquement déclaré sa prof.
Ce soir-là, j’ai serré mon grand dans mes bras – il fait
Parce que dans le fond, de la carotte et du bâton, ce qui reste en bout de ligne c’est l’amour avec lequel on les a brandis.